3 bonnes raisons pour ne PLUS utiliser son portable lors des repas en famille

Famille

ADDICTION - 44% des 18-34 ans utilisent leur téléphone au moment des repas quotidiens en famille, c'est ce qui ressort d'une étude Kantar, publiée ce mardi 4 juin. Conséquence, le lien entre les générations s'étiole et on mange davantage. Mais il n'est pas trop tard pour remettre à sa place cet ennemi sournois. Explications...

Le sacro-saint repas du dimanche en famille a-t-il du plomb dans l'aile ? Ça se pourrait bien, à en croire une étude Kantar, réalisée pour Amora sur l'impact des écrans lors des repas en France, et publiée ce mardi 4 juin. Il est en effet menacé par un ennemi sournois : le smartphone. Selon cette enquête, 44% des 18-34 ans l'utilisent régulièrement lors de leurs repas quotidiens en famille. Un chiffre qui monte à 49% quand les grands-parents ou les cousins sont au menu. 

Et pourtant... Si en 2010 la gastronomie française a été inscrite au patrimoine de l'Unesco, ce n'était pas pour ses recettes ou ses chefs cinq étoiles, mais bien pour souligner l'importance du repas dans la culture hexagonale. "Un moment où on prend le temps de s'asseoir autour d'une table et de manger ensemble", souligne la nutritionniste Sophie Deram, spécialisée dans le traitement des troubles du comportement alimentaire à l'Université de Sao Paulo, jointe par LCI. Sauf que la révolution technologique est passée par là, et désormais le téléphone s'invite sur nos tables avec comme première conséquence "une rupture du lien avec les autres" - pour 92% des personnes interrogées. 

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Parce qu'on n'a plus rien à se dire ? "Pas vraiment", nous rassure Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Mais les alternatives ne sont plus les mêmes par rapport aux générations précédentes. Avant, lors du repas de famille, le choix était facile, soit les parents trouvaient un sujet de conversation, soit on mangeait en silence. Aujourd'hui, même si on a toujours des choses à se dire, on sait aussi qu'en un clic sur son smartphone, on peut regarder ce qui se passe dans le monde. Du coup, ça devient difficile d'être en compétition contre un objet connecté à toute la planète, qui permet en plus de faire des choses infinies (téléphoner, calculer, lire ou envoyer des mails...) et qui vous happe littéralement l'attention", analyse le fondateur de l’association Chiasma, qui étudie l’effet des réseaux sociaux sur nos comportements. Seule solution pour notre spécialiste, "il faut sanctuariser le moment des repas". Pour ce faire, on a listé trois bonnes raisons pour ne PLUS utiliser son portable à table.

1/ Le portable rompt le lien social

Eh oui, l'être humain est avant tout un "animal social". Comme l'explique Albert Moukheiber, "on se construit à travers l'autre et le repas est l'un des rares moments où est obligé de se sociabiliser". Sauf que les écrans ont coupé cette partie de nous, avec des conséquences non négligeables. Selon Sophie Deram, qui vient de publier "Oubliez les régimes, ils font grossir" (Editions Marabout), "deux études récentes ont ainsi prouvé que 'le manger ensemble' permettait de se prémunir notamment contre l'obésité infantile". 

"Quand on mange ensemble, on partage, on passe un moment en connexion avec l'autre, ce qui va favoriser une meilleure alimentation, du coup cela prévient l'excès de poids", souligne-t-elle. "Ces études ont également démontré que les enfants pouvaient obtenir de meilleurs résultats à l'école. Parce que lors de ce moment où on mange ensemble, on développe beaucoup de capacités sociales, on se nourrit, au sens propre comme au figuré. Les enfants peuvent, par exemple, parler d'un problème qu'ils ressentent à l'école. Ça permet aussi de dédramatiser l'interro du lendemain... Les effets sont multiples", dit-elle.

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2/ Le portable, ça n'est pas qu'une affaire d'ados

"Lâche ton téléphone à table !", lancent quotidiennement les parents à leurs ados. Pourtant, ces derniers sont loin d'être les seuls à inviter leur écran à côté de leur assiette. Les parents sont aussi connectés que leur progéniture ! Selon l'étude Kantar, un Français sur trois utilise un smartphone lors des repas en famille. Mais pour Albert Moukheiber, ce chiffre ne reflète pas la réalité. "Pour moi, c'est un détournement de l'attention pour ne pas se focaliser sur l'utilisation des parents", avance-t-il et pour mieux souligner son propos, il dégaine un exemple imparable : "Pour faire simple, si vous voyez quelqu'un doubler une file d'attente, vous allez le trouver impoli, mais si vous le faites vous-même, vous allez trouver toutes sortes de bonnes raisons : "je suis en retard", 'je ne le fais jamais"... pour vous dire que ce n'est pas si grave. C'est un peu la même chose avec le smartphone au cours du repas : beaucoup de fois, les parents l'utilisent pour répondre à un mail de boulot, ou regarder les nouvelles parce qu'il y a une élection, ou pour répondre à un appel... mais ces raisons jugées légitimes, rendent cette utilisation invisibles pour eux-mêmes". 

"Pour autant, quand ils sont en train de manger et qu'ils voient leur enfant pianoter sur leur smartphone, ils vont s'en offusquer, trouvant que cette nouvelle génération ne respecte plus rien, qu'on ne peut même plus discuter à table..., poursuit-il. Or, ce déséquilibre, qui consiste à penser que c'est toujours l'autre qui ne fait pas bien, fait oublier à beaucoup de parents une notion fondamentale de l'éducation, qui est le mimétisme : l'enfant reproduit souvent ce qu'il voit. Et le comble dans tout ça, c'est que les parents sont de bonne foi. Tout simplement parce qu'ils ne remarquent même pas qu'ils utilisent leur portable à table, c'est quasiment de l'ordre du réflexe !". 

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3/ Les écrans nous font manger davantage

Pour 83% des personnes interrogées par Kantar, les écrans à table nous empêche d'apprécier ce que nous mangeons. Une réalité observée par Sophie Deram : "Quand on est avec son portable ou sur une tablette, on n'est pas présent à table. Que ce soit avec son entourage mais aussi avec son assiette, puisqu'on ne fait même plus attention à ce qu'on mange, ni à la quantité que l'on ingurgite". 

A ce sujet, la nutritionniste, qui travaille notamment sur le "manger inconscient", avance une étude qui  vient d'être publiée au Brésil. "Elle a montré que lorsqu'on déjeune ou dîne en regardant un écran, on mange davantage sans s'en rendre compte. Si c'est quelque chose de récréatif, on va manger entre 10 et 15% de plus, et si on lit ou on fait quelque chose qui nous demande plus d'attention, on va manger jusqu'à 20% de plus !", dévoile-t-elle, tout en ne se voulant pas trop alarmiste : "Manger plus à un repas, c'est pas ça qui fait grossir, mais si c'est à tous les repas, alors là vous prenez le risque de vous déconnecter de votre appétit". 

Et Albert Moukheiber de surenchérir : "Si vous avez un enfant qui ne veut pas manger, vous le mettez devant un écran et il va ouvrir sa bouche comme un robot. Pour les adultes c'est pareil, devant un écran on n'est moins conscient de ce que l'on mange. Résultat, on a moins d'attention pour ses sensations de satiété. Sans compter, l'influence des réseaux sociaux "qui sont de véritables fabriques de troubles du comportement alimentaire", admet Sophie Deram. "Le manger propre, le manger sain, vouloir prendre en photo son repas pour pouvoir montrer aux autres qu'on mange parfaitement, cette espèce de conscience tyrannique de ce qu'il faut manger, de ce qu'on doit manger ou pas, aboutit souvent à une forte culpabilité. Et quand on expédie l'acte de manger avec de la culpabilité, et bien on mange plus. On rentre dans la pensée : 'foutu pour foutu'". 

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Pour conclure, puisque vivre sans écrans est inimaginable aujourd'hui, nos deux experts s'accordent pour dire "qu'il faut plutôt apprendre à les gérer". Un voeu (pieu ?) pour 79% des Français, sondés par Kantar, qui sont favorables à un retour des repas sans écrans.  "La prise de conscience est là, reconnaît Sophie Deram. Mais ça ne suffit pas. Il faudrait que les pouvoirs publics s'emparent du sujet et fassent une campagne du même type que : 'un verre ça, deux verres bonjour les dégâts', mais  sur un mode plus positif, comme par exemple : 'un repas sans écran, c'est faire attention aux autres mais aussi à soi-même !'; A bon entendeur...

Etude Kantar pour Amora, réalisée du 14 au 16 mai, sur un échantillon de 1000 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.

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