De l'affaire Flactif au procès Fiona : quand les criminels mentent en criant leur détresse face aux caméras

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Mort de Fiona : peine alourdie en appel pour la mère

AFFAIRES CRIMINELLES – Le procès en appel de la mère de la petite Fiona et de son compagnon Berkane Makhlouf, accusés de coups mortels sur l'enfant dont le corps n'a jamais été retrouvé, s'ouvre lundi devant de la cour d'assises de Haute-Loire. Pendant plusieurs mois, le couple avait tenté de faire croire à un enlèvement de la fillette, exprimant sa détresse face caméras. Une mise en scène qui fait écho aux mensonges d'autres criminels dans les médias.

Les caméras pour témoins. Durant quatre mois en 2013, Cécile Bourgeon et son compagnon Berkane Maklouf ont fait croire à l’enlèvement de la petite Fiona. Un leurre... A partir de lundi, la mère de l'enfant et son beau-père comparaîtront pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Ils ne sont pas les seuls à avoir mis en scène leur histoire devant les projecteurs pour mieux dissimuler l'effroyable vérité. "Médiatiser son mensonge, c'est le solidifier", expliquait Roland Coutanceau lorsque nous l'avions interrogé sur la mécanique du mensonge au lendemain de l’affaire Fiona. Mais pour le psychiatre expert auprès des tribunaux, en aucun cas le criminel ne peut finir par croire à son propre mensonge. "Il sait qu'il triche, qu'il joue. Il y a une forme de manipulation". LCI revient sur ces affaires où les meurtriers ont utilisé les médias pour tenter de se faire passer pour des victimes. 

Les larmes de Cécile Bourgeon

Le 12 mai 2013, Cécile Bourgeon, enceinte de six mois, apparaît en larmes face aux caméras de télévision. Elle raconte s'être assoupie quelques minutes dans un parc de Clermont-Ferrand où jouaient ses deux enfants. A son réveil, seule Eva, la petite sœur de Fiona, était encore là. Elle lance alors "un appel au secours" dans les médias pour retrouver sa fille. Après quatre mois de mensonges, le couple Bourgeon-Makhlouf craque : l’enfant de cinq ans n’a pas été enlevée. Fiona est morte et aurait été enterrée à la lisière d'une forêt. Son corps ne sera jamais retrouvé. Dans son rapport, la juge notera la "solidarité et la duplicité impressionnantes" du couple toxicomane "dans la manipulation et le mensonge". Après avoir accordé leurs déclarations sur un "accident domestique", les amants terribles finissent par se déchirer sur la responsabilité des coups mortels. 

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Les mensonges de Cécile Bourgeon face caméra

Typhaine, l’enfant-martyr

Le 24 juin 2009, Anne-Sophie Faucheur raconte aux médias, avec force détails, le chemin qu'elle a emprunté dans le centre de Maubeuge (Nord) avec sa fille de cinq ans, Typhaine,  avant que celle-ci n'échappe à sa vigilance. Son compagnon, Nicolas Willot, demande en larmes à la population de se mobiliser. Cinq mois après l’enlèvement fictif, Anne-Sophie Faucheur craque en garde à vue. Typhaine, enfant-martyr, a succombé à une énième série de coups de sa mère et de son beau-père, tous deux condamnés depuis à 30 ans de prison ferme. La petite victime, enterrée nue, face contre terre, est retrouvée le 9 décembre 2009. 

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Les mensonges d'Anne-Sophie Faucheur face caméra

Affaire Courjault : les bébés congelés

Le 22 août 2006, les époux Courjault tiennent une conférence de presse. Dénonçant un lynchage médiatique, ils contestent les résultats des tests ADN des deux bébés retrouvés dans le congélateur de leur maison à Séoul. "C’est un cauchemar, cette affaire nous dépasse complètement, on ne comprend pas ce qui nous arrive", commente Véronique Courjault. "Ce dont nous sommes certains, c’est que nous ne sommes pas les parents de ces deux enfants", poursuit son mari. Deux mois plus tard, Véronique Courjault reconnaît avoir étranglé à leur naissance trois enfants qu'elle a mis au monde en secret, l'un en France, deux autres en Corée du Sud. "Si les meurtriers sont proactifs dans les recherches ou crient au scandale dans les médias, c’est avant tout une réaction de défense. L’accusateur pense qu’il risque moins d’endosser le costume de l’accusé", nous explique un policier qui a mené un nombre important d’enquêtes criminelles. 

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Les mensonges de Véronique Courjault face caméras

Affaire Aline Lelièvre

En 2006, Aline Lelièvre, mère célibataire, tente maladroitement de faire croire à la presse à l'enlèvement de son bébé de 13 mois. Elle craquera quelques jours après, reconnaissant l'avoir jeté dans un étang. Elle a depuis été condamnée à 25 ans de prison pour le meurtre du petit David. 

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Les mensonges d'Aline Lelièvre face caméra

La tuerie du Grand Bornand

En 2003, c'est au tour de David Hotyat de s'illustrer dans l'émission Sept à Huit. Lui et sa compagne s'expriment avec cynisme et mépris sur la disparition mystérieuse de leur propriétaire Xavier Flactif et de sa famille. Et critiquent à demi-mot le mode de vie de leurs voisins. Une attitude qui fera mouche auprès des gendarmes, lesquels placent le couple sur écoute. Le faux-témoin a en réalité tué froidement les trois enfants et le couple avant de brûler leur corps. 

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Les mensonges de David Hotyat face caméra

Meurtre d'Antoine Dupond : le beau-père menteur

En avril 2015, Marc Demeulemeester organise une grande battue à Gonnehem (Pas-de-Calais) pour retrouver son beau-fils, Antoine. Le lycéen de 15 ans a disparu trois mois plus tôt du domicile familial de Béthune et n’a plus donné signe de vie. La gendarmerie a lancé un avis de recherches et d’importants moyens, jusque-là restés vains. Interviewé par France 3 lors de cette battue, Marc Demeulemeester explique : "On cherche tous les jours. Avec sa maman, on fait nous-même des petits ratissages." En réalité, entre deux "battues", Marc Demulemeester ira rajouter des parpaings pour empêcher que le corps d’Antoine, dissimulé sous un filet au fond du canal d’Aire, ne remonte à la surface. Et orientera au passage les recherches des habitants loin du secteur. Un an après, l’homme de nouveau interrogé par les enquêteurs finira par craquer. 

Didier Barbot, l’époux diabolique

Si l’assassin revient parfois sur la scène du crime, c’est, disent certains experts, pour ressentir à nouveau la jouissance qu’il a éprouvé lors du passage à l’acte. Didier Barbot, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de sa femme, a-t-il ressenti une certaine satisfaction lorsqu’il faisait venir les médias chez lui pour leur remettre les avis de recherche de sa femme ? Au cours de son procès en janvier dernier, à Nantes, la présidente lui fait remarquer son rôle actif dans l’enquête, notamment auprès des journalistes : "Mais c’est vous qui êtes allé au-devant des médias. Vous auriez pu rester enfermé chez vous…" Réponse de l’accusé : "Y’avait tellement de monde qui venait pour m’aider à chercher Anne que j’étais dans cet élan-là… J’étais quelqu’un d’autre". Huit mois durant, l’agriculteur de Vritz a ainsi fait semblant de chercher le meurtrier de son épouse qu’il a en réalité tuée puis brûlée avec l'aide d'une voisine, sa maîtresse depuis trois ans.  

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