Procès du Carlton : "Sortir de la prostitution, c'est sortir d'un tombeau"

Procès du Carlton : "Sortir de la prostitution, c'est sortir d'un tombeau"

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MOMENT - Assis sur le banc des parties civiles depuis le premier jour du procès du Carlton, le délégué régional du Nid, une association qui lutte contre la prostitution, a été appelé à barre. Son discours empreint d'humanité a ému la salle d'audience.

Comme chaque jour depuis bientôt deux semaines, le vieil homme aux cheveux blancs s'assied aux côtés de Jade et Mounia. Il porte sur elles le regard d'un grand-père bienveillant. Plus encore quand, après avoir témoigné, elles retournent éreintées sur leur banc. Les anciennes prostituées l'appellent le "sage" ou l'"ange gardien". Bernard Lemettre, 79 ans, est diacre et délégué régional du Mouvement du Nid, une association abolitionniste qui vient en aide aux prostituées. Jeudi en fin de matinée, après l'audition de Dominique Strauss-Kahn, il a été invité à s'exprimer. Et c'est avec ses mots que le tribunal a retrouvé un peu de dignité à la barre.

"Ce procès sera une étape. Il ne restera pas enfermé à l’hôtel Carlton", veut croire cet humaniste. "Il est en quelque sorte un élément important pour toucher l'opinion publique. Pour que les femmes et les hommes de ce monde arrêtent de dire que la prostitution est un mal nécessaire. Un corps de femme, ce n'est pas fait pour être pénétré cinq fois, dix fois par jour. Ce n’est pas cela, une femme", poursuit de sa voix douce celui qui travaille depuis 40 ans avec des corps meurtris. La salle, un temps distraite, se tait.

"Moment d'humanité"

"Sortir de la prostitution, c'est comme sortir d'un tombeau, d'une non-existence, d'une vie où l'on est désigné par des mots durs à prononcer comme 'pute'", développe-t-il distinctement dans ce micro où d'autres ont préféré des termes détournés pour parler de prostituées . Le président l'invite à décrire son travail d'accompagnement auprès des jeunes femmes qui se sont constituées parties civiles : "Nous entrons dans leur vie, nous découvrons que derrière elles il y a une famille, des enfants... Notre rôle, c'est d'être un passage. Il est parfois long. Il faut du temps pour que la parole se libère. Mais quand la parole se libère, tout l'être se libère".

De ces longues journées de débats, Bernard Lemettre retiendra le "sentiment de honte". "La honte des parties civiles mais aussi la honte de ceux qui sont là, qui ont touché la prostitution même s'ils ont beaucoup de mal à le dire, et de ceux qui disent 'je ne voulais pas savoir'. Il suffit de voir cela pour comprendre que la prostitution est bien une atteinte à la dignité des personnes." Devant les quatre accusés avachis au premier rang, le vieil homme paraît si grand. "Si la prostitution n'est pas faite pour ceux que l'on aime, alors, elle n'est faite pour personne."

L'avocat de Dominique Strauss-Kahn, Me Henri Leclerc, se lève : "Je tiens à vous remercier pour ce moment d'humanité dans un moment glauque. Pour ce que vous êtes et ce que vous faites." Peu ému, le défenseur de Dodo la Saumure , Me Sorin Margulis, préfère jouer la carte de la sincérité : "Votre propos est militant et utopique". Le "sage" reçoit les mots en compliment. "L'utopie d'aujourd'hui, c'est la réalité de demain", dit-il avant de regagner sa place auprès de Jade et Mounia.

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