Seine-Saint-Denis - Ils campent au pied de leur tour pour faire fuir les dealers : "La police ne fait rien, on n'en peut plus"

 Seine-Saint-Denis - Ils campent au pied de leur tour pour faire fuir les dealers : "La police ne fait rien, on n'en peut plus"

SECURITE - Pour la sixième soirée consécutive, plusieurs habitants d’un immeuble de Seine-Saint-Denis ont passé une partie de la soirée là où de nombreux jeunes, depuis plusieurs années, font régner la terreur, à coup de trafic de drogue et de dégradations en tout genre. Une détresse partagée par la Ville, qui réclame, depuis des années, plus de moyens. En vain.

"Je ne sors plus sans mon mari, j’ai peur". Rien que d’en parler, Sonia* a la voix qui tremble. Il faut dire que cela fait plusieurs années qu’elle espère que la situation va changer. En vain. Il est loin le temps où la convivialité régnait rue Jean-Luças, une allée bordée de petits immeubles située derrière la gare de Saint-Denis. Depuis plusieurs années, c’est désormais la terreur qui y règne. Depuis que des jeunes ont décidé d'y établir leurs quartiers, en y faisant un lieu de trafic de drogue. 

"Courageux et nécessaire"

"Ils sont tout le temps en bas, parfois toute la nuit", raconte à metronews Sonia. "Ils font leur trafic, ils crient, frappent dans les portes, écoutent la musique à fond. Et on ne peut rien leur dire sous peine de représailles", explique cette mère de famille, qui ne laisse plus non plus sortir ses enfants. "On appelle souvent la police. Parfois ils viennent, souvent non. Et nous on continu de subir tout ça au quotidien, on est fatigués, on n'en peut plus". Las, une poignée de ces riverains ont décidé de tenter le tout pour le tout : depuis six jours, ils s’installent une partie de la soirée, avec une table et des chaises de camping, en bas de leur immeuble. Avec ce rassemblement aux allures d'une "Nuit Debout" miniature, ils espèrent faire fuir ces jeunes et de médiatiser leur détresse.

Un combat qu’ils ne mènent pas seuls, soutenus par la mairie de Saint Denis. Depuis samedi, chaque soir, des élus se relayent auprès de ces irréductibles pour afficher leur solidarité. Car la mairie, elle aussi, en a ras le bol. "L’exaspération de ces habitants est tout à fait légitime", nous confie le porte-parole de la Ville. "Leur démarche est courageuse et nécessaire". Mardi soir, la tension est montée d'un cran : un journaliste, pris à parti par un trafiquant, a été contraint de rapidement quitter les lieux. Un élu, qui essayait de lui venir en aide, a quant à lui été copieusement insulté. 

"Une situation indigente"

Mais pourquoi la police n'intervient-elle pas plus souvent ? La réponse est simple : par manque d'effectifs. Selon nos informations, il n'y a que 300 policiers à Saint-Denis. Depuis 1999, leur nombre n'a pas changé, alors que la population, elle, a augmenté de 24.000 personnes.  Au regard des problèmes de sécurité, et du nombre d'habitants, il devrait y en avoir au moins 500. Un renforcement des effectifs réclamé depuis longtemps par la mairie au ministère de l'Intérieur, jusqu'ici en vain. Et rien que dans le secteur de la rue Jean-Luças, il n'y a que trois patrouilles de police qui circulent. "On fait ce qu'on peut, mais on est pas assez nombreux. Les habitants nous en veulent, mais on est débordés", nous confirme une source policière, elle aussi lasse de cette situation. 

Et à Saint-Denis, les problèmes ne se limitent pas à la sécurité. "Sur cette question et celle de la justice et de l’enseignement, il y a un réel désengagement de l’Etat", nous explique ainsi le porte parole de la Ville. "A Saint-Denis, nous sommes dans une situation indigente, c’est hallucinant". "Nous écrivons des courriers au ministère de l’Intérieur tous les mois, en vain. Nous avons lancé il y a deux ans une pétition pour réclamer 200 policiers de plus, et rien n’a été fait. De notre côté, nous avons doublé les effectifs des policiers municipaux et, dès la semaine prochaine, la vidéosurveillance fera son entrée dans la ville. D'abord avec 29 caméras, puis 12 de plus d'ici à la fin de l'année. Nous faisons tout ce que nous pouvons. Le gouvernement, lui, ne fait rien".

*prénom modifié

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