Procès Merah : "J'ai commis une erreur", lance Fettah Malki, l'ami d'enfance fournisseur d'armes présumé

FAITS DIVERS
JUSTICE – Le procès d'Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah, qui a tué sept personnes dont trois enfants à Toulouse et Montauban en mars 2012 avant d'être abattu, et de Fettah Malki, ami d'enfance de l'assassin, s'est ouvert ce lundi matin devant la cour d'assises spéciales de Paris. En cette première journée d'audience, la cour s'est notamment penchée sur le CV de ce deuxième accusé, "pizzaïolo" avant sa détention.

Dans le box, deux hommes, deux accusés qui, à partir de ce lundi et jusqu'au 3 novembre 2017, sont jugés pour avoir aidé Mohamed Merah à commettre ses assassinats en mars 2012 à Toulouse et Montauban. D'un côté, le frère aîné de l'assassin. Abdelkader Merah, vêtu de blanc, costaud, barbe épaisse et cheveux en queue de cheval, est accusé d'avoir "sciemment" facilité "la préparation" des crimes de son frère, en l'aidant notamment à dérober le scooter utilisé lors des faits. 


De l'autre, Fettah Malki, 34 ans, cheveux courts et barbichette, à qui il est reproché d'avoir fourni au tueur un gilet pare-balles, un pistolet-mitrailleur Uzi et des munitions. C'est sur la personnalité de cet ami d'enfance de Mohamed Merah que s'est penchée la cour ce lundi. L'accusé, qui a reconnu avoir fourni l'arme au tueur, a toujours indiqué qu'il ignorait les intentions de son ami, et il l'a répété ce lundi. 

De l'Algérie au quartier des Izards

Né en 1982 en Algérie, Fettah Malki a vu ses parents se séparer alors qu'il n'avait que "3-4 ans". Sa mère a rejoint la France en 1992. En situation irrégulière, elle s'installe à Toulouse, et cherche du travail. "Le seul qu'elle a trouvé, c'est femme de ménage", a précisé le fils ce lundi. Lui l'a rejoint en 1993. Il a alors dix ans.  La famille est installée dans le quartier des Izards à Toulouse. "Un quartier connu pour sa délinquance", fait remarquer le président. 


Pour Fettah Malki, tout se passe bien. Il a des amis, il aime l'école, surtout "les maths, l'histoire et la géographie". Puis en 3e, ses notes empirent, l'élève s'absente de plus en plus". Il passe et obtient le brevet et ira jusqu'au bac, qu'il ne décrochera pas. "Je ne me suis pas réveillé", explique l'accusé. Il n'aura pas non plus le rattrapage. 


Puis Fettah Malki fait des petits boulots, déclarés ou pas, avant de plonger lentement dans la délinquance, ce qui lui vaudra . "J'ai travaillé au noir, fait des affaires. Je revendais des voitures, j'achetais des téléphones volés, des trucs comme ça ", détaille l'accusé. 

De la pizzeria à la détention

De mars 2012, mois où Mohamed Merah a perpétré ses crimes, à mai 2013, Fettah Malki a été pizzaïolo. Il dit avoir alors accumulé "120 000 euros" avec ses petits trafics et le reste. Celui qui est aussi père de deux enfants, nés en novembre 2002 et mars 2013 de deux mères différentes, sera interpellé et placé en garde à vue en mai 2013. Il sera écroué le 1er juin cette même année. 


Fettah Malki est depuis dans une unité dédiée pour les personnes radicalisées à Fleury-Merogis et se trouve à l'isolement. Quand son avocat lui demande s'il est "religieux" ou s'il "pratique le ramadan", il répond "non".

"Qu'est-ce que je vais foutre en Syrie?"

"On peut renvoyer quelqu'un qui n'a strictement rien a voir avec un projet criminel. Fettah Malki a reconnu avoir remis une arme, mais aucun témoignage ne permet de penser qu'il savait que Merah allait l'utiliser pour tuer des enfants dans une école", avait plaidé avant l'audience ce lundi matin Me Etelin, l'autre avocat de Fettah Malki, qui présente son client comme "un délinquant de droit commun".


Devant le juge, Fettah Malki avait déclaré : "Je ne suis pas religieux. Je n'ai rien à voir avec la radicalisation". Il avait ajouté qu'il n'irait "jamais en Syrie!", avant de commenter : "Qu'est-ce que je vais foutre en Syrie ?". Sur l'achat d'armes, il avait expliqué que c'était pour se "faire de l'argent" avant de déclarer, déjà : "Je ne suis pas un terroriste !". 


Ce lundi à l'audience, il a été interrogé sur le pistolet-mitrailleur Uzi utilisé par Merah, qu'il a affirmé lui avoir donné "pour qu'il le nettoie". "Pour le gilet pare-balles, il m'a harcelé pour l'avoir", a-t-il ajouté. "Quand j'ai acheté ces armes, j'ai pensé pouvoir gagner de l'argent avec. Mais je les ai gardées, pour me protéger" et "faire du tir en forêt", a-t-il affirmé. "j'ai commis une erreur en les confiant à Merah, je ne voulais pas qu'elles servent à tuer".


Pour les faits qui lui sont reprochés aujourd'hui, Fettah Malki encourt 20 ans de réclusion. 

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