"On aurait pu sauver Tomek", l'alpiniste française Elisabeth Revol dénonce la lenteur des secours pakistanais

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POLÉMIQUE - Huit jours après son retour en France, Elisabeth Revol, cette alpiniste française forcée d'abandonner son compagnon de cordée, Tomas Mackiewicz dans le Nanga Parbat, un massif de l'Himalaya, est en colère. Au cours d'une conférence de presse, elle a dénoncé la lenteur des secours. Pour elle, "on aurait pu sauver" son ami.

Elisabeth Revol a réalisé l'impossible et pourtant, tout cela est gâché. L'alpiniste française, survivante d'une ascension hivernale du Nanga Parbat, un massif himalayen, il y a quelques jours, a exprimé toute sa colère et dénoncé la lenteur des secours, difficiles à mettre en place au Pakistan. 


Pour elle, secourir Tomas Mackiewicz, son homologue et compagnon de cordée polonais, était possible. "J'ai beaucoup de colère, on aurait pu sauver 'Tomek' si ça avait été un réel secours, pris à temps et organisé", a déclaré la rescapée de la "montagne tueuse", dix jours après son sauvetage in extremis. 

Elisabeth Revol est actuellement soignée à l'hôpital de Sallanches, en Haute-Savoie où les médecins tentent de lui éviter une amputation du pied gauche, le plus atteint par les gelures provoquées par le froid. Lors de cette conférence de presse donnée à Chamonix, elle a dénoncé la lenteur des secours et les heures, trop longues, 63 heures en tout, qui se sont écoulées entre son message de détresse et son retour au camp de base. Dans l'Himalaya et a fortiori en hiver, "le temps est précieux", un sauvetage "c'est une course contre la montre", a rappelé cette femme de 37 ans, les traits tirés. 

Certains Pakistanais auraient menti sur la disponibilité et les capacité des hélicoptères

Il était 23h10, heure pakistanaise, quand Élisabeth Revol a envoyé son SOS à son ami et routeur Ludovic Giambiasi, à son mari Jean-Christophe et à la femme de Tomek, Anna. En tout, ce sont une centaine de messages qui sont échangés dont certains perdus en route, avant que son appareil GPS ne s'éteigne. L'alpiniste ne sera donc tenue au courant que de l'essentiel : les consignes à suivre en fonction de son état et la progression des secours.


Et c'est depuis Gap, en France, que Ludovic Giambiasi a coordonné les bonnes volontés et les compétences internationales des secours qui ont rencontré "des freins et des problèmes", a déploré ce dernier. Selon lui, il y a eu des "mensonges de certains Pakistanais" sur la "disponibilité, la réservation et les capacités des hélicoptères" à monter ou non chercher Tomek à plus de 7.000 m d'altitude. Puis lorsqu'il a été question d'aller chercher Élisabeth Revol, descendue jusqu'à 6.300 m par ses propres moyens, puis le retour au camp de base avec l'aide des Polonais Denis Urubko et Adam Bielecki. 

Des problèmes de surenchère des prix

Mais avant le décollage des hélicoptères de secours, ils ont dû faire face à une surenchère des prix "partis de 15.000 dollars et montés à 40.000" pour finalement être exigés "en cash sur la table"; à la lenteur de préparation des engins, "jamais prêts à décoller au lever du soleil"; aux "refus d'autorisations" et évidemment à "la météo".


Grâce à une collecte de fonds de grande ampleur, de l'argent avait été réuni pour financer la mission des hélicoptères de l'armée pakistanaise ayant transporté sur les pentes du Nanga Parbat (8.126 m) l'équipe de grimpeurs polonais pour secourir Revol et Mackiewicz. Mais l'ambassade de France n'avait pas de liquide dans son coffre, celle de Pologne, si. "Le reste, ce sont ses employés qui les ont donnés", a raconté Masha Gordon, alpiniste russo-britannique qui a organisé la collecte de fonds via un site de financement participatif. 


Elle a recensé 24.000 partages de l'appel sur Facebook, pour 157.000 euros collectés. Une fois remboursée la part avancée par la France (32.000 euros) - les Polonais offrent leur participation (43.000 euros) - le reliquat de 130.000 euros ira aux trois enfants de Tomek, âgés de 7, 8 et 9 ans.

Elisabeth Revol s'en veut de ne pas avoir "insisté" pour que Tomek mette ses lunettes

La veuve de Tomas Mackiewicz, Anna Solska, a exprimé "sa profonde gratitude" à Elisabeth Revol, au cours de cette conférence de presse. Au téléphone, elle a remercié l'alpiniste française d'avoir guidé son mari jusqu'à la crevasse où elle l'a laissé à l'abri, persuadée qu'un hélicoptère viendrait le chercher. "J'espère que tu te sentiras mieux bientôt", lui a-t-elle dit. Des paroles qui ont du réchauffer la Française car, outre ses séquelles physiques, elle reconnaît que "dans la tête, ce n'est pas simple". 

Elle s'en veut de ne pas avoir "insisté" pour que Tomek mette ses lunettes dans l'ascension finale, convaincue que sa cécité survenue au sommet a tout déclenché "en cascade". Mais de l'avis du Dr Champly, spécialiste des pathologies de très haute altitude, l'alpiniste polonais avait très probablement outrepassé ses capacités d'acclimatation et est "très certainement mort" d'un œdème pulmonaire contre lequel, Elisabeth Revol ne pouvait rien faire. 

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