"Violences policières" à Pantin : deux versions s'affrontent

"Violences policières" à Pantin : deux versions s'affrontent

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VIDÉO – Blessée en tentant de s’opposer à l’interpellation musclée de ses deux fils, une mère de famille de Pantin a décidé de porter plainte pour "violences policières".

Elle a tenté de s’opposer à l’interpellation de ses deux fils, âgés de 18 et 15 ans. Zahra Kraiker s’est vue prescrire 10 jours d’ITT après une opération de police musclée survenue samedi dans un quartier de l'ouest de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Une vidéo présentant une partie des faits, postée sur les réseaux sociaux, a suscité l'émoi et la mère de famille a décidé de porter plainte pour violences policières. Mais que s'est-il vraiment passé à Pantin samedi ? Metronews fait le point.

Contrôle d'identité et jets de pierre

Tout a commencé samedi après-midi, vers 16h30, par le "banal" contrôle d'identité d'un groupe composé d’une quinzaine de jeunes, dans le quartier Auge à Pantin, connu pour trafic de stupéfiants, selon les éléments recueillis par metronews. La raison de ce contrôle ? Selon le parquet de Bobigny, en plus de constater la présence d’un chien dangereux sans laisse ni muselière, les policiers ont entendu différents cris et invectives en leur direction. Le contrôle se produit toutefois sans heurts… jusqu'au moment où les fonctionnaires regagnent leur véhicule. A cet instant précis, un des membres du groupe aurait lancé une pierre en direction des agents.

Les choses se compliquent quand les policiers interpellent l’auteur présumé de ce geste. Ce dernier résiste et appelle les autres jeunes à venir à sa rescousse. Les fonctionnaires sont alors pris à partie par le groupe et essuient des jets de pierre. Ils font alors usage de gaz lacrymogène et d’une grenade dite de "désencerclement" afin de se dégager. Quatre autres jeunes, soupçonnés de jets de projectiles, sont interpellés. Parmi eux, figurent les deux fils de Zahra Kraiker : Bilal et Wassil, âgés respectivement de 18 et 15 ans, et "connus" des services de police, selon nos informations.

Les circonstances floues de ces "violences"

Dans ce contexte, l'interpellation des cinq jeunes est donc musclée. Les circonstances entourant les violences dénoncées par la mère de famille sont plus floues.

La version du parquet :

Selon le parquet de Bobigny, Zahra Kraiker aurait assisté à l’interpellation de Bilal par les policiers. Elle se serait alors interposée entre son fils et les agents. C’est cet instant que semble présenter une vidéo tournée par une riveraine et mise en ligne sur YouTube samedi. Son jeune fils, lui aussi présent sur les lieux, serait intervenu, et des coups auraient été échangés avec un gardien de la paix.

Celle de la famille Kraiker :

La version de la famille Kraiker est tout autre. Un communiqué publié mardi par un comité de soutien tout juste créé explique que la maman a été prise à partie par les forces de l’ordre alors que Bilal était déjà menotté dans le véhicule de police. Elle n’aurait fait que demander avec insistance les motifs de cette interpellation. Wassil, quant à lui, aurait simplement demandé aux agents d’arrêter de malmener sa mère avant d’être "passé à tabac". Le texte mentionne également une altercation survenue le 14 décembre dernier, dans ce même quartier. Ce jour-là, Zahra Kraiker aurait retrouvé Bilal au sol, victime d’un violent coup de genoux porté par un policier suite à un contrôle d’identité. La famille explique avoir porté plainte dans un commissariat du 19e arrondissement. L’altercation de samedi ne serait donc que la réplique à cette plainte, selon la famille.

Côté police, on nuance les faits. L’interpellation est musclée mais "quand on intervient en Seine-Saint-Denis, on compte les secondes, surtout un samedi, jour où les effectifs de fonctionnaires sont réduits sur le département. Il faut réagir rapidement car on peut très vite avoir un attroupement", analyse une source syndicale contactée par metronews. Les policiers auraient même fait preuve de discernement face cette mère de famille : "Elle fait entrave à l'interpellation de son fils. Un comportement qui aurait pu lui valoir d'être interpellée elle-aussi", poursuit cette même source.

Une information judiciaire ouverte, Bilal et Wassil "témoins assistés"

A l’hôpital de Bondy, Zahia Kraiker se voit prescrire une interruption temporaire de travail de 10 jours. La mère de famille s'en tire avec une entorse à un doigt et plusieurs contusions. Celle-ci a finalement porté plainte lundi auprès de l’Inspection générale de la police (IGPN). De son côté, le parquet a ouvert une information judiciaire pour "outrages", "rébellion", et "violences aggravées" sur des personnes dépositaires de l'autorité publique. L’enquête devra faire toute la lumière sur les faits. 

Quant à Bilal et Wassil, leur garde à vue et celle des trois autres jeunes interpellés samedi a finalement été levée lundi soir. Présentés à un juge du tribunal de grande instance de Bobigny mardi matin, tous ont été placés sous le statut de "témoin assisté", intermédiaire entre la mise en examen et la condition de simple témoin. "Une mesure d'apaisement de la part du juge", analyse l'avocat de la famille Kraiker, contacté par metronews.
 

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