Procès Junca : le bouleversant souvenir d'un "enfant au sourire franc"

FAITS DIVERS

COMPTE-RENDU - Cinq ans après la mort d'Alexandre Junca, 13 ans, dont le corps démembré a été retrouvé dans le Gave, trois hommes et une femme sont jugés devant la cour d'assises de Pau. Le procès s'est ouvert ce mardi. La matinée a été consacrée à l'enquête de personnalité de la jeune victime.

A quoi pensent-ils tandis que les mots résonnent dans la salle d’audience de la cour d’assises de Pau ? "Membre humain", "violences physiques majeures et potentiellement létales", "traumatisme crânien probable", "démembrement post mortem"… Il est 10h40, le président vient d’entamer la lecture des faits. Dignes et droits sur le banc des parties civiles, les sœurs et les parents d’Alexandre Junca ne vacillent pas. Seules les mains entrelacées les unes aux autres trahissent l’émotion de l’épreuve endurée.

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En face d’eux, derrière le box transparent, Mickaël Baehrel dont le regard a glacé le public lors de son entrée, baisse la tête. L’homme de 30 ans au visage blême est accusé d’avoir frappé à mort, dans un accès "de rage", l’enfant de 13 ans avec un marteau. A ses côtés, Christophe Camy, 28 ans, se montre plus agité. Celui qui parle d’une voix saccadée lorsqu’il décline son identité, est secoué de mimiques. Atone, Fatima Ennajah, 50 ans, regarde dans le vide, baillant de temps à autre. Le doyen des accusés, Claude Ducos, 76 ans, écoute attentivement. C’est ce quatuor mal accordé qui est poursuivi à des degrés divers pour avoir, le 4 juin 2011 au soir, volé le portable d’Alexandre Junca avant de le frapper à mort et de démembrer son corps.  

"C’était un enfant au sourire franc, très poli, bien éduqué, le boute-en-train de la garderie des Lilas", déroule l’enquêtrice de personnalité, invitée à la barre. La jeune femme à la robe verte raconte avec beaucoup de bienveillance ce "petit gars" qu’elle n’a pas connu mais dont elle semble en dresser un portrait juste. Les larmes commencent à couler sur les visages des parties civiles. Alexandre, résume-t-elle, "c'est un enfant gourmand, malicieux, serviable, un peu dans la lune d’où son surnom 'poète', sensible aux injustices".  

L'amour d'une famille

"Il aime ses sœurs, sa mère, son papounet. Alexandre rayonne, entouré d’adultes aimants". Car si le père et la mère sont séparés, c’est bel et bien l’amour qui transpire de ce gamin très beau, au caractère affirmé, et qui voudra un jour devenir "pompier". La cour écoute attentivement la tragédie annoncée lorsque, sur le "vélo de ses rêves" qu'il s'était acheté, Alexandre Junca tombe sur Christophe Camy qui lui vole son portable. Six mois plus tôt, Alexandre, le redoublant, avait enfin été récompensé de ses bons résultats. Il avait reçu un portable, qui valait peu mais lui était si "précieux" : les textos, les photos des copains, le premier sentiment de liberté.

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"Vous diriez que c’était une flèche, un enfant un peu espiègle ?", demande le président à Philippe Junca pour compléter le portrait de l’enquêtrice. Le père de la victime est arrivé sans bruit à la barre. "Oui mais ce n’était pas franchement une tête brûlée. Alex était un peu peureux. Il avait peur du noir et de l’orage", murmure le papa qui parle de ce fils "gentil, serviable" et "très affectueux". "Tant de souvenirs..." qu’il semble vouloir garder pour lui.

La pudeur d'un père

"Il n’a pas envie de parler d’Alexandre devant les accusés qui n’ont eu aucun respect pour lui. Il ne veut pas leur raconter comment il était", éclaire son avocate au sortir d’une audience. La mère a de son côté pris soin de noter tout ce qu’elle ne veut pas oublier. Elle tient sa feuille plastifiée d’une main tremblante. "Il y a tant de choses à raconter sur lui, entame Valérie Lance, la voix étranglée par les larmes. C’était un bébé aux yeux d’un bleu profond, on disait tout petit qu’il allait faire des ravages. Puis il adorait faire le pitre. C’était dur de lui refuser quelque chose, il vous amadouait dès qu’il vous regardait."

"Alex, poursuit-elle, était très protecteur avec ses sœurs, sa famille. Il avait son caractère, il ne supportait pas l’injustice, il s’énervait parfois, alors on discutait énormément ensemble". D'une voix qui vous emporte dans son drame, elle raconte l'après... "Depuis cinq ans, j’attends qu’il rentre de l’école, qu’il me saute dessus dans l’escalier, je cherche son sourire. Je n’arrête pas de me poser des questions :comment il serait physiquement, qu’est-ce qu’il ferait comme études (...) j’aimerais tellement lui dire encore que je l’aime, mais maintenant c’est trop tard."

Pas un noël "sans pleurs"

De ce "tsunami" qui a dévasté leur vie, elle témoigne avec dignité de ces noëls ou de ses anniversaires qui ne se déroulent plus "sans pleurs". "L’absence d’un enfant détruit à vie", dit-elle. Elle parle aussi de ce petit corps démembré enterré dans deux sacs différents et des restes qui n’ont pas été retrouvés.  "Je n’arrive pas à me recueillir, je ne peux pas imaginer Alex reposer calmement. On n’a pas eu ce dernier bisou", poursuit la dame tatouée d'un papillon bleu sur l'épaule. Et on devine la colère et la souffrance de cette mère "qui a pris perpétuité" face à ces accusés dont elle réclame "des condamnations". On la devine mais on ne la voit pas. On entend juste l'accusée Fatima Ennajah se mettre à pleurer. "Pleurez silencieusement", ordonne le président. Doucement, Valérie Lance est repartie s'asseoir. 

LE PARCOURS DES ACCUSÉS
>>  Christophe Camy, le voleur de portable 
>> Claude Ducos, l'homme qui a démembré le corps ?
>>  Fatima Ennajah, une femme à la dérive

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