Vidéo d'agression sexuelle dans le téléphone de Nordahl Lelandais : les nouveaux moyens des enquêteurs

INVESTIGATIONS - Dans l'affaire Lelandais comme dans d'autres, ce sont souvent les machines qui parlent le plus volontiers. Du smartphone aux réseaux sociaux, les criminels laissent des traces numériques que les enquêteurs peuvent aujourd'hui exploiter.

Pour un enquêteur, le plus sûr moyen d'extraire des aveux d'un suspect, c'est désormais de faire parler ses données, celles de son smartphone, ses connexions à l'internet, celles que peuvent receler ses comptes sur les réseaux sociaux, et tous les services dans le cloud. Plus sûrement qu'un témoignage, plus fiables même que des aveux, les traces numériques qu'un criminel laisse derrière lui sont devenues le moyen le plus probant de le confondre.


C'est ce qui s'est passé dans l'affaire Nordahl Lelandais, quand les enquêteurs ont retrouvé sur l'un des téléphones du suspect des images d'attouchements sexuels sur une cousine mineure. Le résultat d'un travail d'enquête numérique, ce que les anglo-saxons appellent "digital forensics", littéralement la "médecine légale numérique". Comme l'autopsie faisait parler les morts, cette nouvelle discipline fait parler les machines. 

Pour les enquêteurs, des montagnes de données

Dans l'affaire Lelandais, c'est un travail d'enquête désormais habituel qui a payé : récupérer images et vidéos d'un téléphone tient aujourd'hui de la routine. La difficulté pour les enquêteurs, c'est que les choses sont rarement aussi simples : au-delà du contenu des mémoires de smartphones, ou des disques durs d'un ordinateur, il faut aussi ajouter les données de connexion et de navigation que peuvent fournir les opérateurs mobiles ou fixes, tout ce que peuvent contenir les mails, SMS, messageries instantanées, les données publiées sur les réseaux sociaux, et tout ce qui a pu être copié, sauvegardé dans le cloud, de quoi par exemple récupérer fichiers et images qui auraient été effacés d'un smartphone.

Pour prélever ces données d'un téléphone ou d'un ordinateur, il existe toutes sortes d'outils qui commencent par sécuriser la machine proprement dite. Ils s'appellent Sans Sift, CAINE, Oxygen Forensic Suite, il en existe des dizaines, beaucoup sont d'ailleurs gratuits, et tous ou presque fonctionnent sur le même principe. Plutôt que de risquer de modifier des données, on démarrera l'ordinateur à partir d'un CD ou d'une clé USB, on connectera le smartphone à une machine appartenant aux enquêteurs, où des logiciels de recherche et de sauvegarde feront le reste : rechercher photos et vidéos, contacts, documents, messages, traces de connexion et fichiers effacés, autant de données que les enquêteurs pourront alors exploiter, et recouper les unes avec les autres, pour retracer les pas d'un suspect, quels appels, quels messages ont été échangés avec qui et où exactement.

SALVAC, ANACRIM et les autres

Une richesse de données et de sources qui sont à la fois un atout pour l'enquête, et un souci pour les enquêteurs, tant les volumes de données sont parfois démesurés, dans des affaires complexes. Autre niveau de complexité : comment utiliser des informations, des données rassemblées pendant l'enquête, pour connecter plusieurs protagonistes entre eux ? C'est ce que fait ANACRIM depuis le milieu des années 2000, un logiciel qui connecte entre eux les points de données d'une enquête, pour établir un lien entre plusieurs personnes, reconnaître des similitudes entre plusieurs crimes, voir où les données et les parcours s'entrecroisent. Célèbre pour avoir relancé trente ans plus tard l'enquête sur la disparition de Gregory Vuillemin, ANACRIM a aussi pointé l'implication possible de Nordahl Lelandais dans la disparition de deux adolescents en 2016 et 2017.


Autre logiciel utilisé par les enquêteurs, SALVAC, qui lui tente de connecter entre elles plusieurs affaires judiciaires, pour faire la chasse aux cold cases, aux dossiers restés ouverts faute de résolution. Mais ces logiciels sont déjà anciens, d'autres développent déjà des capacités d'analyse, de l'intelligence artificielle appliquée aux comportements, capables de s'attaquer au big data du crime, par exemple pour travailler en presque temps réel sur les données d'interception d'appels et de messageries. De quoi intéresser les enquêteurs, particulièrement dans les affaires de terrorisme. La France vient ainsi de se doter d'un Service Technique National de Captation Judiciaire, dans les murs de la DGSI, chargé de l'utilisation de logiciels espions à déployer dans les appareils de suspects, avant même leur arrestation éventuelle. La panoplie numérique des enquêteurs n'a pas fini de s'étoffer.

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