Comment annoncer à un enfant la mort de son animal de compagnie ?

Famille
CONSEILS - Lorsque le chien, le chat ou le hamster de la famille décède, il est important de ne pas prendre à la légère le deuil vécu par l’enfant. Comment lui annoncer cette brutale nouvelle ? Et comment gérer son chagrin et sa douleur ?

Comment expliquer à un enfant la disparition de son chien ou de son chat ? Cette question, les parents ne se la posent pas forcément au moment d'adopter un animal de compagnie, mais ils y seront forcément confrontés un jour. Un moment difficile à contourner et à assumer... d'autant que le décès d'un animal domestique s'impose le plus souvent comme le premier contact d'un enfant avec la mort : "C'est un choc pour un enfant qui va générer en lui beaucoup de chagrin", souligne le sociologue Michel Fize, auteur de Merci Will, et à bientôt (Editions LGO). Avant de tempérer : "Il n’y a cependant pas la violence que peut ressentir un adulte tant ce dernier a souvent tendance à surinvestir son lien avec un animal et, faute d’interlocuteur, n'a personne à qui confier son chagrin. La force de l'enfant, lorsqu'il est frappé par le deuil d'un animal, c’est d’être dans un processus de croissance. L’enfant qui est sur sa trajectoire de vie grandit, s’échappe peu à peu de la douleur de l'épreuve. A tout âge, le choc ne sera pas ressenti de la même manière." 


Avant 5 ans en effet, la mort est mal comprise par l'enfant, qui ne l'envisage pas comme un état permanent, ni irréversible, mais bien comme quelque chose de provisoire, un peu comme le sommeil ("Il ne faut ne jamais dire à un enfant que l'animal décédé s'est endormi pour toujours", insiste le sociologue). C'est souvent à partir de l'âge de 6 ans seulement qu'il est en mesure de comprendre le concept de vide et de disparition pour toujours. Puis, à partir de 10 ans, il a clairement la capacité de comprendre la mort comme la fin de la vie pour tout être humain.

Le décès d’un animal peut même s’avérer une leçon de vie et de mort pour l’enfant, qui comprendra alors que la vie comprend la mort. Et que la vie se termine ainsiMichel Fize, sociologue

Quels conseils donner aux parents mal à l'aise face la perspective d'annoncer la mort de son animal à un enfant ? Selon le sociologue, "il faut tout d'abord qu'ils lui rappellent que l’animal n’est pas un jouet manipulable comme une poupée, qu'il a une vie propre mais aussi une durée de vie courte : il mourra vite. Le décès d’un animal peut même s’avérer une leçon de vie et de mort pour l’enfant qui comprendra alors que la vie comprend la mort. Et que la vie se termine ainsi." 


Différer l’annonce n'est pas la meilleure des options : l’enfant s’en rendra de toute façon compte. "D’où l’importance capitale de choisir le bon moment", mais sans trop attendre, martèle Michel Fize.

Toujours dire la vérité

Tout en invitant l'enfant à exprimer ses sentiments et le parent à répondre aux questions - en somme, à privilégier le dialogue -, Michel Fize plaide pour un discours de vérité : "On a tous le droit de la connaître. Toute séparation pour quelque humain proche de l’animal est vécue comme un abandon. Si l’enfant ne voit pas l'animal revenir, il ne faut surtout pas asséner qu’il est parti faire un voyage, d'autant que l'enfant se demandera quelle faute il a bien pu commettre pour que son ami s'en aille. Au contraire, il faut faire montre de transparence, lui dire simplement qu’il est mort, qu’il est au paradis des animaux, qu’il mène une autre vie ailleurs." 


Et ne pas hésiter à dire que la mort, si l'animal était gravement malade, est un soulagement, une délivrance : "L'enfant peut comprendre la souffrance d'un animal, et dire à cet enfant que l'animal ne souffre plus développe l’empathie, loin de l’égoïsme contraint du chagrin." En moyenne, un enfant est profondément attristé durant 6 à 8 semaines par la perte de son animal qui, comme le souligne Michel Fize, s'avérait pour lui un "vecteur formidable de sociabilité". 

Tristesse inconsolable

Et si, malgré tout, la tristesse demeure ? Adopter un autre animal peut-il par exemple apaiser une souffrance abyssale ? Le sociologue conseille de ne pas brusquer l'enfant, d'autant qu'un remplacement prématuré risquerait d'inhiber le processus d'acceptation du deuil : "Il existe deux positions. D’un côté, celle, radicale, consistant à dire qu’on ne prend plus d’animal domestique parce que le perdre est trop dur à vivre ; de l’autre, celle d'en acheter un nouveau, et ainsi de combler le manque tactile, charnel avec l'animal". Avant tout, poursuit le spécialiste, "il importe de recueillir l’opinion de l’enfant. Il n’est pas opportun de partir dans une nouvelle aventure trop tôt : noyé dans le chagrin, l'enfant réclamera son chien ou son chat pendant sa période de deuil, mais pas un autre de substitution. On est tous un peu dans le déni pendant cette période, et les enfants jeunes peuvent être dans un désir irrationnel du retour." 


Et si le chagrin ne passe vraiment, mais vraiment pas du tout ? "On peut utiliser des livres ou alors passer par une médiation, préconise Michel Fize, qui a ouvert une permanence téléphonique pour ceux qui souhaitent se confier : pourquoi pas en parler avec un pédiatre ou envisager une thérapie familiale avec parents et enfant, où la personne étrangère lui fait clairement comprendre le deuil".

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