Reda Kriket projetait-il réellement un attentat pendant l’Euro 2016 ?

Reda Kriket projetait-il réellement un attentat pendant l’Euro 2016 ?

ATTENTAT DEJOUE – Manuel Valls a pour la première fois évoqué devant l’Assemblée nationale la cible du djihadiste Réda Kriket, interpellé en mars dernier en région parisienne. Selon le Premier ministre, il visait "sûrement" l’Euro 2016 de football. "Aucun commentaire", assurent ses avocats et le parquet de Paris. "Une nouvelle confusion entre l’exécutif et le judiciaire", dénonce le syndicat de la magistrature.

Cela faisait plusieurs jours que le nom de Reda Kriket circulait. C’est le ministre de l’Intérieur en premier qui nous a mis la puce à l’oreille. Quelques heures après le drame de Nice, vendredi 15 juillet, Bernard Cazeneuve affirmait que l’action des services de renseignement avait permis de déjouer des attentats qui auraient pu se produire pendant la période de l’Euro 2016. Quels sont ces attentats ? Qui visaient-ils précisément ? Quand devaient-ils se produire ? Motus et bouche cousue dans l’entourage du premier flic de France.

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"Oui, il y a eu des attentats déjoués ces dernières semaines. Mais on ne voit pas à quoi fait référence le ministre de l’Intérieur", confiait ce week-end à metronews une source policière haut placée. Lundi soir, c’est le Premier ministre qui prend le relais, quelques heures après l’hommage aux victimes de l’attentat de Nice. Pour prouver l’efficacité des services de renseignement, sans doute aussi de l’Etat d’urgence, il révèle que la France a échappé de peu à un attentat qui aurait pu être "particulièrement meurtrier" pendant l’Euro 2016. Selon le chef du gouvernement, il a été déjoué "juste avant" la compétition. Mais à quoi fait-il référence ? "Il veut dire qu’un réseau important a été démantelé avant ce grand rendez-vous", répète à metronews un proche du Premier ministre.

"L’Euro en ligne de mire"

Son entourage ajoute qu'il a fait référence à la cellule démantelée autour de Reda Kriket , un Français de 34 ans déjà condamné en Belgique dans une affaire de filière djihadiste vers la Syrie. Son arrestation à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en mars dernier, puis la découverte d'un arsenal dans un appartement d'Argenteuil (Val d'Oise) deux jours après les attentats de Bruxelles et moins d'une semaine après l'arrestation de Salah Abdeslam, avait "permis d'éviter la commission d'une action d'une extrême violence par un réseau terroriste prêt à passer à l'acte", selon la justice française. Mais jamais la cible de Kriket n’avait été évoquée.

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C’est finalement Manuel Valls en personne qui lâche l’information, mardi 19 juillet au soir, devant les députés de l’Assemblée nationale dans une intervention plus explicite. Il indique que 16 attentats ont été déjoués depuis 2012. "Notamment par l’arrestation, en mars 2016, à Argenteuil, d’un individu disposant chez lui d’un véritable arsenal, et d’explosifs à grande puissance, avec sûrement l’Euro de football en ligne de mire".

Affaire sensible

Au parquet de Paris, ce mercredi matin, on se refuse à faire le moindre commentaire. Tout comme Yassine Bouzrou, un des deux avocats du djihadiste présumé, contacté lui aussi par metronews. Il faut dire que l’affaire est sensible. Au lendemain de sa garde à vue, TF1 publiait le contenu des interrogatoires du suspect . "Monsieur Kriket n’était pas très content", souligne une source proche du dossier. Réponse immédiate des avocats qui répliquaient en portant plainte pour violation du secret de l’instruction.

Manuel Valls avait-il le droit de dévoiler la cible de Reda Kriket ? "Le secret de l’instruction s’applique aussi au Premier ministre", estime auprès de metronews Clarisse Taron, la présidente du syndicat de la magistrature qui y voit "une nouvelle illustration de la confusion entre l’exécutif et le judiciaire". "Je le déplore, mais ça ne me surprend pas que le Premier ministre utilise des éléments de procédure, qu’ils soient vrais ou faux, pour justifier l’état d’urgence et faire taire les critiques", ajoute-t-elle. Ce mercredi matin le cabinet de Manuel Valls renvoyait vers le cabinet de Bernard Cazeneuve. Lequel proposait de son côté de se rapprocher de Matignon.

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