Comment réagir quand notre enfant ment ?

Famille

COMPRENDRE - Chaque parent est confronté un jour ou l'autre à l’éveil du mensonge chez son enfant. Mais comment réagir lorsqu'il dépasse le stade de la simple farce ? Une psychanalyste nous dispense ses conseils.

Que celle ou celui qui, enfant, n'a jamais menti à ses parents nous jette la première pierre. Evidemment, tout le monde a été confronté à l'éveil du mensonge, au risque parfois de provoquer bien des interrogations chez ses parents. Qu'importe, c'est un passage obligatoire. D'ailleurs, comme l'affirme le pédopsychiatre Marcel Rufo, "le mensonge est très bon signe dans le développement de l'enfant à partir de 2 ans." A l'aune de cette célèbre publicité Nestlé où un enfant, le visage barbouillé de la crème au chocolat qu'il vient de dévorer, accuse son poisson rouge d'avoir tout mangé. 

Selon la psychanalyste Corinne Ehrenberg, sollicitée par LCI, "l’affabulation est la première forme de mensonge chez l'enfant". Soit "un produit de son imaginaire et de son désir" : "Plus grand, l'enfant pourrait accompagner cette affabulation d’un "on dirait que...". C’est un temps important de sa maturation puisqu’il sera le précurseur de son "espace intime". L’enfant fait l'expérience que ce qu’il pense n’est accessible que par l’intermédiaire de ce qu’il en dit et du coup il vérifie, par la-même, que son espace intérieur ne se voit pas et ne s’entend que s’il en parle..." 

La première question à se poser quand un enfant ment, c’est celle de la fonction que remplit le mensonge- Corrine Ehrenberg, psychanalyste

De quoi se demander au fond dans quelle situation un enfant est-il susceptible de mentir le plus fréquemment : "Un enfant peut mentir pour améliorer la réalité dont il parle ou pour la cacher s’il pense avoir fait une bêtise", poursuit la psychanalyste. "Dans des contextes plus problématiques, il arrive que l’enfant mente pour protéger ceux qu’il aime, ceux dont il a besoin. C’est assez fréquent dans les cas de mal traitance : un enfant peut raconter à l’école s’être cogné alors qu’il a été cogné à la maison !"

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Ce qu'il faut répondre

Il suffit de parcourir des forums de discussion pour constater l'impressionnant nombre de témoignages laissés par des parents, abasourdis par les mensonges récurrents de leurs enfants, certains mentant comme des arracheurs de dents de façon compulsive : "J'ai un vrai souci avec mon fils de neuf ans", raconte cette mère au bout du rouleau. "Il ment de manière très visible mais il détourne toujours les situations pour s'en échapper, en faisant culpabiliser les autres, en répondant à chaque fois lorsqu'il est confronté à son mensonge : "'J'en ai marre personne ne me croit, tout le monde dit que je mens alors c'est faux'. Je ne sais plus comment faire."

Les mensonges diffèrent d'un enfant à l'autre mais la question de l'adulte reste la même : comment réagir face à un mensonge d’enfant ? "La première question à se poser quand un enfant ment, c’est celle de la fonction que remplit le mensonge" observe Corinne Ehrenberg. "La taille du mensonge compte différemment selon son âge. Quand l’enfant est petit, le mensonge est souvent énorme et fait rire les adultes. Il s’agit dans ce cas d’avoir le tact de ne pas l’humilier et de rétablir la vérité dans une atmosphère affectueuse et non répressive. Quand l’enfant est plus grand, il a en général des raisons de mentir (et de bonnes raisons de son point de vue à lui). À charge pour le parent, de prendre en compte les raisons qu’a l’enfant de mentir (la peur, le désir de protéger, etc.) et de montrer sa désapprobation tout en valorisant l’intérêt pour lui de dire la vérité, par exemple la confiance." 

Selon la psychanalyste, les parents doivent donc être à même de montrer à leur enfant qu’il a tout à gagner à ne pas trahir la confiance qu’ils lui font.

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