Suicide de l'instituteur de Villefontaine : "Pour ma fille, c'est une libération"

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FAIT DIVERS - L'ancien directeur de l'école du Mas de la Raz de Villefontaine (Isère), Romain Farina, 46 ans, s'est suicidé dans la nuit de lundi à mardi dans sa cellule à la prison de Corbas. Il avait été mis en examen et écroué le 25 mars 2015 pour viols. Nidal, dont la fille aurait été agressée quatre fois par le quadragénaire, témoigne auprès de Metronews.

C'est le père d'une autre victime qui lui a appris la nouvelle ce mardi matin, à 8h50. "Je suis rentré d'un chantier à 6 heures. Je me suis couché. Tout d'un coup, mon téléphone s'est mis à sonner et il ne s'est pas arrêté. J'ai fini par décrocher. C'est là que le papa en question m'a dit qu'il était mort, qu'il s'était suicidé" raconte Nidal.

Celui qu'il ne nomme pas s'appelle Romain Farina, 46 ans, ancien directeur de l'école du Mas de la Raz de Villefontaine (Isère) et soupçonné d'avoir commis des viols sur plusieurs enfants dont il avait la charge. L'enseignant avait été mis en examen et écroué à la prison de Corbas le 25 mars 2015. Il s'est suicidé par pendaison dans sa cellule dans la nuit de lundi à mardi. Son corps sans vie a été retrouvé par un surveillant peu avant 6 heures, a révélé Le Progrès ce mardi.

Au total, 61 enfants, issus d’écoles de l'Isère mais aussi du Rhône, où il avait enseigné, ont été entendus par les enquêteurs. Parmi eux, la fille de Nidal, 6 ans, qui avait Romain Farina comme professeur jusqu'en mars 2015.

"On était sûrs qu'ils ferait tout pour esquiver le procès"

Comme d'autres parents, Nidal affirme qu'il s'attendait "un jour ou l'autre à cette nouvelle". "Il avait déjà fait une tentative de suicide en août 2015. On savait qu'il était fragile psychologiquement. Pour les 'un an', le mois dernier, les médias ont beaucoup parlé de l'affaire, on avait des craintes. Mais on se disait encore qu'il se suiciderait avant le procès, sans doute quelques jours avant. On en était sûrs, il ferait tout pour l'esquiver."

Pour Nidal, les révélations du Dauphiné Libéré ce mardi ont peut-être eu un impact sur le détenu. "On a appris dans le journal que de nouveaux supports informatiques avaient été découverts le week-end dernier dans sa maison. Il y avait peut-être d'autres photos ou d'autres films montrant d'autres victimes se faire violer. Il paraît qu'il était au courant de ces nouvelles saisies. Il a peut-être paniqué".

Le mois dernier, Patrice Reviron, avocat de six familles, révélait déjà à metronews que l'enseignant avait filmé plusieurs de ses élèves au cours de ses "Ateliers du goût" qu'il faisait en cachette dans sa classe. "Je suis le seul à avoir voulu voir les photos. Pour moi, c'était important. Cet homme a agressé quatre fois ma fille. Elle avait 6 ans. J'avais besoin de savoir ce qu'il s'était passé. Les clichés sont sans équivoque. Ça fait mal, très mal."

"On attendait le procès avec impatience"

Le décès de Romain Farina est une onde de choc pour les parents. "Certains ont pleuré toute la journée. On attendait le procès avec impatience. On sait qu'il ne se serait pas excusé. Il n'a jamais exprimé ni regret, ni remord. Mais on voulait qu'il révèle ses secrets, qu'ils disent tout ce qu'il a fait aux enfants. Et puis, il a reconnu des choses, mais pas tout. Des victimes, il y en a peut-être beaucoup plus" déclare Nidal.

Sa fille est-elle au courant que son ancien professeur est mort ? "Nous avons dû le dire aux enfants. L'inspectrice académique était présente à l'école aujourd'hui. On nous a convoqués en urgence. Ils savaient pertinemment qu'après la pause déjeuner ça aurait fuité. Quand j'ai annoncé à ma fille ce midi qu'il était décédé en prison, pour elle, ça a été une libération. Elle m'a dit : 'Au moins, je n'aurai plus peur de le croiser à l'école."

"Ma fille me pose tout le temps des questions"

Nidal affirme que sa fille est encore traumatisée par ces agressions. "Elle me pose tout le temps des questions, plus ou moins tordues. La semaine dernière, elle m'a demandé : 'Papa, qu'est-ce qu'il m'a fait dans la bouche ? Si j'ai un enfant, est-ce qu'il va lui ressembler ?". La fillette de 7 ans a aussi des dégoûts alimentaires. "Le chocolat à tartiner, la compote, tout ce qu'il a pu mettre sur son sexe au cours des 'Ateliers du goût', elle ne peut plus y toucher".

Nidal tente de gérer ses émotions face à sa fille. "Je voudrais qu'elle oublie, qu'elle n'y pense plus. Mais ce n'est pas facile. Je sais déjà que ce soir, elle va me poser de nouvelles questions auxquelles je vais devoir répondre, comme : 'Comment il est mort ?'". Et de conclure : "C'est dur, très dur pour nous."

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