Barbie bientôt en fauteuil roulant : les jouets inclusifs, gadget marketing ou vrai éveil à la différence ?

Famille

OUVERTURE - Mattel, qui commercialise la célèbre Barbie (60 ans ce samedi !), s'apprête à étendre sa collection en inaugurant deux nouvelles figurines, une en chaise roulante et une autre portant une prothèse amovible à la jambe. Progressisme ou opportunisme ? Le pédopsychiatre Stéphane Clerget donne son point de vue.

Les temps changent, les mentalités évoluent et c'est tant mieux : alors qu'elle faite ce samedi 9 mars son soixantième anniversaire, Barbie fait peau neuve et surtout, devient plus inclusive, étendant sa collection Fashionistas avec deux figurines inédites, une en chaise roulante et l'autre arborant une prothèse amovible à la jambe. Mattel, la marque commercialisant la célèbre poupée, se fend d'ouverture d'esprit dans un message posté sur Instagram : "Depuis des années, cette collection a évolué pour refléter le monde qui entoure les filles. Nous sommes heureux que notre collection soit la plus diverse et la plus inclusive ligne de poupées du monde", clame-t-elle. Les nouvelles figurines devront arriver à la fin de l'année 2019.

Alors, oui, certes, du point des adultes, pas de doute, c'est un progrès en termes de représentation, un éveil à la tolérance pour leurs bambins... Mais quid des enfants ? Qu'en pensent-ils foncièrement ? "Une figurine représentant une personne handicapée reste un bon moyen pour eux d’intégrer la notion du handicap comme quelque chose qui existe, commente le pédopsychiatre Stéphane Clerget, sollicité par LCI. Au début, cette différence pour l’enfant est comme la différence de couleur de cheveux : "le handicapé est sur sa chaise parce qu’il ne peut pas marcher", se dit-il. Sur le plan émotionnel, l’enfant dans son jeu va l’intégrer comme une caractéristique parmi tant d’autres. Ce qui est intéressant, c’est qu’effectivement cette représentation habitue les enfants à la normalité de cette apparence. Pour eux, c’est minoritaire mais c’est normal : ce n’est pas quelque chose de forcément inquiétant. Ainsi, lorsque l’enfant croisera des enfants handicapés ou s’il le devient lui-même, il sera dans une forme d’acceptation, dans une intégration de ces personnes à sa vie sociale." 

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Évolution sociale du regard sur le handicap

Subsiste toutefois une question : pourquoi un tel retard ? "Mattel agit comme une vieille institution, se contentant de suivre l'évolution des mœurs et ne connaissant pas l’avant-garde, note le pédopsychiatre, y voyant la même lenteur avec laquelle la marque a intégré les minorités dans sa collection Barbie. "Avant, les préjugés sur le handicap étaient vivaces et les parents trouvaient cela trop angoissant pour leurs enfants, ils ne les auraient jamais achetés. Aujourd'hui, le discours sur le handicap a évolué, la place des enfants handicapés dans la société a évolué, les enfants sont éduqués très tôt à accepter les autres enfants handicapés qui eux-mêmes ont accès très tôt à l’école ordinaire. Au sein des classes, tout est fait pour présenter le handicap aux enfants. On oublie trop souvent que si l’enfant voit la différence, il n’a, lui, aucun a priori sur l'autre, aucun jugement. Le jugement est seulement transmis par les parents et par le corps social. Quand le parent ressent une gêne, elle est simplement communiquée à l’enfant." 

Une évolution sociétale comme culturelle, donc. Mais le fait que la marque suive un mouvement social ne ressemble pas un peu à de l'opportunisme ? Sans être dupe, le pédopsychiatre trouve quand même ce changement positif pour l’enfant, en faisant rimer "diversité" avec "normalité", ce dernier pouvant voir dans ces jeux de Barbie "ce qu’il envie et désormais ce qu’il observe dans la vie ou les fictions." En d'autres termes, on a trop longtemps taxé Barbie de véhiculer une image sans aspérité pour ne pas saluer cette démarche, fut-elle tardive. "Faut-il encore que les parents achètent une Barbie en fauteuil roulant et que les enfants aient instinctivement envie d'en commander une", conclut le pédopsychiatre. "En réalité, ceux qui vont en acheter, ce sont les institutions, les collectivités locales, les écoles ou les parents d’enfants handicapés." 

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