"Il ne faut pas devancer ses questionnements" : comment parler du coronavirus à son enfant ?

"Il ne faut pas devancer ses questionnements" : comment parler du coronavirus à son enfant ?
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INTERVIEW - A l'école aussi, le coronavirus est dans toutes les conversations. Résultat, les questions fusent à la maison. Le psychologue Jean-Luc Aubert nous explique comment en parler à son enfant.

Avec la propagation du coronavirus, difficile d'éviter le sujet à l'école. Il ne faut donc pas l'esquiver à la maison. Comment informer son enfant sur ce nouveau virus sans l'effrayer ? Les professeurs ont un rôle à jouer pour répondre aux questions de leurs élèves, mais les parents aussi... le tout sans céder à la panique. Pour ce faire, on a demandé conseil au psychologue Jean-Luc Aubert, créateur de la chaîne Youtube "Questions de psy"

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LCI - Que dire à son enfant qui, en rentrant de l'école, vous demande : 'c'est quoi le coronavirus ?'

Jean-Luc AUBERT - La première recommandation, c'est de ne pas dépeindre ses angoisses à travers ses réponses. Il faut parler de la façon la plus neutre et la plus objective possible, en donnant les éléments que l'on connaît. Dire par exemple que c'est une maladie contagieuse et que les cas de décès sont très rares. Que cela concerne des personnes très fragiles, en insistant sur le "très". C'est ça la réalité des choses. Et si l'enfant pose plus de questions, là encore lui répondre sans faire un long discours. En revanche, il ne faut pas devancer ses questionnements et faire du terrorisme verbal. 

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Il y aussi un côté visible du coronavirus avec les masques que l'on peut voir sur des personnes croisées dans les lieux publics. C'est forcément générateur d'angoisses...

Pour les masques, on peut dire à son enfant que certaines personnes sont plus inquiètes que d'autres, et c'est pour ça qu'elles en portent. Car on sait que les masques vus dans la rue n'ont de justification que pour ceux qui sont infectés, et dans ces cas-là, ils sont tenus d'être confinés. Si l'on doit soi-même en porter un, dans le cas d'un enfant qui ne sait pas encore parler, et donc qui a du mal à intellectualiser ce qui se passe, on peut instaurer un jeu que les tout-petits adorent, le "coucou, c'est moi". Au lieu de cacher son visage avec ses mains et ensuite de les écarter, on fait la même chose avec son masque de protection. Cela permet de dédramatiser car l'enfant considérera cela comme un jeu. 

Cette épidémie permet aussi d'expliquer les phénomènes de peur. On peut dire à l'enfant que la peur est plus contagieuse que le virus. Mettez par exemple quelqu'un qui a peur dans une pièce, vous allez voir qu'au bout de 10 minutes, toutes les personnes présentes seront dans le même cas. Les craintes actuelles sont notamment liées au fait que l'on s'interroge sur ce nouveau virus que l'on ne connaît pas. Et comme on n'a aucune réponse définitive, cela crée de l'angoisse. 

La façon dont on parle de ce virus, dont on le théatralise donne plus d'ampleur et rend le phénomène beaucoup plus angoissant qu'il ne l'est en réalité.- Jean-Luc Aubert, psychologue

Avec les mesures de précaution prises par l'Education nationale, que faut-il dire à son enfant si son camarade ne revient pas à l'école ?

On peut lui dire que c'est le gouvernement qui a dû prendre cette mesure pour que les enfants qui peuvent être infectés ne communiquent pas le coronavirus aux autres. Pas besoin d'en rajouter. Comme toujours, il faut simplifier ses réponses au maximum et n'utiliser que des mots qu'il peut comprendre. Car à vouloir trop bien faire, et je le constate au cours de mes consultations, le parent ajoute des explications aux explications, et cela finit par être angoissant. Il faut savoir une chose avec les enfants, c'est que la façon dont on leur explique telle ou telle situation peut être rassurante, mais aussi beaucoup plus angoissante, en fonction de la façon dont on leur parle.

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Il faut aussi savoir que l'adulte n'a pas la même perception de la maladie que l'enfant. Le petit vit dans l'instant présent, là où nous on va se projeter dans l'après, et sur les conséquences. J'invite d'ailleurs les parents à être objectifs et à mettre les chiffres sur la table : ils n'ont rien à voir avec la réalité qu'on décrit,  car le problème c'est que l'adulte est lui-même victime du climat anxiogène. La façon dont on parle de ce virus, dont on le théâtralise donne plus d'ampleur et rend le phénomène beaucoup plus angoissant qu'il ne l'est en réalité. Trop en parler, et souvent sans avoir véritablement d'informations, ne fait qu'accentuer l'inquiétude. 

Dans le cas d'une famille qui doit rester en quarantaine, comment l'expliquer à son enfant et le rassurer ?

Il faut dire à son enfant que ce sont des mesures de précaution parce qu'on revient d'une zone à risque et qu'on ne sait pas si on a attrapé le virus. Pour ne pas prendre le risque de le communiquer à d'autres personnes, on est obligé de rester à la maison 14 jours. Si son enfant a moins de 4 ans, et donc pas trop la notion du temps, ne pas hésiter à lui montrer sur un calendrier ce que ça représente. Il faut aussi dire qu'il n'y a rien de grave et que si on a le virus, des soins existent, et que dans la majorité des cas, on guérit. Là-aussi on explique les choses très simplement. De toute façon, à partir du moment où l'enfant est avec ses parents, qu'il peut jouer, il ne se pose pas plus de questions que ça. Encore une fois, ces mesures de confinement, ce sont plutôt des angoisses d'adultes. Donc il faut surtout apprendre à maîtriser ses propres inquiétudes, pour pouvoir ensuite rassurer son enfant. 

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Car le parent est l'intermédiaire entre l'enfant et la réalité. Mettre au monde un enfant, cela veut bien dire quelque chose, c'est lui présenter le monde tel qu'il est. L'enfant va ensuite s'appuyer sur ses parents pour se construire. Si on est solide, ça va, mais si on est un tant soit peu défaillant, l'enfant le sera aussi. Etre un peu déstabilisé actuellement, ce n'est pas très grave, mais si on est très angoissé, il faut vraiment faire attention à ne pas transmettre son anxiété.

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