Soupçons de fuites au 36 quai des Orfèvres : Bernard Petit mis en examen

Soupçons de fuites au 36 quai des Orfèvres : Bernard Petit mis en examen

FAITS DIVERS – Le patron de la police judiciaire parisienne, Bernard Petit, et son chef de cabinet, Richard Atlan, ont été mis en examen pour "violation du secret de l'instruction". Ils sont soupçonnés d'avoir informé Christian Prouteau, créateur du GIGN, sur le motif de son audition dans une affaire de corruption où est aussi impliqué "l'escroc des stars" Christophe Rocancourt. Un autre fonctionnaire, Philippe Lemaître, a également été mis en examen.

Avant même l'annonce des mises en examen, plusieurs flics et anciens flics ont exprimé leur ras-le-bol. Mercredi, quelques heures après le placement en garde à vue de plusieurs policiers, Martine Monteil, ancienne chef de la Direction centrale de police judiciaire (DVPJ), a déclaré sur RTL être "inquiète", "triste" et "consternée". "C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ! ", "A quand la prochaine affaire ? ", "La fréquence, c'est quoi, un dossier par mois ?", ce genre de commentaire était en mode bis repetita dans la bouche de nombreux fonctionnaires joints par metronews.

Et pour cause, après le coup de fil fin 2013 de Christian Flaesch, alors patron du 36 à Brice Hortefeux pour lui dire qu'il allait être entendu dans un dossier, après le viol présumé d'une Canadienne dans les locaux du 36, après la disparition de 52 kg de cocaïne des scellés en juillet dernier, c'est maintenant le patron de la police judiciaire Bernard Petit, et trois autres policiers qui sont visés . Le chef du 36 est ainsi soupçonné d'avoir fait la même erreur que son prédécesseur, mais dans une autre affaire.

Le chef de cabinet de Bernard Petit, Richard Atlan, a été mis en examen de chefs identiques, et soumis au même contrôle judiciaire. Soupçonné d'avoir été un intermédiaire, un fonctionnaire en poste à l'Association nationale d'action sociale (Anas) des personnels de la place Beauvau, Philippe Lemaître, a été mis en examen notamment pour complicité de trafic d'influence, ainsi que recel de violation du secret de l'instruction. Son patron, le président de l'Anas, Jo Masanet, un ancien syndicaliste policier marqué à gauche et très influent, devait lui passer sa deuxième nuit en garde à vue avant un probable défèrement vendredi. Les enquêteurs s'intéressent aussi à la gestion de l'Anas, selon une source proche du dossier.

Ecoutes téléphoniques

Les quatre policiers sont soupçonnés d'avoir violé le secret d'une enquête impliquant le créateur du GIGN Christian Prouteau et l'"escroc des stars" Christophe Rocancourt. Ce dernier, suspecté d'avoir tenté contre paiement de faire régulariser des sans-papiers, a été mis en examen début octobre, notamment pour "escroquerie" et "trafic d'influence". Sa compagne, l'un de ses avocats Me Marcel Ceccaldi, un notaire, l'ex-secrétaire d'État socialiste Kofi Yamgnane et le créateur du GIGN sont aussi poursuivis dans ce dossier.

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Or, au cours de son audition à l'automne dernier, Christian Prouteau était apparu "très au courant" de l'affaire. Les écoutes téléphoniques permettront d'établir que l'ancien numéro 1 du GIGN a été en contact avec Philippe Lemaître, à qui il a demandé quel était le"but" de sa "convocation". Lemaître avait alors sollicité Richard Atlan et Bernard Petit. Après avoir noté les infos sur un bout de papier, Lemaître aurait ensuite transmis la note à Jo Masanet.

Pendant sa garde à vue, Christian Prouteau a reconnu avoir demandé des infos sur sa convocation à Lemaître et avoir eu les informations qu'il voulait.

Sanction et remplacement

Aujourd'hui ce nouveau scandale écorne sérieusement la réputation du 36. "Si au terme de ces gardes à vue, il apparaît que des manquements graves ont été commis par des policiers ou d'anciens policiers, je serai d'une fermeté absolue et je serai intraitable", avait prévenu le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve mercredi à l'issue du Conseil des ministres. Devant la presse, jeudi matin, François Hollande a été dans ce sens. "Chaque fois qu'il y aura un manquement, une faute, d'un ministre ou d'un haut fonctionnaire, il y aura une sanction" a dit le président de la République.

Nommé le 19 décembre 2013 par Manuel Valls, Bernard Petit est qualifié par certains policiers"d'ambitieux", "sérieux" ou encore "intègre. D'autres y voient une "bête noire, proche du pouvoir" et prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut". Après l'affaire du viol de la touriste canadienne, il avait évoqué le "devoir d'exemplarité" des policiers du "36"...

"Comment quelqu'un d'aussi malin a pu tomber dans un piège aussi bête", conclut un officier. Un an à peine après la nomination du nouveau chef du 36, le ministre de l’Intérieur va déjà devoir se poser la question de son successeur. Il sera remplacé par Christian Sainte, patron de la PJ marseillaise.

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