"Apaisant plus qu'esthétique" : parents, voici comment les enfants choisissent leurs doudous

Famille

ALLÔ MAMAN DOUDOU - Lors de la Nuit chercheur·e·s qui a eu lieu vendredi dernier à Toulouse, une expérience a été menée pour comprendre les critères de préférence pour une peluche. De quoi préfigurer pourquoi et comment un enfant s'entiche de son fameux doudou si propice à la sécurisation, à l'endormissement et à l'autonomisation. Les explications de la psychologue Mélanie Fouré.

Quand l'enfant n'est pas bien, il veut son doudou. Soit un "objet transitionnel" comme le disent si bien les psys – les parents parlent plus volontiers de "peluche rapiécée, décolorée et sale" qu'aucune lessive ne vient à bout. 

A travers ce doudou, s'exprime, selon la psychologue Mélanie Fouré, contactée par LCI, un "investissement affectif" pour un objet (que l’on peut toucher, sentir) et qui conditionne une "réassurance", aidant dans un premier temps le bébé à supporter la bien nommée "angoisse du huitième mois". En d'autres termes, c'est la découverte d'une autonomie possible, sonnant le glas de la phase dite "fusionnelle" : "Chaque être humain est à la fois unique, singulier et social. Pour assurer sa survie, il lui est nécessaire de s’adapter au monde dans lequel il évolue. Et pour évoluer, il est  fondamentalement interdépendant et doit nouer des liens avec les autres" constate-t-elle. "Pour ce faire, il doit se séparer de ses parents qui ne sont ni omnipotents ni permanents. Ce deuil est nécessaire pour vivre en tant qu’individu." 

Le doudou est perçu comme permanent, résistant à toutes intensités émotionnelles- Mélanie Fouré, psychologue

Pour les enfants comme les parents, ce doudou se révèle donc un outil fort utile. Le revers de la médaille, c'est que sa détérioration devient un véritable casse-tête (conseil d’ami, achetez-les en double, voire en triple !). Au point que son éventuelle perte fait office d'ouragan sur la famille, les parents sombrant alors non sans vaillance dans une quête de l'impossible. Comme en atteste le nombre hallucinant d'annonces postées sur les réseaux sociaux par des parents au bout de leur vie, avec photos de peluches déchiquetées et smileys embués de larmes. 

Quoi qu'il en soit, en dépit de sa relative laideur esthétique, le sacro-saint doudou parvient à faire fondre les cœurs de nos chères têtes blondes et à les accompagner dans leur développement, dans la construction de leur imaginaire et dans l'appréhension des grandes étapes (la propreté, l'école...). Mais pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ? Voilà une interrogation à laquelle tente de répondre une expérience sur les nounours, menée ce vendredi par six chercheurs de l'université de Toulouse, ayant pour dessein de comprendre les critères de préférence, d'ordre morphologique et émotionnel, pour une peluche et tenter de trouver "l'ours en peluche le plus réconfortant de France". De quoi, d'une part, exaucer le fantasme de l’ours en animatronique des pubs Cajoline, sur lequel tous les enfants flashaient dans les années 80-90 et, d'autre part, soutenir que les affinités électives échappent toujours à la raison (que le cœur ignore, bien entendu). 

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Texture, odeur, vue, son

D'un point de vue psycho, qu’est-ce qui détermine donc ce lien d’un enfant avec son confident souffre-douleur ? Sans surprise, le choix varie en fonction du profil des enfants, de leurs liens affectifs avec les peluches, de la présence des frères et sœurs… mais pas seulement. Selon Mélanie Fouré, le doudou est "élu en fonction de sa texture, de son odeur (ou plutôt de ce qui s’active affectivement en sentant cette odeur), de la vue et du son" : "Le doudou représente une parfaite conjonction des cinq sens pour l'enfant afin qu'il soit apaisé. Il est aussi perçu comme permanent, résistant à toutes les intensités émotionnelles. L'enfant optera toujours pour celui qui lui est le plus sécurisant."

Qui dit "transitionnel", dit "passage d'une étape à une autre", dit donc aussi "éphémère"... Selon les psychologues, l’enfant peut commencer à se déshabituer de son doudou dès l'âge de deux ans. Certains le gardent plus longtemps, l'empoignant avant le coucher comme un délicieux rituel régressif ; d'autres (plus rares) n'en ont pas, n'en ont jamais eu d'ailleurs : "Chaque enfant vivra ce deuil de la séparation à sa façon, en fonction des meilleurs ressources internes qu’il possède. Certains trouvent cette réassurance procurée chez d'autres par le doudou avec une partie d’eux-mêmes (oreille, partie de peau, sourcils, mèches de cheveux, etc) et ne ressentent pas forcément le besoin d'investir un objet extérieur. D'autres ont pu très tôt comprendre à travers leurs parents les autres bénéfices qu’il y a à investir le monde extérieur en cultivant du temps pour soi, la spontanéité, la bienveillance, la créativité, le lâcher prise, en choisissant des liens favorisant l’épanouissement." Bref, doudou ou pas doudou, aucune règle donc, à chacun son chemin vers l'autonomie. 

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