Sabine Atlaoui : "Mon mari se rapproche du peloton d'exécution, il y a urgence !"

FAITS DIVERS

ENTRETIEN - À la veille d'une audience décisive pour le recours en révision du procès de Serge Atlaoui, sa famille et l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) sonnent la mobilisation générale pour sauver ce Français condamné en Indonésie à la peine capitale pour trafic de drogue. Son nom est depuis peu cité dans une liste de condamnés prochainement éxécutés. Malgré la peur et l'urgence de la situation, Sabine Atlaoui, qui a rejoint la côte sud de Java pour soutenir son mari, veut garder espoir.

C'est un compte à rebours macabre qui a débuté. Le nom de Serge Atlaoui a été cité dans une liste de condamnés prochainement exécutés par la justice indonésienne. Ce Français de 51 ans a été arrêté en 2005 dans un laboratoire clandestin de production d'ecstasy dans la banlieue de Jakarta. Soudeur de profession, il a toujours clamé son innocence expliquant qu'il venait installer des machines industrielles dans ce qu'il croyait être une usine d'acrylique. La semaine dernière, le tribunal de Tangerang a refusé que des témoins soient entendus le 25 mars, lors d'une audience décisive pour son recours en révision auprès de la Cour suprême. Après cette date, impossible d'écrire la suite. Son épouse, Sabine Atlaoui, partie avec ses enfants sur place, nous a accordé un entretien. Elle nous explique pourquoi la mobilisation en France est aujourd'hui nécessaire pour la survie de son mari.

EN SAVOIR +
>>
Peine de mort : la Cour suprême indonésienne rejette l'ultime recours de Serge Atlaoui

Comment avez-vous vécu la décision du tribunal de Tangerang ?
Nous accusons le coup. Mon mari a été condamné à mort en 2007 par la Cour de cassation qui lui a collé l'étiquette de "chimiste" d'une organisation criminelle. Le dossier, le rapport de reconstitution de la police et les témoignages des coaccusés attestent l'inverse. Les témoins affirment ce que mon mari n'a cessé de dire durant toutes ces années : il n'a jamais touché aux produits chimiques. Ce n'est pas un trafiquant. Mais la justice ne veut pas les entendre.

Comment expliquez-vous cela ?
C'est totalement incompréhensible. Les coaccusés indonésiens ont bénéficié de plusieurs audiences et de l'audition de nouveaux témoins... Il y a deux poids deux mesures. Des articles de loi stipulent que les condamnés à mort dans une même affaire doivent être exécutés en même temps. Mon mari est aujourd'hui le seul sur cette liste d'exécution. Pourquoi ne le laisse-t-on pas se défendre comme les autres ? Pourquoi ne veulent-ils pas entendre les preuves de sa bonne foi ? Ce mercredi (25 mars, ndlr), la cour de Tangerang va rendre un avis favorable ou défavorable à la révision du procès avant de transmettre la requête à la Cour suprême. Mais elle a d'ores et déjà refusé d'entendre les témoins. Ces éléments ne pourront donc pas être joints au recours en révision. En moins de deux semaines, le dossier a été bouclé. Tout s'est accéléré. Si juridiquement on n'arrive pas à se faire entendre, ils vont exécuter mon mari.

Comment tenez-vous aujourd'hui ?
Nous ne pouvons accepter une injustice. On parle bien d'exécution, pas de prison à vie. Mon mari a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Nous subissons cette torture psychologique depuis plus de neuf ans. Il y a parfois une forme de lassitude dans notre combat. Mais nous gardons toujours espoir. Sinon comment continuer ? Sans espoir, nous ne serions pas debout. Serge le dit très bien : "L'espoir, c'est la différence entre la vie et la mort". Mon mari est aussi un père de famille. Si je ne me bats pas, comment pourrais-je regarder mes enfants dans les yeux ? Je ne veux pas les voir traumatisés par l'exécution de leur père, ça c'est impossible !

EN SAVOIR + >> Ultime recours rejeté pour Serge Atlaoui : "Nous sommes effondrés"

Justement, comment se portent-ils ?
Lorsque leur papa a été arrêté, ils n'étaient que des gosses. Aujourd'hui, ils sont adultes, sauf le petit dernier. C'est traumatisant de grandir avec ça. Et c'est encore plus dur depuis la présence du nom de leur père sur cette liste d'exécution. Je ne veux pas voir toute ma vie la souffrance dans leurs yeux. Nous vivons au jour le jour depuis neuf ans. A l'heure française mais la tête en Indonésie. Dans cette incertitude permanente. Je dors avec mon téléphone. La semaine dernière, notre fils a pu voir son père quelques minutes. Malgré la police, les journalistes, la tension extrême, il y a eu ces sourires échangés. C'est ce qui nous fait tenir.

Alors que gouvernement indonésien ne semble montrer aucun signe de clémence, dans quel état d'esprit est votre époux ?
Il est très combatif mais il a aussi traversé des moments difficiles. Notamment depuis la reprise des exécutions en janvier, qui ont été rapides, abruptes. Être sur une liste d'exécution, psychologiquement, c'est très dur. Arriver à manger et à dormir normalement, c'est impossible. Vous vivez avec la peur d'être extrait à tout moment de votre cellule. Avant, les exécutions en Indonésie étaient annoncées dans les médias. Mais au vu du soulèvement et des émeutes dans certaines prisons, les autorités ne livrent plus de détails sur le jour fatidique. Le condamné est pris par surprise, amené à l'isolement. La famille a 72 heures pour venir. J'en fais des cauchemars. Je vis avec cette peur permanente.

Vous appelez à une mobilisation générale en France (le 24 mars, lire ci-dessous). Pourquoi sortir aujourd'hui de votre discrétion ?
Cela fait neuf ans que nous sommes restés discrets pour le bon déroulement de la justice. Et voilà où en est. Aujourd'hui, j'appelle à l'aide car j'ai peur que la révision du procès n'aboutisse pas. Sans une mobilisation en France, mon mari se rapproche du peloton d'exécution. Je ne peux pas attendre sa mort. Il y a urgence ! Nous avons désormais besoin d'une grande mobilisation pour faire bloc autour de lui, pour le protéger. C'est un appel au secours, lancé du fond du cœur car nous sommes démunis. J'ai besoin du soutien des Français car nous n'y arriverons pas seul. On ne peut pas exécuter quelqu'un dans de telles conditions et de cette manière aussi cruelle et inhumaine qu'est le peloton d'exécution. Attaché, une rafale de balles, tout cela m'est insupportable... Je ne peux pas l'expliquer à nos enfants, c'est hors de question !

Le mardi 24 mars, l'association  Ensemble contre la peine de la mort, qui se bat aux côtés de Serge Atlaoui et de sa famille, appelle à un grand rassemblement de soutien, à 18 heures, devant l'ambassade d'Indonésie à Paris.
 

Sur le même sujet

Lire et commenter