Violences sur un élève du lycée Bergson à Paris : six mois avec sursis requis contre le policier

PROCÈS – Un policier de 26 ans a comparu ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour des violences commises en mars dernier, en marge d'une manifestation contre la loi travail, à l'encontre d'un adolescent de 15 ans scolarisé au lycée Bergson à Paris. Le procureur a requis à son encontre "six mois de prison avec sursis". La décision sera rendue le 23 novembre.

"Sans la vidéo, que ce serait-il passé ?". C'est la question que tout le monde se posait ce jeudi au tribunal correctionnel de Paris. Sofiane, policier de 26 ans, a comparu pour avoir asséné un violent coup de poing, le 24 mars 2016 en marge d'une manifestation contre la loi travail, sur Adan, 15 ans, élève du lycée Bergson à Paris. Filmée par des camarades de la victime, la scène, ensuite relayée sur YouTube, avait été vue des millions de fois. Le ministre de l'Intérieur s'était dit à l'époque "choqué". En visionnant de nouveau les images à l'audience, le public n'a pu retenir ses émotions. 

Il y avait eu son rapport de police et son audition par l'IGPN. Mais jeudi, le policier a dû pour la première fois s'expliquer devant la justice du délit qui lui est reproché. Pour lui, tout est arrivé dans un "malheureux concours de circonstances". Pas de quoi convaincre le procureur, qui a requis à son encontre six mois de prison avec sursis en considérant que son coup de poing était un "geste d'une illégitimité absolue", de la part d'un "fonctionnaire de police qui a perdu ses nerfs sur un gamin, après avoir passé un mauvais moment". Le magistrat a en outre proposé au tribunal correctionnel de Paris de ne pas inscrire sa condamnation à son casier judiciaire, considérant que le policier était "conscient de la gravité des faits". 

"Des cailloux et des pavés"

A l'audience,  le policier a évoqué une "situation tendue" en ce 24 mars, avec des policiers en sous-effectif (une quinzaine selon lui) contre 200 à 300 jeunes. Dans son premier rapport de police, établi le jour des faits, le fonctionnaire avait évoqué des jets de projectiles en direction des forces de l'ordre. "Des œufs", de la "farine"…Certains collègues ont parlé de bouteilles en verre, un seul parlant de "pavés". Pour la première fois ce jeudi, Sofiane a lui aussi évoqué des "cailloux et des pavés", qu'il n'avait pas mentionné dans son rapport. Il a également affirmé qu'il se réservait à l'époque "le droit de déposer plainte contre Adan pour blessures" après avoir chuté au sol et s'être fait mal au genou. 

La vidéo a mise à mal ses déclarations. Si à l'audience, ce fonctionnaire, grand, fin, à la voix douce, est apparu très calme, il ne l'était pas du tout le 24 mars au matin. Sur les images, on le voit hurler "Lève toi !" à deux reprises au jeune homme avant de lui asséner le violent coup de poing au visage, le faisant chuter au sol. Le policier assure ne pas avoir vu que ses collègues étaient présents pour lui venir en aide. "Je focalisais sur l'individu", a-t-il répété, expliquant qu'il voulait l'interpeller pour jets de projectiles. Le fonctionnaire affecté au commissariat du 19e arrondissement depuis décembre 2013 a soutenu qu'il avait frappé après avoir "senti quelque chose sur sa jugulaire" et affirmé qu'il visait "le plexus". Il a également raconté que une fois le jeune homme au sol, il s'était mis près de lui et avait pensé que le crâne était touché après avoir vu des traces de sang. "Il était conscient, je lui parlais mais il ne me répondait pas".

"Je ne suis pas violent"

Le policier a dit "regretté amèrement son geste". "Je ne suis pas violent", a-t-il assuré. Le jeune Adan, lui, est encore bouleversé par ces faits. Il dort mal et fait des cauchemars. A l'audience, le lycéen a indiqué qu'il ne voulait au départ pas participé à la manifestation. Il y était finalement, son établissement étant bloqué. Il dit avoir jeté un peu de farine, avoir vu des œufs lancés, c'est tout.

"Si dans cette affaire il n'y avait eu que ce rapport de police, s'il n'y avait pas eu la vidéo, que ce serait-il passé ?", s'est interrogé l'avocat de la famille du lycéen, Me Arié Alimi, rappelant que les poursuites contre les fonctionnaires étaient très rares par rapport au nombre de plaintes déposées. "Sans la vidéo, Adan aurait pu être poursuivi et condamné pour double outrage !". La décision a été mise en délibéré au 23 novembre à 9 heures. 

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