Procès du Carlton : la théorie d'un complot anti-DSK s'éloigne

Procès du Carlton : la théorie d'un complot anti-DSK s'éloigne
FAITS DIVERS
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JUSTICE – Après avoir achevé mercredi matin l'audition des trois hommes du groupe hôtelier poursuivis dans le procès du Cartlon, le tribunal s'est penché sur l'enquête "officieuse", alimentant la théorie du complot. Joël Specque, ancien commissaire de la PJ de Lille, est venu mettre à mal celle qui hante le procès et alimente la boîte à fantasmes.

C'est l'homme par qui la théorie du complot est arrivée. Malgré lui. En écrivant dans son autobiographie avoir mené dès juin 2010 des écoutes administratives - donc autorisées par Matignon - dans le "dossier Carlton", l'ancien patron de la crim' de Lille, Joël Specque, a lâché une petite bombe. L'enquête n'a été officiellement ouverte qu'en février 2011. Quelle a été l'utilité de ces "interceptions de sécurité" dans les huit mois qui séparent les deux procédures ?


Les avocats des quatorze accusés poursuivis pour proxénétisme, qui ont fondé la requête en nullité du procès sur ces révélations, veulent y voir une affaire dans l'affaire : celle d'une machination politique visant à faire tomber le présidentiable d'alors, Dominique Strauss-Kahn . DSK chutera seul, mais le doute s'est installé. C'est dire si l'ex grand-flic est attendu lorsqu'il se présente à barre du palais de justice de Lille mercredi en fin d'après-midi en qualité de témoin. Désertée le matin par les ténors de la défense et les médias, la salle d'audience affiche à nouveau complet.


Secret défense


Olivier Bluche, l'avocat d'un des prévenus, est le premier à entrer dans l'arène. Face à lui, Joël Specque, 64 ans, poches sous les yeux, s'explique avec précision. En juin 2010, il reçoit un "tuyau" portant sur un réseau de prostitution animé par deux hommes connus comme le loup blanc : Dodo la Saumure et René Kojfer, alors chargé des relations publiques du Carlton. "Pourquoi ne pas avoir directement ouvert une enquête ?", dégaine l'avocat. "On ne monte pas un dossier judiciaire uniquement sur la réputation des personnes. Il faut l'étayer, répond l'inflexible témoin. La possibilité nous est donnée par la loi de 1991 de solliciter des écoutes." Une procédure strictement encadrée qui requiert l'aval du Premier ministre.


Elles seront demandées en juin 2010 et, selon lui, acceptées un mois plus tard. Avant d'être détruites. "C'est la loi dans le cadre du secret défense. Mais il n'y avait rien de sensationnel, je vous demande de me croire", certifie le policier à la retraite, réfutant l'idée de "monter" un dossier qui ruinerait les ambitions élyséennes de DSK. "Je ne vous crois pas", rétorque l'avocat.


"Vous cachez les faits !"


Henri Leclerc, conseil de l'ancien patron du FMI, pointe les incohérences du dossier : Pourquoi un réseau présumé de prostitution locale s'est retrouvé classé secret défense ? "Les écoutes administratives sont légales dans le cadre de la prévention du crime organisé, et la traite des êtres humains, selon moi, en fait partie", répète l'intéressé, qui tremble mais ne vacille toujours pas. "A aucun moment, le nom de Dominique Strauss-Kahn n'a été cité", lâche Specque. "Si vous êtes tenu au secret défense, comment pouvez-vous dire que son nom n'y figure pas ? Monsieur, vous venez donc de violer le secret défense !", s'emporte l'avocat.


Une grande partie des policiers chargés de la sécurité sont désormais dans la salle. Captivés par les débats qui s'étirent en longueur et en intensité. "Les services de police savaient depuis quarante ans que Kojfer était un entremetteur. Pourquoi un tel signalement en 2010 ?" - "Attention, si vous mentez devant la cour..." - "Vous cachez les faits !" Les avocats alignent arguments et menaces. L'ancien flic, rompu aux interrogatoires musclés, les balaient calmement. Tard mercredi, la thèse d'un scandale d'Etat s'éloignait du tribunal. Jusqu'aux prochains débats. 

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