Procès Neyret : comment l'ex-star de la police a atterri sur les bancs du tribunal

Procès Neyret : comment l'ex-star de la police a atterri sur les bancs du tribunal

JUSTICE - Michel Neyret, l'ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise, est jugé à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Paris aux côtés de huit autres prévenus pour corruption. Les liaisons dangereuses entre policiers et "indics" seront au coeur des débats.

Au moment de sa chute, il était au sommet. Le grand flic avait la confiance de ses hommes, l’estime de ses supérieurs, la légion d’honneur, trente ans de carrière dans le rétro dont vingt à la tête de l’antigang de Lyon, une collaboration avec le septième art… Et puis un jour de septembre 2011, la police des polices vient frapper à sa porte. Michel Neyret est interpellé comme les voyous qui jadis le redoutaient. Mis en examen pour corruption, écroué durant de longs mois avant d'être révoqué de la police. La chute est vertigineuse.

On soupçonne l’ex-numéro 2 de la PJ d’avoir franchi la ligne jaune. D’être passé du côté des ripoux, de ceux qui renseignent le Milieu en échange d’un enrichissement personnel : séjours dans des hôtels de luxe à Marrakech ou Cannes, montres Cartier, prêts de gros bolides, argent liquide… Et accessoirement, d’avoir tapé dans les saisies de drogue pour récompenser ses indics. De ces liaisons dangereuses entre policiers et informateurs, il en sera question à partir de lundi devant la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, où le commissaire déchu comparaît avec huit autres prévenus. "Que Michel Neyret ait commis des maladresses, des imprudences, c'est indéniable", reconnaît son avocat Me Gabriel Versini, interrogé par l’AFP. Mais "ces éléments" ne sont pas "sources d'infractions", nuance son défenseur qui appelle à "faire taire les hypocrisies de façade" sur les pratiques d’une police à l’ancienne. 

L'honneur de la police

Longtemps le flic à la gueule d’acteur a incarné un exemple dans les rangs de la police. Dans les années 1980, Neyret prend la direction de la brigade "antigang" de Lyon (la BRI aujourd'hui). Son carnet d’adresses compte autant de bandits que de notables. "Comme tout bon poulet, il avait quelque chose d'un peu voyou, il voulait réussir, faire de belles enquêtes (...) et il se défonçait pour ses indics", explique un policier dans une biographie signée du journaliste lyonnais Richard Schittly, Commissaire Neyret. Chute d'une star de l'antigang. "Il revendiquait être un homme de terrain, un opérationnel, j'avais une totale confiance", dit aussi de lui l'ancien procureur général Jean-Olivier Viout. Nombreux sont ceux qui louent le travail du "grand professionnel" : la localisation en 1995 de l’homme le plus recherché de France Khaled Kelkal, l’interpellation en 2002 d’activistes de l'ETA ou en 2003 l’arrestation du roi de l’évasion Pascal Payet.

"Un flic qui détourne de la came pour rétribuer un dealer, c'est le boulot. On faisait tous ça. Dans les années 90, on serait tous tombés... Neyret, c'est un homme bien, un flic extraordinaire, un oiseau de nuit, parce que c'est la nuit qu'on fait le boulot. Mais dans un pays aseptisé, il n'a plus sa place (…) Quand j'ai entendu son histoire, je n'y croyais pas. C'est un incorruptible", lancera le réalisateur Olivier Marchal au lendemain de son arrestation. Michel Neyret avait fait office de conseiller lors du tournage de son film Les Lyonnais en 2010, qui revenait sur l'histoire du célèbre "Gang des Lyonnais".

"Plus voyou que les autres"

Mais le nom du flic au-dessus de tout soupçon apparaît pourtant fortuitement en février 2011 au cours d’une banale enquête sur une saisie de cocaïne en région parisienne. Une étrange conversation est interceptée entre un suspect sur écoute et un certain Gilles Benichou. Cet ancien indic black listé, qui trempe dans des affaires d'escroquerie, dit pouvoir l'aider grâce à un patron de la police, "un joker" qui "ne peut rien (lui) refuser" : Michel Neyret. Le super flic et ses proches sont mis sur écoute. Dans une conversation téléphonique avec l’informateur de son mari, Nicole Neyret - poursuivie également pour recel de trafic d'influence passif et de corruption - va résumer sa dérive : "Depuis que tu lui donnes du fric, ce n’est plus le même. (…) Je voulais un mec sain et maintenant il est plus voyou que les autres. Mais arrêtez, arrêtez, il est obnubilé par le fric, le fric, le fric."

Durant ses auditions, le flic déchu reconnaîtra avoir renseigné ses informateurs avec des documents de police classés confidentiels, mais défendra son action pour "le bien du service avec la volonté d'obtenir des résultats". Et niera avoir perçu de l’argent pour obtenir des renseignements. Michel Neyret encourt 10 ans de prison.

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