Anorexique, elle est isolée et attachée de force : la jeune femme porte plainte contre l'hôpital psychiatrique

FAITS DIVERS

VÉCUE – A la demande des ses parents, Sabrina a été internée à l’hôpital Paul-Guiraud de Villejuif il y a un peu plus de dix ans parce qu’elle était anorexique. Encore marquée aujourd’hui, elle dénonce des "traitements inhumains et dégradants" et porte l’affaire devant le tribunal administratif de Melun.

En juillet 2006, Sabrina, une étudiante en marketing de 25 ans, est internée à l’hôpital Paul-Guiraud (Val-de-Marne) à la demande de son père, sans son consentement. Comme près 230.000 Françaises âgées de 15 à 35 ans, la jeune femme est atteinte d’anorexie. Elle manifeste une peur intense de prendre du poids alors qu’elle ne pèse que 30 kg, parfois 27. 

Comme l’explique Le Parisien, qui a recueilli son témoignage, elle partage d’abord une chambre double, puis, face à ses réticences, le médecin remplaçant décide de la mettre en isolement. "Il a dit 'pyjama et chambre d’observation' d’un ton froid", se souvient-elle. Sabrina est alors emmenée dans une petite pièce aux murs blancs, meublée d’un pot et d’un lit. "Je me souviens des craquelures du plafond et des oiseaux à travers les barreaux, explique-t-elle encore. J'étais devenue un animal qu'on gave." La jeune femme y restera près d’un an et ne sortira que très peu. 

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L’abus des recours à la contention et à l’isolement

De cette période, Sabrina garde le traumatisme, bien sûr, mais aussi une trace indélébile au niveau de son poignet gauche : une cicatrice qu’elle doit aux marques de contention. Si elle dit ne pas remettre en cause son hospitalisation, une question de survie, elle dénonce aujourd’hui les méthodes employées. Attachée "un, deux jours" à son lit avec des sangles pour une sonde arrachée, est-ce vraiment la réponse appropriée ? 

Un rapport accablant sur l’utilisation de ces mesures a déjà poussé la Haute autorité de santé (HAS) à publier de nouvelles recommandations le 20 mars dernier. Il était notamment précisé que la mesure de contention ne devait jamais être prise "pour punir, infliger des souffrances ou humilier, ou établir une domination", et encore moins "pour résoudre un problème administratif, institutionnel ou organisationnel, ni répondre à la rareté des intervenants ou des professionnels". 

Au contraire, il était préconisé que l’isolement et la mesure de contention soient utilisés "pour une durée limitée, et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque". 

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De son côté, Sabrina reprendra peu à peu du poil de la bête après un an d’isolement. Elle pourra sortir de sa "prison" lorsque son poids se stabilisera à 48 kg et terminera de se soigner grâce à des psychothérapies. Agée de 36 ans, elle mène désormais une vie normale, loin de l’hôpital. Pour autant, elle n’a pas définitivement tourné la page. Elle vient de déposer un recours pour "traitements inhumains et dégradants" contre l’établissement devant le tribunal administratif de Melun. Interrogé par Le Parisien, l’hôpital dit ne pas être au courant, tout en spécifiant que son ex-patiente est "quelqu’un de très courageux". 

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