Vol de cocaïne au 36, quai des Orfèvres : poubelles, lac ou jardin, ces lieux étranges où aurait fini l'argent

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PROCÈS – Après le vol d'une cinquantaine de kilos de cocaïne au mythique 36 quai des Orfèvres, c'est la question de l'argent qui était abordée ce mardi par le tribunal. Et chaque prévenu interrogé sur le sujet a donné sa version sur les lieux où auraient fini les billets…

La provenance de l'argent est contestée. Depuis le début de l'affaire, Jonathan Guyot, ex-brigadier des stups le dit et le répète, il n'a pas volé le demi-quintal de cocaïne dérobé dans la salle des scellés du 36 quai des Orfèvres en juillet 2014. Et les milliers d'euros planqués chez des amis seraient, selon ses déclarations, ceux de "Farid Kharraki". 


L'ancien fonctionnaire s'était retourné jeudi dernier contre son "tonton" après que celui-ci a déclaré que c'était bien le policier qui avait sorti la poudre blanche du 36. Intermédiaire entre vendeur et acheteur, Kharraki aurait, selon lui, perçu 200 000 euros de commission. La cocaïne aurait elle été vendue 25 000 euros du kilo… 


Outre ces "200 000 euros" évoqué par celui que l'on surnomme "Robert", il s'agissait notamment ce mardi pour le tribunal de tenter de retracer le parcours du restant de l'argent. Pour ce faire, plusieurs prévenus qui auraient touché les billets ont été appelés à la barre. 

"Sous l'évier et dans les plantes"

Nicolas J. ami d'enfance de Jonathan Guyot, est le premier à s'exprimer sur la question. C'est dans son studio du 17e arrondissement de Paris que l'ex-brigadier serait venu à plusieurs reprises en 2014 déposer des sacs d'argent. Quatre fois selon l'employé de café, deux fois selon l'ex-brigadier. Les billets auraient ensuite été planqués sous l'évier ou dans les plantes… 


"Il m'a dit qu'il fallait qu'il garde de l'argent pour un tonton. Que ce serait bien s'il le laissait chez moi. A partir du moment où c'était un policier émérite, j'avais l'impression d'aider la police en faisant ça. Je ne me suis pas posé plus de questions", a expliqué Nicolas J. au tribunal. 


Quand le dimanche 3 août 2014, Nicolas J. apprend l'interpellation du brigadier, il n'a alors qu'une idée en tête, "se débarrasser" des billets.  Il dit avoir tout jeté – 100 000 euros selon lui - en plusieurs fois dans "les poubelles" et dans un "bac à gravats".


"Et les 31.050 euros retrouvés au cours des perquisitions sous votre évier, un oubli?", relève le président. Jonathan Guyot a sa petite idée sur la question : "Nicolas a une manière particulière de penser (…) Il y avait entre 120.000 et 140.000 euros en tout. Il n'ose peut-être pas vous le dire mais il a sans doute voulu en garder un peu pour lui."

"Dans les parties communes de l'immeuble"

Deuxième prévenu interrogé : Touati M., ami d'enfance de Jonathan Guyot et lui aussi fonctionnaire de police. Celui-ci a raconté avoir découvert à son domicile, au lendemain de l'arrestation de Jonathan Guyot, un sac déposé par l'ex-brigadier. Touati M. affirme ne pas avoir ouvert le sac de 8 à 10k de peur "d'y trouver de l'argent et des stups". "Je ne voulais mettre mes empreintes dessus. Je ne savais pas quoi en faire. Je ne voulais pas que l'on dise que cet argent provenait du vol de cocaïne. J'ai prévenu la femme de Jonathan que j'avais ce sac". 


Touati M. dit ensuite avoir mis le sac dans les parties communes de son immeuble, puis être parti en vacances à Perpignan. A son retour, Donovan Guyot, frère de Jonathan "est venu le récupérer".

"Noyé dans le lac de Créteil"

Héritier du sac contenant plusieurs milliers d'euros – 100 000 selon lui -, Donovan Guyot, le frère du principal prévenu aurait d'abord voulu le jeter à la poubelle. Finalement, il décide de le "noyer dans le lac de Créteil" où il fait régulièrement son jogging. 


Mais la tâche se révèle plus ardue que prévu : le sac ne coule pas. "Je pense que c'était un problème de densité ou un truc comme ça", a expliqué Donovan Guyot. Pour arriver à ses fins, il retire une partie de l'argent, la jette dans un buisson, puis lance de nouveau le sac à l'eau, lesté de pierres et de cailloux. 

En voiture avec "Marius"

Quelques mois plus tard, en janvier 2015, Jonathan Guyot demande à son frère, malgré une eau glacée, d'aller récupérer le sac au fond du lac. Le cadet accepte et part en mission accompagné de Yossef I. ami de... Christophe Rocancourt. L'ancien escroc des stars partage la cellule de l'ancien brigadier des stups.


"Lors d'un parloir, Christophe Rocancourt m'a dit dit que quelqu'un lui devait de l'argent et il m'a demandé si je pouvais le récupérer", a expliqué Yossef I. Mais en arrivant au rendez-vous, son interlocuteur un certain "Marius" – en réalité Donovan Guyot - l'aurait alors conduit au lac de Créteil.  "On était un peu comme deux Bourvil en voiture", a dit Yossef I. avant de poursuivre "Donovan descend dans le lac. Très honnêtement à ce moment-là, pour moi, c'est plus risible qu'autre chose". 


Yossef I. jure qu'il ignorait tout alors "de l'affaire" et qu'il apprendra le vol de cocaïne et le reste par les enquêteurs après son interpellation. "J'ai été embarqué dans cette affaire à l'insu de mon plein gré". 

"Enterré dans un jardin"

Les comparses d'un jour ne retrouvent pas le sac au fond du lac. Ce dernier est finalement repêché  presque vide par la brigade fluviale, le 15 janvier 2015. "On a retrouvé aussi des poissons dans mon sac, ils ont dû se régaler", a commenté Donovan Guyot  pour justifier la vacuité de l'accessoire.  


"Marius" et Yossef I. repartent toutefois avec les 50.000 euros qui avaient été planqués dans un buisson…. Sur cette somme, 12.000 euros ont été remis à une amie de Christophe Rocancourt. Yossef I. a ensuite enterré 20.000 euros dans le jardin de sa belle-mère. "C'est mon initiative et ma bêtise", dit-il indiquant ne pas avoir "de lieu pour cela". Dix mille euros ont été cachés dans ses bureaux de la rue de Notre-Dame-de-Nazareth dans le 3e arrondissement de Paris. 3.000 euros ont été dépensés pour divers achats effectués au profit de Christophe Rocancourt, et 5.000 euros ont fini dans la poche de Yossef I. qui assure qu'ils devaient servir à une inscription pour un tournoi de poker.  

"Ca ressemble beaucoup à une rétribution de 10%" a ironisé le président. "Encore une fois je n'avais pas besoin d'argent, a rétorqué Yossef I. Il ne s'agit pas de rétribution". 


Le procès reprend ce mercredi, avec le réquisitoire du parquet.

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