Confinement et stress post-traumatique chez les enfants : "Il faut surveiller tout changement de comportement"

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Famille

CONTRECOUP - Les huit semaines de confinement auront-elles un impact psychologique sur les enfants ? Pour le savoir, le CHU de Toulouse vient de lancer une vaste étude visant à analyser les symptômes de stress chez les 8-15 ans après cette période particulière. Comment les détecter ? On a posé la question à un psychologue.

Le CHU de Toulouse le craint fortement : les enfants pourraient développer des symptômes de stress en raison du confinement. Comme le note l'établissement, "ils ont vu leur routine habituelle, leurs activités, leurs relations sociales être complètement modifiées". Ils sont par ailleurs "plus exposés à de grandes quantités d'informations sur la pandémie via les médias". Pour en avoir le coeur net, ce centre hospitalier vient donc de lancer une étude, baptisée E-COCOON, afin de "savoir si les enfants de 8 à 15 ans présentent des signes précurseurs de stress post-traumatique".

Le problème, c'est que les enfants n'expriment pas l'anxiété tout à fait comme les adultes. "Ils le font à travers des symptômes et non des paroles", souligne le psychologue Jean-Luc Aubert, fondateur de la chaîne YouTube "Questions de psy". D'où la difficulté de les décrypter.

Etre vigilant

LCI : Comment peut-on savoir si son enfant développe un stress après le long confinement qu'il a subi ?

Jean-Luc Aubert : L'adulte peut exprimer son angoisse de toutes les façons possibles : "je suis anxieux, je suis préoccupé, ça m'inquiète...". Mais pour l'enfant, c'est plus compliqué, car il ne possède pas toutes ces nuances dans son vocabulaire. Il ne peut pas intellectualiser ce qui lui arrive car il n'a pas les capacités à le formuler. Il va plutôt évacuer son stress à travers son corps, dans son ressenti, et c'est ce qui pose problème. Il va donc l'exprimer à travers toute une série de symptômes : crises de colère à répétition, plus grande irritabilité, moindre résistance à la frustration, problèmes d'insomnie ou d'endormissement, voire une forme de régression, comme sucer le pouce ou faire pipi au lit. 

Pendant le confinement, on peut comprendre ce genre d'attitude. Mais c'est plus difficile après de faire le lien quand on voit son enfant anxieux ou irritable, surtout quand il n'a pas forcément exprimé de malaise au moment de ce huis-clos. Du coup, on peut très bien passer à côté de ses symptômes. Et ne pas détecter qu'ils sont en fait le contrecoup de ce qu'il a vécu. Il faut donc être très vigilant.

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Si cela ne s'est pas trop mal passé, les parents auront servi d'amortisseur vis-à-vis des événements extérieurs- Jean-Luc Aubert, psychologue

LCI : Vivre confiné avec ses parents peut-il être vraiment un facteur de stress pour un enfant ?

J.-L.A. : Si globalement, cela ne s'est pas trop mal passé dans la famille, les parents auront servi d'amortisseur vis-à-vis des événements extérieurs. Et l'enfermement ou la perte de repères n'auront pas eu d'impact. En revanche, si les parents ont été très angoissés par rapport à la situation, l'enfant l'aura forcément ressenti. Notamment parce que ses points d'appuis, que sont ses parents, auront été eux-mêmes déstabilisés. Il n'aura donc pas trouvé, à travers eux, une forme de sérénité qu'il a en temps normal à leurs côtés.

Pour les adolescents, c'est un peu différent car ils sont moins dépendants de l'attitude de leurs parents. Pour cette tranche d'âge, c'est plutôt le rapport aux copains qui est essentiel, d'où un manque probable. Mais là, ils ont eu la chance d'avoir les réseaux sociaux. Pour cette fois, ils ont joué un rôle important. Sans ces moyens de communication, cela aurait été certainement beaucoup plus violent pour eux. En revanche, comme l'adolescence est déjà angoissante en soi, ce contexte particulier a pu renforcer l'anxiété qui prédomine déjà chez certains et lui donner une ampleur qu'elle n'a pas habituellement. 

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Ce stress post-traumatique peut-il être ressenti des mois, voire des années après ?

J.-L.A. : Non, sauf si l'enfant était déjà anxieux avant. Le confinement peut renforcer cet état, surtout si les parents ne s'en sont pas préoccupés. Cela peut faire resurgir des maux, mais dire que ce ce huis-clos aura des conséquences des années plus tard, certainement pas. 

Ce qui est essentiel dans les semaines à venir, c'est de surveiller tous les changements de comportement de son enfant, surtout s'ils se répètent dans le temps. Car si on les interprète mal, et qu'on ne fait pas le lien avec cette période particulière du confinement, cela peut générer un état anxieux qui pourrait augmenter, faute d'être pris en compte. 

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