"Sensation seeker", narcissique, en quête de célébrité... qui est Rédoine Faïd, le braqueur recherché par toutes les polices de France

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PORTRAIT - Braqueur multirécidiviste, Rédoine Faïd était condamné à 25 ans de réclusion. Retour sur le parcours hors du commun d’un homme qui s’est construit une image de bandit des temps modernes.

Une bande armée qui survient au parloir. Un hélicoptère. Une échappée par les airs puis en voiture. Rédoine Faïd est amateur de sensations fortes et de scénarios à la James Bond. Le caïd médiatique, évadé ce dimanche de la prison de Réau (Seine et Marne), n’en est pas à son coup d’essai. L’homme avait déjà commis une évasion spectaculaire, en 2013, de la prison de Lille-Sequedin, dans le Nord, avec prise de quatre otages arme au poing, explosions des portes de prison, puis disparition dans la nature... avant d'être repris quelques semaines plus tard. 


Qui est donc Rédoine Faid  ? L’homme fascine, d’autant qu’il aime à vendre son histoire, l’étale dans les médias. Sur sa fiche Wikipedia, il est écrit "braqueur français spécialisé dans les attaques de fourgons blindés". Il a eu droit à sa fiche Interpol "Wanted" avec photo en noir et blanc sur fond rayé, comme les bandits américains. C’est un peu ça : l’homme aime à se fabriquer une légende, a été biberonné aux films de grands bandits, Scarface, Point Break, Reservoir dogs. 

Des "casses" aux attaques de fourgons blindés

Rédoine Faïd, d’origine kabyle, est né en 1969, à Creil, dans l'Oise, dans le quartier Guynemer, quartier dans lequel il est devenu une célébrité locale. Et commence très tôt à aligner les faits d’armes : en terminale, il braque une agence du Crédit du Nord. Cinq ans après, avec des complices, il prend en otage la famille du directeur de la BNP de Creil et force le banquier à ouvrir le coffre. En 1998, il est arrêté après trois ans de cavale. Il est condamné à 18 ans de prison pour vol à main armée et libéré en 2009 après 10 années de détention. Si son œuvre criminelle est aussi bien connue, c’est qu’il a pris soin de la faire connaître, en sortant de prison : Rédoine Faïd l'a racontée en 2010 dans un livre d'entretiens avec le journaliste Jérôme Pierrat, Braqueur : Des cités au grand banditisme. Il y raconte son expérience de braqueur repenti. Et fait le tour des plateaux télé, et promet que ce temps-là est derrière lui. Un peu fanfaron, déjà : en 2011, il était apparu dans un reportage sur le grand banditisme, où des "caïds de cités" se flattaient d'en remontrer aux voyous "à l'ancienne". Il expliquait face caméra que braquer un fourgon, "c'est le top du top".

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En 2010 sur LCI, Redoine Faid assurait qu'il était "repenti"

Première évasion

Sauf qu’en 2010, Rédoine Faïd est soupçonné de tremper aussi dans une attaque à main armée à Villiers-sur-Marne, qui tourne court : une policière municipale, Aurélie Fouquet, est tuée. Si Rédoine Faïd ne semble pas impliqué directement dans l'homicide, les enquêteurs soupçonnent le gangster retraité, reconverti en bête médiatique, d'être le "cerveau" du braquage avorté. Il est arrêté en 2011. Lors de son procès en 2016, il sera acquitté du chef d’accusation d’homicide, mais est condamné à 18 ans de réclusion pour avoir préparé le braquage. 


Entre temps, le 13 avril 2013, il s’évade de la prison de Lille-Sequedin, à coup de prise d’otages et d’explosifs. Un mandat d’arrêt européen est émis dans la journée, Interpol le recherche dans 190 pays. La cavale dure un mois et demi. Il est interpellé, le 29 mai, dans un B&B Hotels en Seine-et-Marne. Il est incarcéré à Fleury-Mérogis. En mars 2017, il est jugé pour son évasion et la prise d’otages, et est condamné à 10 ans de réclusion. Pendant son procès, il invoque un "appel de la liberté", et motive son évasion par le désir de revoir son père mourant, et redit le sentiment d'injustice de payer pour un crime qu'il dit n'avoir pas commis. En octobre 2017, il écoppe aussi de 18 ans de prison dans l'attaque d'un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais, perpétré en 2011. 


Rédoine Faïd a fait appel de deux condamnations, l'évasion de 2013 et l'attaque qui a coûté la vie à la policière municipale. Mais cela ne le sert pas. En avril 2018, la cour d’Assises de Paris porte à 25 ans de réclusion la peine de 18 ans pour le braquage avorté qui a conduit  au décès de la policière.

Une personnalité séductrice, sympathique pour les psy

L’homme aime le grand spectacle. Aime les sensations fortes, recherche la montée d’adrénaline, et aime, surtout, à se mettre scène, se construire une légende.  Lors du procès aux assises en 2017, l’expert psychiatrique avait qualifié le médiatique braqueur "d'histrion à la recherche de sensations fortes", "narcissique", appréciant la célébrité. "Il a une personnalité séductrice, sympathique, chaleureuse et néanmoins intelligente, très sensible à l'image qu'il donne de lui", a indiqué l'expert, précisant que le QI du braqueur était de 122. 


Pour l’expert psychiatrique, Rédoine Faïd "n’apparaît pas comme manipulateur, il n'y a pas de dimension machiavélique chez lui. Mais il sait s'attirer les bonnes grâces, optimiser ses relations pour que les choses évoluent dans le sens qu'il souhaite, convaincre son interlocuteur et peut avoir du ressentiment envers ceux qui résistent", a déroulé le psychiatre. Il décrivait encore un homme aux "traits obsessionnels, organisé, anticipant bien des choses, précis même dans son comportement délinquantiel", un "sensation seeker", type de personne qui recherche les sensations fortes, "le plaisir et la montée d'adrénaline" dus aux braquages.

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