Faites regarder ces 10 films cultes à vos enfants pour en faire de vrais petits cinéphiles !

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MOTEUR - Comédies, mélodrames, péplums, films d'animation, de cape et d'épée, fantastiques... On ne sait pas toujours quels genres va convenir aux plus jeunes, et surtout à côté desquels il ne faut pas passer si on veut en faire de vrais cinéphiles. Nous avons interrogé le cinéaste Nicolas Boukhrief, auteur avec sa femme Lydia d'un livre sur les 100 plus grands films pour les petits...

 Alors que s'ouvre ce mardi le 72ème Festival international du film de Cannes, on se dit qu'il est parfois bien difficile d'initier nos chères têtes blondes au cinéma avec un grand C, souvent synonyme d'ennui et de lenteur. D'ailleurs, généralement, les films pour jeune public sont exclus de ce genre de grand-messe - il faut remonter à 1947 pour voir "Dumbo", film d'animation des studios  Disney, recevoir le Grand Prix du dessin animé, récompense qui n'existe plus aujourd'hui -. 


Toutefois, il est possible de former le goût des jeunes enfants, même face au raz-de-marée d'histoires et d'images rarement enrichissantes auquel ils sont confrontés. Preuve en est avec le livre de Lydia et Nicolas Boukhrief : 100 grands films pour les petits (Editions Gründ-Arte Editions). Elle est monteuse, lui est metteur en scène de cinéma. Ensemble, ils ont voulu offrir aux lecteurs leur triple expérience de cinéastes, cinéphiles et parents. "Quand on veut occuper ses enfants et aller voir des films, on va en salle mais  il y a quand même beaucoup de navets", soupire Nicolas Boukrief, joint par LCI. Du coup, on s'est dit qu'il fallait agir pour que les enfants ne soient plus obligés de voir une fois par semaine des films bâclés". 


Résultat, leur guide rassemble ce que les enfants de 3 à 8 ans peuvent voir de meilleur et de plus formateur, du tout début du cinéma muet jusqu'à aujourd'hui. "On a surtout choisi des films basés sur une explosion visuelle et poétique, dans l'idée d'une initiation à l'esthétique, souligne le réalisateur". Du "Voyage dans la Lune" de Méliès à "Ratatouille", en passant par des classiques incontournables comme "Le Voleur de Bagdad", "King Kong", ou "Fantasia", mais aussi en exhumant des pépites célébrées dans les cinémathèques, mais qui restent peu connues du grand public, comme "Nanouk l'Esquimau" ou "L'homme qui rétrécit", tous les genres sont représentés. Avec bien sûr, une large place faite au cinéma d'animation.

"Beaucoup de films peuvent être montrés au jeune public, il suffit juste de savoir les y emmener et de ne pas louper le coche, précise Nicolas Boukhrief. Ainsi le cinéma muet est abordable pour des enfants de 3 à 5 ans. Cela leur demande moins d'efforts que les films parlants. Tout y est simple. En revanche, si vous montrez un film muet à un enfant de 12 ans, il y a de fortes chances qu'il s'embête car lui s'est déjà fait avoir par la frénésie des images actuelles". 

 

En revanche, il ne s'agit pas d'abreuver ses enfants de films en tout genre, "il faut juste savoir bien les choisir, soulignent les auteurs. Et s'ils n'accrochent pas, pas question de les obliger à regarder jusqu'à la fin. D'ailleurs, on peut regarder un film en plusieurs fois", disent-ils. Lydia et Nicolas Boukhrief se sont interdit une seule chose : pas de films qui font peur. "Parce que c'est à chaque parent de savoir où il peut placer le curseur dans ce domaine. On a juste mis 'King-Kong' parce que c'est plus un film spectaculaire qu'un film qui fait peur", indique le metteur en scène. A l'arrivée, leur ouvrage se veut donc un guide pratique, excluant, de fait, les films invisibles ou introuvables. "On a vérifié, sauf erreur, on les trouve tous soit en DVD, en VOD, en téléchargement ou en libre accès sur internet. Et ils sont tous en VF". Vous n'avez donc plus qu'à suivre leurs conseils... 

A partir de 3 ans

• Sans hésiter, "Le hérisson dans le brouillard" du cinéaste russe Youri Norstein arrive en tête de leur sélection. "De tous les films plébiscités dans ce livre, je suis persuadé que si on faisait un sondage auprès des lecteurs, il ferait l'absolu unanimité, dit Nicolas Boukhrief. C'est un sommet de poésie qui dure une dizaine de minutes. D'ailleurs, il a été élu en 2003 meilleur film d'animation de tous les temps par 140 critiques du monde entier. C'est l'histoire d'un petit hérisson qui rend visite chaque soir à son copain l'ourson. Mais, un jour il se perd dans le brouillard... Le réalisateur utilise des techniques d'animation qui m'échappent totalement, entraînant le spectateur dans un monde aussi mystérieux qu'onirique. C'est certainement le film d'initiation idéal pour les enfants".


• Les "Silly Symphonies" sont également une bonne entrée en matière. "C'est une série de courts métrages produits par les studios Disney entre 1929 et 1939, avant d'attaquer leur premier long métrage : 'Blanche Neige'. Qu'ils soient en noir et blanc ou en couleur, ce sont autant de chefs d'oeuvre, dont certains sont à montrer aux enfants avant le coucher, précise le réalisateur. Vous pouvez être sûr que si vous mettez un tout-petit devant 'Au pays de la berceuse', il va aller au lit sans problème. Tout comme devant 'Au pays des étoiles' ou 'Les petits lapins joyeux'. Ce sont de petits films, totalement musicaux, qui sont tous dénués de violence. Ils ont servi de laboratoire aux futurs 'Pinocchio' et autres 'Bambi' ou 'Dumbo'. Sept d'entre eux ont reçu un Oscar. Attention toutefois au gothique 'Danse macabre' : on y voit des squelettes sortir de leurs tombes, ce qui peut faire peur à certains enfants, tout comme 'Vieux moulin' et son orage impressionnant, préviennent les auteurs.

• Et si vous voulez initier votre enfant à son premier long métrage, commencez d'abord par "Mon voisin Totoro" du Japonais Hayao Miyazaki, "une créature qui n 'est autre finalement qu'un gigantesque doudou visuel, s'amuse le metteur en scène. C'est un film assez connu mais pas encore de tout le monde. Il est aussi mystérieux qu'enchanteur. Et puis c'est une poésie qui nous échappe un peu. C'est l'histoire de deux petites filles qui emménagent dans une maison de campagne pour se rapprocher de l'hôpital où est soigné leur maman. Elles ne savent pas que dans la forêt avoisinante vit une étrange créature nommée Totoro". 

A partir de 5 ans

• Pour les plus grands, sans conteste, "Le magicien d'Oz" de Victor Fleming, parce que c'est un classique des classiques. "C'est aussi un film pour les filles et ce n'est pas évident d'en trouver dans les 50 premières années du cinéma, où il y a plutôt des westerns et des films de cape et d'épée. Il enchante autant les garçons qu'il ravit les filles parce qu'il dépeint un monde incroyable, fantastique. C'est aussi Hollywood à son meilleur avec notamment la folie du procédé Technicolor". 


• Autre film qui marche très bien auprès de cette classe d'âge, c'est "Yellow Submarine", de George Dunning, avec bien sûr la musique des Beatles. "C'est quasiment un film d'animation expérimental, en tout cas pour l'époque, qui fascine les enfants parce que ça va très vite et qu'il y a régulièrement des passages chantés. Et puis, c'est un film qui brasse le pop'art, le surréalisme, la culture Dada, il y a beaucoup de références picturales. Résultat, en plus d'être un dessin-animé très pop et très délirant, c'est aussi une leçon de choses sur tout ce que la peinture du 20ème siècle a pu compter comme révolutions". 


• Enfin, il ne faut pas oublier un film des studios Pixar qui ont révolutionné le cinéma d'animation. "Et celui qui me paraît le plus positif, c'est sans nul doute "Ratatouille", de Brad Bird. C'est un film sur un personnage solitaire et incompris par les siens qui se bat pour assouvir sa passion. Finalement, c'est un peu le symbole de la cinéphilie où on peut aimer un film que tout le monde déteste, et inversement", ironise Nicoals Boukhrief. 

A partir de 7 ans

• Commencez par "L'enfance nue" de Maurice Pialat, son premier long métrage. "Il paraît comme ça assez âpre mais c'est en fait un film d'une immense tendresse et d'une grande puissance poétique. On a fait le test sur nos enfants de 6 et 8 ans et ils ont été scotchés, raconte le réalisateur. C'est l'histoire d'un petit garçon issu de l'Assistance publique, ce qui crée à son égard une grande empathie, placé chez un couple de personnes âgées absolument adorables. Au début, il va mal se comporter avec eux et puis il finira par s'assagir. Malgré ce qu'on pense de Pialat, c'est un long métrage dénué de toute violence. Et puis c'est un cinéma réaliste qui peut intéresser les enfants assez tôt".


• Ensuite, il y a un western absolument magnifique pour les enfants, c'est "Mon nom est personne", de Tonino Valerii. "C'est la rencontre du western classique, incarné par Henri Fonda, et du western un peu plus rigolo et blagueur, incarné par Terence Hill, avec l'une des musiques les plus célèbres d'Ennio Morricone. C'est un film que les enfants adorent et Terence Hill est un bon guide pour les emmener vers le western. A montrer bien avant 'Rio Bravo', de Howard Hawks, beaucoup plus dense". 


• Enfin, un incontournable, "Les aventures de Pinocchio", de Luigi Comencini, "parce que c'est un film magnifique et qu'il est moins connu que 'Chantons sous la pluie' de Stanley Donen, autre film à voir absolument. C'est la version cinéma d'une série télé en six épisodes qui durait huit heures, avec Gina Lollobrigida qui joue la fée Turquoise. Dans ce film, le petit pantin en bois  se débat dans une Italie où sévit une grande pauvreté. C'est à la fois cru et très tendre. Et surtout c'est une oeuvre rare, car en dehors des films de genre, comme les péplums ou les westerns, les films italiens de la grande époque s'adressaient très peu aux enfants. Ni Fellini, ni Rosi, ni Pasolini, qui sont des génies, ont fait des films montrables aux plus jeunes". 

A partir de 8 ans

• Après l'âge de huit ans, on peut voir sans problème le film O'Brother, de Joel et Ethan Coen. "Mais plus que la plupart des autres films de notre sélection, il est impératif de le voir avec eux pour leur en expliquer le contexte historique (crise de 1929, prohibition, racisme dans les Etats du Sud...), mettent en garde les auteurs. Il y a aussi une scène avec le Ku Klux Klan qui est un peu impressionnante, mais sinon c'est une véritable comédie musicale. Ça chante toutes les dix minutes avec une bande originale exceptionnelle, mêlant country, blues, folk et gospel. C'est en fait une étonnante variation du Magicien d'Oz mais sans Dorothy. Il s'agit de trois losers magnifiques, l'un est aussi décervelé que l'épouvantail, le second aussi lâche que le lion peureux. Et le troisième n'a pas plus de coeur que le bûcheron en fer blanc".

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