Procès Fiona : Berkane Makhlouf, une vie de "défonce" et de violences

COMPTE-RENDU - Le procès de Cécile Bourgeon et de son ex-compagnon Berkane Makhlouf, jugés pour avoir frappé à mort la petite Fiona dont on n'a jamais retrouvé le corps, s'est ouvert ce lundi devant les assises du Puy-de-Dôme. En début d'après-midi, la personnalité de Berkane Makhlouf, qui était le beau-père de la fillette, a été examinée. Son entourage et ses anciennes compagnes ont dressé le portrait d'un homme violent détruit par la drogue.

"J’ai jamais levé la main sur eux. Pour moi, les enfants, c’est sacré !". Dans une salle jusque-là silencieuse et attentive, Berkane Makhlouf vient de frapper fort. Un cri d’indignation s’échappe du public. Le président de la cour d'assises du Puy-de-Dôme paraît lui aussi un peu sonné après cette sortie. Il tente de reprendre le fil des débats, rappelle avec agacement que la petite sœur de Fiona présentait des bleus lorsqu’elle a été examinée par un docteur. "Je l’ai jamais frappée", jure à nouveau l’accusé poursuivi, au côté de Cécile Bourgeon, pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner". 


Le corps de la petite Fiona, morte en 2013, n’a jamais été retrouvé. Tout juste Berkane Makhlouf reconnaît-il une "petite fessée de temps en temps". Nicolas Chafoulais, le père de la fillette disparue, encaisse. Un peu plus tôt, il n’avait pu contenir ses larmes à la lecture des faits reprochés à la mère de ses enfants et à son ancien compagnon : des violences répétées et des coups plus violents la semaine précédant la mort de l’enfant de 5 ans. Fiona était devenue "un punching ball", elle "n’était pas belle à voir", avait confié Cécile Bourgeon aux enquêteurs. 

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Depuis une heure, l’accusé au visage fermé relate son enfance "difficile", une adolescence en rupture, sa vie de "défonce", sans que l’on ne sache très bien démêler le vrai du faux. Un des experts qui l’a examiné a noté chez cet homme "impulsif" et "intolérant à la frustration" une tendance à la victimisation et au recours "aux mensonges". "Mon grand-frère me mettait des coups (…) Il m’enfermait dans la cave et m’obligeait à boire de la pisse", raconte Berkane Makhlouf sans trop articuler. Les médicaments qui remplacent sa consommation quotidienne de drogues dures le rendent atone. "Votre frère a été entendu, il dit que ce n’est pas vrai", commente le président. 


Avec Ali, un autre demi-frère, l’homme au regard hébété dit s'entendre bien mieux. "Vous l’avez menacé avec un couteau et vous avez été condamné en 2010 par le tribunal de Clermont pour cela", nuance le président. Ali est à la barre, il se souvient de l’épisode sans trop d’émotion. "De toute manière, Berkane est parano", dit-il en haussant les épaules, comme pour signifier que cette "crise de violence" n’était qu’une parmi tant d’autres. "Il rigole, puis il pleure, il a besoin d’être soigné". Si Ali raconte que "déjà petit, il était malade des nerfs", son comportement violent s’est selon lui accentué avec la drogue "qui a cramé son cerveau". 

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C’est par son intermédiaire que Berkane Makhlouf a fait la connaissance de Cécile Bourgeon. Un coup de foudre et une descente aux enfers fulgurante. Le couple s’est défoncé à tout ce qu’il pouvait. Shit, kétamine, champignons, héroïne, cocaïne… "Peut-être que si on n'avait pas pris tout ça, on n’en serait pas là aujourd'hui", glisse l’accusé. Dans cet univers chaotique, la présence de deux petites filles détonne. "Il y avait de l’héroïne partout dans l’appartement. On était négligents. C’était n’importe quoi", concède le beau-père de Fiona et Eva. 


Les filles de Cécile Bourgeon auraient été trimbalées de squat en squat. " C’était pour éviter de les laisser seules", note l’accusé, qui fait pour la première fois sourire certains membres du public. A ses côtés dans le box transparent, Cécile Bourgeon reste impassible. La jeune femme semble bien loin de son procès. "C’est une mère extraordinaire, c’est pas une assassin, et moi non plus", poursuit, toujours décalé, celui qui dit "l’aimer encore". "Quand elle arrive en garde  vue, elle a des traces de coups partout", tacle le président. L’intéressé concède lui avoir donné "une fois, une claque, quand elle a dit ‘imagine si quelqu’un nous a vu enterrer Fiona, ce serait bien qu’on la déterre'". 

Il me frappait, m'humiliait, me crachait dessus pour rien du toutUne ex-compagne de l'accusé à la barre

Deux anciennes compagnes de Berkane Makhlouf sont invitées à témoigner. L’une en visio-conférence, l’autre à la barre. Toutes deux racontent, la voix tremblante, "l’enfer" vécu au côté de leur ex-bourreau. Les "insultes", les "gifles", les "coups aux jambes et au ventre mais pas au visage pour ne pas que ça se voit". Et en filigrane, avec des mots plus difficiles, les viols. "Il me frappait, m'humiliait, me crachait dessus pour rien du tout", résume Stéphanie, qui a tenté de fuir à plusieurs reprises. 


Marie-Laure se rappelle des randonnées qu’elle faisait avec lui près du lac d’Aydat. "Il a un bon sens de l'orientation pour quelqu'un qui ne se souvient pas", finit-elle par lâcher. Et de conclure avec cet épisode où elle a vu Berkane Makhlouf avec la petite Fiona. C’était la seule fois. "Il l’a sermonnée. Elle a changé de visage J’ai eu la sensation de me revoir quelques mois auparavant quand il me faisait peur". Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon encourent 30 ans de prison. 

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