Six ans de prison et 500 000 euros d'amende requis contre Madame Yaourt

Six ans de prison et 500 000 euros d'amende requis contre Madame Yaourt

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PROCES - La 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris jugeait, depuis lundi et en son absence, une septuagénaire soupçonnée d'avoir escroqué plus de 5500 chiliens via une arnaque aux fromages magiques. Ce mardi, le parquet a requis six ans de prison et 500.000 euros d'amende à l'encontre de Gilberte Van Erpe.

"Une série de mensonges et d'escroqueries". Voilà comment le parquet a qualifié mardi la vie de Gilberte Van Erpe, 74 ans, alias Madame Gil ou encore Madame Yaourt, à l'encontre de laquelle et en son absence il a requis six ans de prison et 500 000 euros d'amende. La septuagénaire était jugée depuis lundi par la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour une vaste arnaque aux "petits fromages magiques" commise entre 2004 et 2006 au Chili.

L'escroquerie, l'une des plus importantes que le pays ait connues, a prospéré sur la promesse, lancée lors de grandes réunions publiques, que ces fameux fromages, censés être destinés à l'industrie cosmétique, devaient apporter à leurs producteurs un bénéfice de 100%, en plus du remboursement de leur investissement initial. Les victimes achetaient à prix d'or des kits de ferments lactiques qui, mélangés à du lait, donnaient après 12 à 16 semaines de culture, des petits fromages.

EN SAVOIR + >> Madame Yaourt et ses "fromages magiques" au tribunal

"Prédateurs expérimentés"

Destinés à être exportés vers le Congo, pour au final servir soi-disant en France chez L'Oréal ou pour fabriquer des produits blanchissant la peau, ceux-là même qu'utilisait Michaël Jackson, les fromages n'ont jamais quitté le Chili. Ils ne pouvaient de toute manière aucunement servir à fabriquer des cosmétiques. Cinq tonnes et demie ont été retrouvées en décomposition dans un entrepôt. Si certaines victimes ont été remboursées, d'autres n'ont pas eu cette chance. Le préjudice restant est estimé à 10 millions d'euros.

"Je ne voudrais pas qu'on oublie la rage, le désespoir aussi", "mais surtout la ruine de ces 5.000 Chiliens", petits paysans, femmes au foyer, qui se sont retrouvés face à des gens "parfaitement organisés", "des prédateurs expérimentés", a souligné la procureur Frédérique Porterie dans son réquisitoire. Huit cents d'entre eux se sont constitués parties civiles au procès à Paris.

Jugement rendu le 7 juillet

La France n'extradant pas ses ressortissants vers le Chili, la justice française a été saisie pour les faits concernant Gilberte Van Erpe, alias "Madame Gil", qui pendant l'enquête a contesté les faits d'escroquerie qui lui sont reprochés. Souffrant de problèmes de santé, elle a fait valoir, certificat médical à l'appui, qu'elle n'était pas en état de comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris. Elle n'était pas non plus représentée par son avocat, faute de mandat. La magistrate du parquet s'est interrogée sur l'absence de Gilberte Van Erpe, "qui peut-être coule des jours heureux, ailleurs", sur sa volonté de répondre de ses actes devant la justice française.

Elle avait déjà été condamnée en Belgique pour une vaste escroquerie dans les années 1980, puis au Pérou, juste avant l'affaire chilienne, où elle avait "miraculeusement" échappé aux poursuites, selon la magistrate du parquet. Le tribunal correctionnel de Paris rendra quant à lui son jugement le 7 juillet.

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