"Petite martyre de l'A10" : près de 31 ans après, les parents d'Inass mis en examen pour meurtre

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DRAME - Le mystère du cadavre mutilé d'Inass, cette fillette de 4 ans découverte en 1987 au bord de l'autoroute A10, est en passe d'être résolu. Les parents de la petite fille ont été mis en examen jeudi soir pour meurtre, recel de cadavre et violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans.

"Elle a enfin un prénom et un nom", selon les mots du procureur. L'énigme du corps martyrisé d'une fillette de 4 ans découvert en 1987 au bord de l'autoroute A10 devrait connaître son épilogue. Les parents de la petite fille ont été placés mardi en garde à vue à Orléans. Ils ont été présentés jeudi matin à un juge d'instruction à Blois avant d'être mis en examen pour meurtre, recel de cadavre, violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans, a indiqué le procureur de la république de Blois, Frédéric Chevallier, lors d'une conférence de presse au Palais de justice de Blois jeudi en fin d'après-midi.


Inass Touloub est née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc. Elle y a demeuré pendant 18 mois avec sa grand-mère maternelle. Puis, elle a rejoint ses parents en France, à Puteaux, entre fin 1984 et début 1985. La fillette est la troisième d'une fratrie de sept enfants, elle a deux grandes sœurs et quatre frères. "Inass a été inscrite dans une école maternelle, mais elle n'a jamais été scolarisée.  Elle a été déclarée dans les fichiers de la CAF, elle a été inscrite sur des passeports, elle a été inscrite sur un livret de famille, elle a donc eu une existence légale et juridique", a poursuivi le procureur. "De nouvelles expertises sont à venir (...) Un jour sans doute la justice pourra se prononcer de manière définitive sur cette affaire".

La mère de famille conteste les accusations du père

Selon une source judiciaire citée par l'AFP, le père, âgé de 66 ans (35 ans au moment des faits), affirme que la mère était violente non seulement avec la fillette mais aussi avec ses deux grandes sœurs et avec lui. Il dit avoir trouvé la petite morte. Il a expliqué aux enquêteurs que c'est en se dirigeant vers le Maroc, avec leurs enfants à bord, y compris la fillette décédée, qu'ils ont abandonné son corps le long de l'A10. "Il a reconnu sa lâcheté. Pour lui, c'est un soulagement", a expliqué le procureur. La mère, âgée de 64 ans (33 ans au moments des faits), nie de son côté le décès de la fillette et soutient que sa fille est encore vivante et qu'elle habite au Maroc, selon la même source citée par l'AFP. Le couple est séparé depuis 2010. 


Le procureur de Blois a également salué le travail colossal et l'investissement de tous les gendarmes qui ont participé à cette enquête depuis 31 ans. "Les premières investigations ont été parfaitement effectuées. Tout a été fait à l'époque pour que trente ans et dix mois plus tard nous puissions élucider un drame. Les enquêteurs sont remontés jusqu'aux géniteurs, jusqu'ici inconnus, de la petite Inass, surnommée à l'époque "la petite martyre de l'A10" grâce à prélèvement ADN opéré sur son frère, qui avait été arrêté en 2016 dans le cadre d'une affaire de violence, a indiqué à l’AFP le parquet de Blois, confirmant une information d'Europe 1.


Une analyse comparative avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) a permis d’établir une correspondance avec des traces ADN récupérées sur les vêtements et la couverture dans laquelle était enveloppé le corps de l'enfant lors de sa découverte le 11 août 1987 dans un fossé de l'autoroute à Suèvres (Loir-et-Cher) par deux employés de la société Cofiroute. En utilisant l'ADN du frère, les enquêteurs ont pu alors identifier et retrouver la trace des parents, un couple de sexagénaires, originaires du Maroc qui ont eu sept enfants. Les enquêteurs ont notamment recoupé les données de la caisse d'allocations familiales pour déterminer qu'un enfant du couple n'était plus recensé. 

Son signalement avait été diffusé dans plus de 30 pays

A l'époque de la découverte de la fillette, la gendarmerie avait lancé la plus grande diffusion judiciaire jamais entreprise en France. Près de 65.000 écoles avaient été visitées à la rentrée scolaire, et 6.000 médecins ou  assistantes maternelles avaient été rencontrés pour essayer de donner un nom à la jeune victime.Son signalement de la fillette avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans tous les endroits publics: elle mesurait 0,95 mètre, avait les cheveux bruns bouclés et les yeux marron foncé. Une ordonnance de non-lieu avait été rendue en octobre 1997, après des recherches infructueuses, laissant cette affaire non résolue.


Le procureur de l'époque, Etienne Daures, disait pourtant avoir "bon espoir de pouvoir donner un nom" à la fillette, enterrée anonymement au cimetière de Suèvres (Loir-et-Cher) proche des lieux de la découverte du corps. La tombe de la fillette était régulièrement fleurie par les habitants de la commune où elle repose. Sur le monument funéraire est gravée une simple inscription: "Ici repose un ange".

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