Heurts du 1er-Mai à Paris : qui sont les "Black Blocs" ?

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CONTESTATION – Les incidents du 1er-Mai à Paris, où 1.200 casseurs ont défilé en marge du cortège syndical avant d’affronter les CRS, ont de nouveau montré la force des "Black Blocs". Qui sont-ils ? Quel message veulent-ils faire passer ? LCI fait le point.

Magasins saccagés, mobilier urbain détruit, bataille rangée avec les CRS… : les heurts qui ont éclaté à Paris le 1er mai ont marqué les esprits. Leurs auteurs, selon le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb : les "Black Blocs", surnom donné à ces militants anarchistes et d'extrême gauche en raison de leur tenue sombre et noire, de la tête aux pieds, avec notamment le port de cagoule ou de masque noirs pour compliquer leur identification.


Qui sont ces "Black Blocs" ? Combien sont-ils ? Pourquoi descendent-ils dans la rue ? Décryptage.

Apparition en Allemagne au début des années 80

Les Blacks Blocs sont des groupuscules de militants anarchistes ou autonomes à ranger parmi l'extrême gauche. Les prémices du mouvement remontent au début des années 80 en Allemagne alors que le collectif des "Schwarzer Block" milite pour la défense des squats et des lieux autogérés. Dans son livre Pour un nouvel art politique, l'historienne Dominique Baqué rappelle ainsi que les Black Blocs sont apparus "à Berlin-Ouest au cours de l'hiver 1980, souvent issus des squats, libertaires et anarchistes, prônant l'appropriation violente des biens matériels produits par le capitalisme".  


L'organisation s'effiloche au fil des ans avant d'être ravivée avec l'opposition à la guerre en Irak en 1991 puis surtout par l'altermondialisme, devenue la véritable vitrine des Black Blocs. Ces derniers avaient ainsi notamment causé des incendies et des dégradations en marge du sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle en 1999.

Un mode d'action éphémère

Dissimulés sous des cagoules ou des masques, vêtus de noir, ces militants s'infiltrent régulièrement et de manière éphémère dans des cortèges de manifestants déclarés partout en Europe avant de se disperser ensuite pour en découdre avec la police, dont ils ont une haine féroce. Ce mode d'action très mobile rend difficile leur interpellation, d'autant qu'ils changent parfois de vêtements sitôt les exactions terminées. 


Côté nationalité, on retrouve des Allemands (certains d'entre eux étaient présents ce mardi à Paris), mais aussi des Anglais, des Grecs  ou encore des Français.

Une cible favorite

Ils s'attaquent à tout ce qui représente selon eux le capitalisme (magasins, panneaux publicitaires…) et l'Etat. Leur cible favorite : les G20 et G7. Pourquoi ? Interrogé par Le Parisien lors du G20 de Hambourg en juillet dernier, Olivier Cahn, maître de conférence à l'université de Cergy-Pointoise, évoquait trois raisons :  ils veulent être "au centre de l'attention médiatique" ; "plusieurs des pays participants du G20 ont une presse assez libre pour pouvoir parler de ces incidents" et ces sommets incarnent pour eux "l'ennemi", c'est à dire le "libéralisme à l'échelle mondiale".

Montée en puissance en France

Lors des manifestations du printemps 2016 contre la loi Travail, les "Black Blocs" avaient infiltré de nombreux cortèges. La police estimait alors leur nombre à environ 500 dans l'Hexagone. La démonstration de force de mardi, avec environ 1.200 personnes présentes sur le pont d'Austerlitz, montre donc une forte montée en puissance, déjà entrevue ces dernières semaines. L'influence des "Black Blocs" a été notamment présente lors de l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou encore lors de l'occupation de facs. A Paris III, à la veille du 1er-mai, des banderoles "supportant des slogans habituellement utilisés par les Black Blocs" avaient été saisies par la police et la Préfecture de police y voyait là la réalité des risques qui pesaient sur la manifestation du 1er-Mai. 

En vidéo

VIDEO - 1er-Mai à Paris : un manifestant cagoulé justifie les violences

Ce 1er-Mai montre également peut-être les prémices d'une nouvelle stratégie, encore plus violente : ils ont cette fois défilé avant la manifestation classique pour montrer leur force et certaines pancartes menaçaient directement le pouvoir, un prélude aux actions violentes et aux dégradations qui s'en sont suivies.  

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