Procès du Carlton : l'insaisissable Mr Kojfer

Procès du Carlton : l'insaisissable Mr Kojfer
FAITS DIVERS

JUSTICE - Au deuxième jour du procès du Carlton, le tribunal correctionnel de Lille s'est penché sur le "groupe des hôteliers" impliqué dans l'affaire de proxénétisme. Hervé Franchois, le propriétaire de l'établissement, Francis Henrion, l'ancien gérant et René Kojfer, responsable des relations publiques. Ce dernier, soupçonné d'être au cœur du réseau, a particulièrement intéressé le tribunal. Qui l'a cuisiné durant de longues heures. Récit.

Le dialogue n'est pas simple. René Kojfer ne comprend rien. "Je suis sourd, j'ai des appareils mais ils marchent mal", explique le pauvre bougre au procureur, passablement agacé. Une défaillance peut vite devenir un atout à la barre d'un tribunal quand vient le tour des questions assassines. Son avocat sert d'interprète. Explications confuses, balbutiement et moue circonspecte, l'homme par qui le scandale est arrivé n'a pourtant pas la réputation d'être un taiseux.

C'est au cours d'une de ses conversations téléphoniques avec Dodo la Saumure, écoutées par la police, que l'ancien responsable des relations publiques du Carlton a lâché le nom de Dominique Strauss-Kahn. "Oh, vous savez, M. le président, je parle beaucoup". Ses amis le décrivent comme "un pied nickelé", "une pièce de théâtre à lui tout seul", "volubile" et "radin". "Tout n'est pas vrai, mais je suis une amusette", acquiesce l'intéressé au crâne dégarni. L'expert psychiatre qui s'est penché sur le phénomène le décrit comme un type pas bien méchant mais pas bien mature non plus. René Kojfer a 74 ans.

"Les problèmes d'alcool, c'est à cause de ma femme"

"Vous voulez vous faire passer pour un homme naïf, pas très intelligent, mais on voit dans la procédure que vous êtes malin", réplique le procureur tant le portrait de ce gentil retraité sans le sou contraste avec les faits qui lui sont reprochés. René Kojfer est poursuivi pour avoir mis en relation et recruté des prostituées pour les riches clients de l'établissement. Il est aussi le dénominateur commun entre les treize autres accusés du procès.

Difficile pourtant de distinguer l'homme du comédien. Car René Kojfer est un personnage. Du genre à se vanter d'être "plus connu que Pierre Mauroy", d'avoir des contacts pros "avec Rudi Garcia", ou de lancer "Mes problèmes d'alcool, c'est à cause de ma femme". Aujourd'hui, il boit moins mais prend des antidépresseurs.

"J'ai fait la chèvre pour la police"

Avant le Carlton, René Kofjer travaillait dans le textile avec ses parents. Cinquante ans d'une vie professionnelle qu'il a commencée à 14. Puis s'est retrouvé on ne sait trop comment à gérer les actifs immobiliers de la Mutuelle de la police. De temps à autre, l'homme qui connaît tout le monde a joué les indics. Il n'aime pas le mot. "Un indic, c'est quelqu'un du milieu. J'ai fait la chèvre pour la police". Puis grâce à un flic de haut rang, est entré dans la franc-maçonnerie qui l'a suspendu 31 ans plus tard.

Un jour aussi, devant l'hôtel des Tours, il fait venir les forces de l'ordre parce qu'"une demoiselle (une prostituée) importune les clients". L'entremetteur a ses contradictions. Ses failles aussi. A l'évocation de ses deux enfants, qu'il ne voit plus depuis le début de l'affaire, il fend l'armure et verse quelques larmes. "Une sincérité à géométrie variable", note l'un des avocats des parties civiles.

C'est en effet sans scrupules qu'il retirera à Jade, une ancienne prostituée venue témoigner, 80 euros des 200 promis pour une prestation avec des clients. "Les temps sont durs", lui dira-t-il, cynique. "Il y avait un peignoir offert pour compenser", expliquera-t-il très sérieusement à la barre mardi après-midi, avant de faire un léger malaise. Sonia, une autre fille, venait tout juste d'enfoncer le clou. "Il m'a présenté des clients oui, mais il a aussi voulu avoir une relation non-tarifée avec moi. J'ai refusé, alors il m'a dénoncée à la brigade des mœurs". Des anecdotes dont bizarrement, il ne se vante pas.

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