Comment aider son enfant à développer son sens de l'humour ?

Famille

COMIQUE EN HERBE - En grandissant, un enfant passe par toutes les chambres de l'humour : blague, farce, ironie... Autant de formes qui peuvent aussi s'apprendre en famille, mais pas seulement. Une psychanalyste et un psychopédagogue prodiguent leurs conseils.

Des premiers sourires du nouveau-né à la compréhension d’une blague pince-sans-rire, l'enfant connaît un long apprentissage de l'humour. C’est à mesure qu'il grandit que son sens du comique se développe. Selon une étude de psychologues de l’Université de Cardiff, reprise par le Telegraph, les bébés commenceraient à faire montre d'humour dès 18 mois. En 2013, Meredith Gattis, chercheuse dans cette université, était ainsi formelle : "Quand on pose un animal en peluche sur sa tête et qu’on fait l’idiot avec, la plupart des enfants de 19 à 24 mois comprennent que c’est drôle et reproduisent le geste". 

Alain Sotto, psychopédagogue joint par LCI, le confirme : "Lorsqu'ils sont tout petits, ils sourient au coucou/caché, aux mimiques de visage, aux gestes. Lors de la petite enfance, c’est à travers le jeu que l'humour se communique, se forme, a fortiori si les parents sont créatifs et prennent le temps de jouer avec lui." Une première étape avant d'autres jeux scolaires, à la crèche ou à la maternelle : "Il y a certes un humour régressif à caractère scatologique à l'âge de 3-4 ans, mais il n'y a pas que ça. Le fameux jeu du poisson collé dans le dos, must inusable du 1er avril, commence à cette période."

"L’humour est une façon langagière et spirituelle de faire un pas de côté, il suppose aussi d’avoir acquis le langage", souligne de son côté Corrine Ehrenberg, psychanalyste également jointe par LCI. "Prenons l'exemple d'une enfant de 5 ans qui se fait très mal au pied. Sa mère qui veut la consoler lui dit que ça fait très mal sur le coup, mais que ça va passer, et la petite fille de lui rétorquer dans un sanglot : 'Mais c’est pas le cou, c’est le pied !'. Nous trouvons cela très drôle alors que la petite fille, pas du tout. Simplement parce que cette dernière n’a pas accès à la compréhension de 'sur le coup' et comprend 'sur le cou'."

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Un humour plus subtil à 6-7 ans

La période CP (6-7 ans) permet de s'initier à cette forme d'humour jouant de la métaphore. La psychanalyste recommande aux parents, de ce point de vue, de lire ou faire lire à leur enfant les livres de Roald Dahl ou La belle lisse poire du prince de Motordu, de Pef, autant "d’excellents moyens de l’acquérir dans le plaisir et le rire."

Il y a aussi un humour de cour de récré qui échappe aux parents, rappelant à l'enfant qu'il existe plusieurs formes d'humour, notamment celui qui se pratique à la maison et celui dont on use seulement avec ses amis : "Un parent n'est pas un ami avec lequel on fait des blagues et, de manière générale, les adultes qui jouent aux enfants mettent mal à l'aise leurs propres enfants, considère Alain Sotto. Il ne faut jamais oublier qu'à cet âge-là, l'humour est avant tout générationnel, et qu'il s'apprend au contact des amis et non plus avec les parents. Par ailleurs, "lorsqu'ils ont appris à lire et à écrire, les enfants aiment les jeux de mots, comme les blagues, les calembours, les devinettes ou les jeux de mots", ajoute le psychopédagogue. "C'est l'introduction à un humour subtil : avoir la maîtrise du langage leur permet de pouvoir le détourner et donnant lieu ensuite à d'autres formes d’humour plus complexes, arrivent vers 10-12 ans, comme l’ironie."

Le plaisir partagé avec un enfant des jeux de langage reste le meilleur moyen de développer chez l’enfant le sens de l’humour- Corrine Ehrenberg, psychanalyste

Reste qu'une sensibilité et une prédilection à l'humour dépendent beaucoup de l'environnement familial : "L'humour n'est pas quelque chose que l'on a ou que l'on n'a pas, il s'acquiert culturellement et si le parent aime à raconter des blagues, alors l'enfant aimera à son tour en faire", note Alain Sotto. "S'il fallait donner un conseil aux parents, ce serait de donner plus envie à l'enfant de rire de soi-même plutôt que de rire des autres, et de donner l'exemple d'un humour respectueux et non d'un humour humiliant." 

La psychanalyste pense, de son côté, que "le plaisir partagé des jeux de langage reste le meilleur moyen de développer chez lui le sens de l’humour" : "Les enfants prennent un grand plaisir à jouer avec les mots et s’introduisent ainsi à la possibilité de jouer sur les mots". 

Un humour prompt à servir le futur adulte pour dédramatiser, pour ­apporter un peu de légèreté dans les relations quand les émotions sont trop fortes : "C’est la meilleure arme sociale, à condition de ne pas en faire usage avec des paranos qu’il est très difficile de faire accéder à ce second degré, comme le raconte François Roustang dans Comment faire rire un paranoïaque. En fait, il s’agirait moins d’une arme que de la possibilité de désarmer l’autre en se décalant de l’affrontement et de sa provocation par ce pas de côté suscitant le sourire."

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