Après le crime, Chevaline veut tourner la page

Après le crime, Chevaline veut tourner la page

REPORTAGE – Il y a tout juste quatre ans, les projecteurs du monde entier étaient braqués sur Chevaline. Un massacre d'une violence extrême venait d'être perpétré. Aujourd'hui, les médias sont repartis et les touristes revenus. Mais le village de Haute-Savoie, qui veut oublier, reste marqué par cette tragédie inexpliquée.

Anisette et Dauphine Libéré pour les habitués, bière et The Guardian pour les touristes. 11h30, le petit café de Doussard affiche complet. Au loin, vaches et chevaux décorent les cols. Les parapentistes s'occupent du ciel. La carte postale est presque parfaite. Il faut frapper aux maisons du village voisin pour balayer le cliché bucolique. "Je n'ai rien à vous raconter. Tout a été écrit... Laissez-nous tranquilles !", tempête une habitante avant de refermer sa porte. En toile de fond, un cycliste file discrètement vers la Combe d'Ire. Une route forestière escarpée à flanc de montagnes, appréciée des amateurs de vélo et de rando. Trois kilomètres d'ascension. Et au bout du chemin, "la tuerie de Chevaline". C'est là que le 5 septembre 2012, un Français et trois vacanciers britanniques d'origine irakienne ont été froidement abattus. Seules deux petites filles ont survécu.


"La boule au ventre"

Nous retrouvons le cycliste aux mollets affûtés sur les lieux du crime. "Avant", Jean* grimpait ici régulièrement. "Un bon circuit d'entraînement", assure-t-il. "Après... La voix chancelle. Je connais un peu la famille de Sylvain (la victime française, ndlr). Cette histoire est tellement injuste". La première fois qu'il a refait le chemin "c'était la boule au ventre". Puis le temps a passé. Et emporté avec lui les peurs et les traces du quadruple meurtre, qualifié par le procureur d"une "sauvagerie inouïe". La neige et la pluie ont lavé sang, bris de verre et morceaux de pneus.


Les locaux ont appris à composer avec la tragédie. "Avant personne ne connaissait Chevaline, déplorent Monique et Didier*, un couple de retraités. Maintenant, on dit vivre à Annecy. Pour éviter les questions." Les 200 habitants que compte la commune en ont en effet été assaillis. D'abord celles des gendarmes. Tous ont été entendus. "Deux fois pour moi, précise Yvan, le serveur du bar de Doussard. A cause de ma moto". Mais le deux-roues et le 4x4 suspects aperçus le jour du crime n'ont jamais été retrouvés. Puis celles des journalistes. "BBC, The Sun, TF1... j'ai des cartes de visite du monde entier", énumère Paul, preuves à l'appui. Mais le propriétaire de la ferme la plus proche du lieu du massacre continue d'accueillir le visiteur avec bienveillance et tasse de café. "Chacun fait son métier, relativise l'agriculteur avant de rechausser ses bottes. Tout cela est juste bien triste, j'espère qu'ils retrouveront le coupable". A Chevaline, la vie a repris son cours. Pas tout à fait comme avant.


*Les prénoms ont été changés

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La tuerie de Chevaline

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