Procès Echirolles : les meurtres de Kevin et Sofiane, un terrifiant lynchage

Procès Echirolles : les meurtres de Kevin et Sofiane, un terrifiant lynchage

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JUSTICE – Un procès fleuve et particulièrement douloureux pour les familles des victimes s'ouvre lundi devant la cour d'assises des mineurs de l'Isère. Douze jeunes sont jugés pour les meurtres de Kevin et Sofiane, tués de plusieurs coups de couteau en 2012 dans un parc d'Echirolles (Isère).

C'est l'histoire d'un terrible lynchage qui est jugée à partir de lundi et durant six semaines devant la cour d'assises des mineurs de l'Isère. Celle d'une violence inouïe qui s'est abattue sur deux jeunes sans histoires de 21 et 22 ans, un soir de septembre 2012, dans un parc d'Echirolles, près de Grenoble. Kevin et Sofiane ne se relèveront pas. Le premier, étudiant en master management, est poignardé à huit reprises et meurt sur le coup. Le second, éducateur, est lardé de 31 coups de couteau et frappé avec un marteau sur le crâne. Il succombe à ses blessures le lendemain.

L'après-midi du drame, une bagarre avait éclaté devant un lycée entre le petit frère de Kevin et celui de Mohamed, un des accusés. Un mauvais regard, une petite embrouille qui va dégénérer en début de soirée. Une vingtaine de jeunes du quartier de la Villeneuve à Grenoble, animés d'un esprit de haine et de vengeance, lancent l'expédition punitive. Les armes utilisées par les assaillants – des couteaux, un marteau, un manche de pioche, un pistolet à grenaille, ou encore un chien d'attaque et un scooter qui roulera sur l'une des victimes – ajoutent à la futilité du mobile incompréhension et hébétement. "Ils ont tué comme si c'était un jeu, un jeu collectif, un jeu pervers, où les frontières du réel et du virtuel se confondent, comme s'ils se trouvaient dans un jeu vidéo où l'on peut 'rejouer', ou dans un film que l'on peut rembobiner", écrira Aurélie Monkam-Noubiss, la mère de Kevin.

"Message d'apaisement"

Cette pédiatre de 55 ans, que nous avions rencontrée pour la sortie de son livre "Le ventre arraché", se prépare "sans haine" à faire face aux douze personnes qui l'ont "désenfantée". Deux d'entre elles étant mineures au moment des faits, le procès devrait se tenir à huis clos. Tous les accusés risquent trente ans de réclusion criminelle. "J'ai confiance en la justice. Il faut que la peine soit exemplaire. Le procès ne m’aidera pas à faire mon deuil. Mais j’espère qu’il sera au moins utile aux jeunes qui ont fait ça, pour qu’ils prennent conscience de la gravité de leur acte. Pour l'instant, ils sont dans le déni total", nous confiait-elle alors. Car seuls deux accusés auraient accepté de briser la loi du silence et de prendre leur part de responsabilités. Face à cette omerta, la justice a choisi de retenir le principe de la "co-action", estimant que chacun des douze jeunes avait contribué à la mort des victimes en les affaiblissant par des coups ou en les empêchant de fuir et de recevoir de l'aide.

Une décision qui ne satisfait pas les avocats des meurtriers présumés. "Ceux qui ont porté des coups mortels, qui ont tué des innocents, doivent être condamnés sévèrement, a ainsi commenté Me Bernard Ripert. Mais la justice ne doit pas condamner des innocents pour satisfaire l'opinion publique". Une opinion publique qui avait été particulièrement touchée par la mort des deux garçons. Près de 10.000 personnes avaient participé à la marche blanche organisée en leur hommage. Les hommes politiques avaient pris la parole, les artistes la plume . Un collectif contre la violence s'était créé. Une solidarité et un "message d'apaisement" pour "dire que l'on n'est pas obligé de répondre à la violence par la violence", avait glissé la mère-courage. Une stèle à la mémoire de son fils et de son ami trône désormais dans le parc Maurice-Thorez, à l'endroit même où ils ont perdu la vie. 

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