Renforcement de la sécurité dans les zones de transport : le débat est-il vain ?

Renforcement de la sécurité dans les zones de transport : le débat est-il vain ?
FAITS DIVERS

TRANSPORTS - Après les attaques meurtrières de Bruxelles comme après chaque attentat, des mesures de sécurité renforcées ont été mises en place dans les aéroports, les gares et les transports en commun en France. Mais beaucoup d’experts estiment qu’on ne peut pas faire beaucoup plus en la matière, et que le risque zéro n’existera jamais.

Comment assurer la sécurité des voyageurs sans entraver leur circulation ? Au lendemain du double attentat de Bruxelles comme après chaque attaque terroriste, le débat sur la sécurité dans les transports repart en trombe.

D’un côté, le gouvernement prend  une nouvelle batterie de mesures : mardi, le dispositif de sécurité pourtant déjà très strict a encore été relevé d’un cran, avec le déploiement de 1600 policiers et gendarmes supplémentaires sur tout le territoire, dans les infrastructures de transports en particulier, ainsi que des annonces comme celle d’un "accès aux zones publiques des transports uniquement réservé aux personnes munies d'un billet et/ou d'un titre d'identité", ou des "mesures de contrôle et palpation systématisées". De l’autre, des voix s’élèvent pour mettre en doute leur efficacité.

Des "situations ingérables"


La CFDT Transports Environnement a ainsi balayé d’un revers de main ces dernières annonces, estimant notamment que le filtrage des accès risque de "provoquer des situations ingérables". Demander à "l'entrée des infrastructures une pièce d'identité et un titre de transports, c'est irréalisable", a expliqué sur France Info Fabian Toselini, le secrétaire général adjoint du syndicat. Pour lui, il est "impossible de proposer un filtrage" à l'entrée des gares et des bouches de métro : "Nous allons engendrer des points de rassemblement à l'entrée de ces infrastructures qui pourraient finalement devenir une zone de tension".

Coïncidence de calendrier, la loi sur la sécurité dans les Transports , adoptée au début du mois par l’Assemblée, a été publiée mercredi au Journal officiel. Elle vise notamment à autoriser les agents des services de sécurité de la SNCF et de la RATP "à procéder à des palpations de sécurité" et à la fouille des bagages. Mais même le député qui en est à l’origine, le socialiste Gilles Savary, a admis mercredi matin sur Europe 1 que les moyens pour garantir la sécurité dans les transports étaient limités. "La France est un pays qui a mis le paquet au plan législatif, au plan des moyens. Je ne suis pas sûr qu'on puisse faire beaucoup plus", a-t-il déclaré. 

"La guerre sera finie avec Daech qu'on n'aura pas mis en place le système"

La question de la mise en place de portiques de sécurité dans les gares pour contrôler l’accès aux TGV, voire à d’autres trains, comme Ségolène Royal l’avait proposé dans la foulée des attentats de novembre, illustre l’écueil auquel se heurte la question de la sécurité dans ces lieux très fréquentés. "Cela coûterait très cher et prendrait beaucoup de temps", estimait alors auprès de metronews l'économiste spécialiste des transports Marc Ivaldi, avant de conclure que "la guerre sera finie avec Daech qu'on n'aura pas mis en place le système".

"Il n’est pas réaliste de transposer le modèle de sécurité de l’aérien sur le ferroviaire, estime également aujourd’hui dans une interview à Libération le sénateur LR François Bonhomme, auteur d’un récent rapport sur la "sécurité des réseaux terrestres face à la menace terroriste : cela mobiliserait des moyens considérables et ne réduirait sans doute pas le risque de manière significative". En outre, selon celui qui plaide pour un renforcement des contrôles aléatoires via des portiques mobiles, "les portiques fixes sont peu efficaces ou inutiles quand ils sont déployés en tout temps et aux mêmes endroits".

D’autres experts, toujours interrogés par Libération , mettent en garde contre "l’effet plumeau" : en résumé, si les terroristes ne peuvent plus accéder aux infrastructures de transports, ils s’attaqueront à d’autres lieux. "Oui, on peut mettre des portiques à l’entrée des aéroports. On peut aussi mettre des check-points à chaque coin de rue. Mais cela ne fait que déplacer le problème", juge ainsi le spécialiste de la sécurité aérienne Xavier Tytelman auprès du quotidien. Qui souligne que la "seule mesure de fond" efficace aux yeux de cet expert, "comme pour de nombreux spécialistes", c'est le renforcement du renseignement. Ce qui ne permettra jamais d'arriver à un risque zéro dans les transports...

EN SAVOIR + >> 
MESURES D'URGENCE - Circulation, sécurité : les conséquences des attentats de Bruxelles en France

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