Procès du meurtre de la policière municipale : "Aurélie vous regarde et vous demande pourquoi"

FAITS DIVERS

COMPTE-RENDU - Le procès des meurtriers présumés de la policière municipale Aurélie Fouquet touche à sa fin. Les avocats des parties civiles ont, dans leurs plaidoiries vendredi matin, dénoncé le silence des accusés qui ont confisqué la vérité à la famille. Et tenté de faire revivre, "un instant", la victime.

Qui a tué Aurélie Fouquet ce 20 mai 2010 ? Combien étaient-ils à ouvrir le feu sur les policiers ? Combien de complices ? Qui était à la manœuvre ? Il ne restera de ces sept semaines d’audience qu’une certitude : la vérité, si "vitale et nécessaire" pour les parties civiles comme a rappelé un avocat, ne triomphera pas. Longtemps espérées par la famille de la victime, qui a cru voir il y a dix jours dans les mots d’un accusé, le balbutiement de ce qu’elle attendait depuis six ans, les réponses lui ont été confisquées dans un procès où le silence a fait loi.

On aurait pu en rester là. Mais les huit hommes - un neuvième est jugé en son absence - poursuivis pour le braquage avorté qui a coûté la vie à la policière municipale de Villiers-sur-Marne n’ont pas simplement campé sur leurs dénégations. Ils ont livré leurs alibis. Raconté tour à tour comment ils s’étaient retrouvés là par hasard. Les uns tombant de manière fortuite sur une fourgonnette remplie d’armes et d’argent lors d'une sortie VTT dans les bois, un autre se retrouvant sur des images de vidéosurveillance compromettantes parce qu’il avait suivi contre son gré un gamin malade qu’il ne connaissait pas. Des explications "rocambolesques" , jetées  "à la figure" des proches et que leurs avocats n’ont pas manqué d’étriller ce vendredi matin durant leurs plaidoiries. "Le système de défense adopté par les accusés est gangrené par le mensonge, les dissimulations, le déni. Au droit de vérité des familles, on oppose des mots qui n’ont plus aucun sens", dénonce Frédéric Benoist. "Depuis six semaines, on nous déroule des absurdités, des mensonges éhontés. On nous prend pour des cons", assène Laurent Franck Lienard. 

>>  La loi du silence appelée à la barre 

"Des fantômes d'eux-mêmes" 

A défaut de réponses, les avocats ont tous insisté sur la douleur de ceux qui ont perdu "une sœur, une femme, une fille". "Toutes les nuits, Thierry Moreau (l'ancien coéquipier d'Aurélie Fouquet) revoit ses mains arrachées, l’odeur du sang… poursuit son avocate Nadja Diaz. C’est d’une violence inouïe. Une partie de lui est morte là-bas". Me Lienard est invité à clôturer la matinée de plaidoiries. Depuis le 1er mars, l’homme aux cheveux poivre et sel accompagne de sa voix douce l'entourage d'Aurélie Fouquet et ses collègues policiers. "J’ai la très lourde tâche de faire revivre Aurélie. C’est son instant, dit-il calmement à la cour en pointant un espace vide à côté de lui. Elle est debout près de moi. Devant vous, c’est elle qui vous parle, vous regarde et vous demande pourquoi : ‘pourquoi j’ai pris une balle dans la tête ?" Les accusés baissent les yeux.

"J’ai aussi la lourde tâche de défendre ceux qui restent. Tous sont liés par un dénominateur commun, la souffrance", poursuit-il, en racontant ces hommes et ces femmes devenus "des fantômes d'eux-mêmes". "Le jour où on a tué Aurélie, on les a tous tués (...) Ils mangent, ils parlent pour Alexis (l’enfant de la victime), pour le protéger mais leur vie s’est arrêtée le 20 mai. On leur a enlevé une partie d'eux-mêmes. Et cette plaie ne se referme pas (...) Ne leur demandez plus de vivre légèrement, ce 20 mai, on a tué l’innocence". Et l'avocat de conclure sur les derniers mots d'Aurélie Fouquet, prononcés dans cette voiture criblée de balles : "Prenez soin de mon fils ". "Rendez-lui justice, et prenez soin de son fils", reprend Me Lienard en direction des jurés avant de se rasseoir près d'Elisabeth Fouquet, en larmes. 

EN SAVOIR +

>>  Notre dossier complet sur l'affaire

>>  Face à l'émotion de la famille, un accusé craque

>>  Procès du meurtre d'Aurélie Fouquet : "J'étais en présence du tireur"

Lire et commenter