"Un enregistrement qui nous foudroie" : entre émotion et dignité, la famille de Naomi demande "que justice soit faite"

EXPLICATIONS - Les deux parents et une soeur de Naomi se sont exprimés devant les médias ce jeudi. Ils demandent que "justice soit faite", pour connaître les circonstances exactes de la mort de la jeune femme, décédée fin décembre après avoir été raillée par une opératrice du Samu.

Cela fait quatre mois qu’ils vivent, eux, dans cette tourmente. Dans cette attente sans réponses. Dans cette douleur que le grand public et les médias n’ont découvert qu’il y a quelques jours. Les parents et une sœur de Naomi ont pris la parole ce jeudi après-midi. Dignes, pour parler de la douleur et des questions qui foisonnent, depuis que la jeune femme de 22 ans est décédée à l’hôpital, le 29 décembre dernier, après un appel pris à la légère par le Samu.


Mukole Polycarpe Musenga, le papa, Honorine Bablyne Musenga, la maman, et l'une des soeurs de Naomi, Louange, sont arrivés, calmes, devant les journalistes, présents en nombre, dans le cabinet de leur avocat, à Strasbourg. Dignes, la voix posée, parfois tremblante, essuyant, pour le papa parfois, quelques larmes. Alignés derrière une petite table, face à un mur de journalistes. Prêts à parler.

Un grand soulagementHonorine Bablyne, Musenga

Après avoir remercié les médias, la la famille revient sur ces trois mois de flottement qui ont suivi la mort de Naomi. D’abord le choc du décès, puis les questions, qui restent, toutes, sans réponses. "On a été choqués, très choqués, par le départ inopiné de notre enfant. C’était le premier choc", raconte le papa. Suivent, ensuite, des demandes réitérées à l'hôpital pour savoir ce qui est arrivé à Naomi. Ils finissent par demander son dossier médical, et l'enregistrement. Il se rappelle encore : "Après avoir réceptionné cette cassette, trois jours après, quand j’ai eu le courage de l’écouter, encore une fois très choqué, la colère... " 


Honorine Bablyne Musenga complète : "On n’avait pas de précisions, rien. Quelqu’un nous a glissé 'il faut demander le dossier médical, demander l’enregistrement'. Nous étions laissés à la dérive totale. Comme dans un océan, vous n’arrivez pas à vous sauvez vous-même, ni à nager. C’est dur. Rien ne s’est passé. Puis on nous envoie un dossier qu’on n’arrive pas à lire. Puis un enregistrement qui nous foudroie. On a crié,  on a crié pour dire 'c’était ça ?'" 

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Les parents de Naomi : "On s'est moqué de nous"

Ne pas transformer l'opératrice en bouc-émissaire

Forcément, avec cet enregistrement, les questions se multiplient, toujours plus. "Qu’est-ce qui a tué ma fille ? Il n’y a pas de réponse à ça. Oui, il faut accepter la fatalité, je veux bien". Mais pour la mère  il n’y a pas de fatalité, il y a quelque chose. "On veut avoir des réponses. Pourquoi ? Qui est cette dame ? Qui est cette première femme, qui avait l’alerte, qui ne l’a pas bien passé chez l’autre ? Cette autre là non plus n’a pas fait attention. Je veux ces noms-là, je veux savoir pourquoi elle a fait ça. Est-ce qu’elle avait quelque chose contre ma fille, pour la laisser au bord de la route  ? (...) C’est quelque chose qui nous tient à cœur, qu’on nous donne les explications". Le père aussi, aligne ses questionnements : "Pourquoi on n'a pas répondu à son appel et pourquoi l'autopsie n'a pas été faite à temps ? Pourquoi on a laissé le corps de ma fille en putréfaction ?", s'insurge-t-il. 


Pour autant, la famille refuse de stigmatiser, de tirer des conclusions trop hâtives. Elle refuse de vouloir laisser peser toute la responsabilité sur l’opératrice du Samu, qui a été suspendue. "La responsabilité, c'est un ensemble (...) C'est l'hôpital", dit Honorine Musenga, tandis que son mari complète : "On n’est pas en train de stigmatiser toutes les personnes (...)  Il y a eu une accumulation de dysfonctionnements, effectivement." Et pour connaître la vérité, qu’ils ont parfois l’impression d’être "étouffée", l’impression d’avoir été "baladés", ils demandent que "justice soit faite" : "C'est cela notre première préoccupation pour cette enfant qui était aimée de tous", dit la maman. 

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"Qu'est-ce qui a tué ma fille ?", demande la mère de Naomi

Une marche blanche "très, très importante"

Une marche blanche est organisée mercredi prochain à 17h30 à Strasbourg, par un collectif Justice pour Naomi. La famille salue cette initiative. "C’est très, très important. Tout ça, c’est la masse qu’il y a derrière nous ", dit Mukole Polycarpe.


Louange, la soeur de Naomi, abonde : "Au-delà du rassemblement, il y a énormément de personnes qui nous envoient des messages pour nous soutenir. On ne peut pas répondre à tous, mais c’est touchant et cela nous permet de continuer à avancer debout et ne pas s’arrêter. Cette marche, cela nous tient à cœur, autant de personnes qui nous disent 'On a envie de marcher pour Naomi', ça, c’est énorme."

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