Procès du Carlton : "Nous étions le dessert"

Procès du Carlton : "Nous étions le dessert"

FAITS DIVERS
DirectLCI
JUSTICE - Le deuxième jour du procès du Carlton à Lille a été marqué par le témoignage de l'une des parties civiles. A la barre, Jade a raconté son passé de prostituée et ses liens avec le trio hôtelier du Carlton, René Kojfer, alors chargé des relations publiques de l'établissement de luxe, Hervé Franchois, le propriétaire, et Francis Henrion, le gérant.

"J'ai ouvert mon frigo, et je savais que j'allais avoir une enquête sociale. Le frigo était vide. Voilà comment j'ai mis le pied dans la prostitution". A la barre mardi, Jade, une grande femme dissimulée sous une perruque auburn, a raconté sa descente aux enfers pour garder ses deux enfants après un divorce en 2007. Le témoignage bouleversant de cette mère de famille, qui est depuis sortie "de ce passé qu'elle n'a pas choisi", est venu jeter une lumière crue sur cet "argent facile qui, en réalité, ne l'est pas". Si le procès du Carlton n'est pas celui de la prostitution mais de ceux qui "l'assistent, l'aident ou la protègent", il ne peut faire abstraction de ces lambeaux de vies.


LIRE AUSSI >> Revivez la première journée d'audience

Jade dit avoir rencontré René Kojfer, l'ancien responsable des relations publiques du Carlton poursuivi pour proxénétisme, au club "Madame". Une maison close à la frontière belge appartenant à Dodo la Saumure. "Il était venu avec plusieurs amis, c'est là que nous avons fait connaissance". Elle se souvient avec force détails de l'appartement attenant au Carlton où se déroulaient "les déjeuners". "Nous étions le dessert. René (Kojfer) nous faisait monter. Souvent, tout était déjà prêt. Il y avait un grand pain garni et des bouteilles de champagne. Ce n'était pas du libertinage où chacun se mélangeait. Les hommes choisissaient une fille". "Le plus âgé, poursuit-elle en désignant sans le regarder Hervé Franchois, le propriétaire de l'établissement de luxe assis sur le banc des accusés, se servait en premier. Toujours les plus jeunes".

"Ce n'était pas la boucherie"

Les rencontres étaient rémunérées 200 euros, via "le club Madame". "La gérante disait : il me faut trois filles pour descendre à Lille. L'échange était négocié à l'avance, sûrement entre Dodo et René. Sauf une fois où René nous a payées directement". Jade, qui s'est constituée partie civile dans ce dossier, assure n'être animée par aucun esprit de vengeance à l'égard du trio hôtelier – Kojfer, Franchois, et Henrion, le gérant du Carlton - qui "la sortait un peu de cette cave où (elle) travaillait le reste du temps". "C'est un sentiment mitigé, développe-t-elle d'un timbre clair au procureur qui l'interroge. J'essaie d'employer les bons termes. Ils étaient classes et courtois, il y avait du respect,  ils ne nous rabaissaient pas. Ce n'était pas la boucherie comme..." Elle s'arrête. Ce terme, elle l'avait employé lors de son audition devant les magistrats instructeurs pour qualifier cette fois les rapports avec Dominique Strauss-Kahn durant les "parties fines" - mais le tribunal a précisé qu'il examinerait ces faits la semaine prochaine.

LIRE AUSSI >> Affaire du Carlton : DSK est-il toujours un homme politique ?


Jade reste néanmoins lucide sur ceux qui payent. "C'est savoir qu'on impose à l'autre un acte qu'il n'a pas choisi". Marquée par cette vie d'avant, elle en résume toute l'horreur avec ce repas organisé par René Kojfer à Lambersart. "C'était dans un restaurant italien avec des hommes et plusieurs filles du club. L'une d'entre elles devait avoir à peine vingt ans, elle buvait coupe sur coupe. Je lui ai dit d’arrêter. Elle m’a répondu 'Laisse tomber, ça m’aide à oublier'.  L'ancienne prostituée se tait. Pleure sans bruit puis reprend : "Tous les hommes partaient aux toilettes, je ne comprenais pas, je me demandais ce qu'ils faisaient. Puis je l'ai vue... Ivre morte, couchée par terre, le pantalon aux chevilles. Le serveur apportait les boites de préservatifs. Je ne sais combien ils étaient à lui passer dessus. Je n'ai rien pu faire. Je n'ai pas pu l'aider".

EN SAVOIR +


>>
Procès du Carlton : "Le tribunal ne sera pas le gardien de l'ordre moral"
>> PHOTOS - Les hommes-clés du procès
>> Tous nos articles sur le procès du Carlton

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter