"Au début, chacun avait son bol de cacahuètes" : les gestes barrières à l'épreuve des soirées entre amis

Notre équipe était dans les rues du Vieux-Lille pour constater s'il y a vraiment un relâchement auprès de nos compatriotes suite au déconfinement.
Famille

MISSION IMPOSSIBLE ? - Depuis une semaine, nous renouons, petit à petit, avec les apéros entre amis, les déjeuners familiaux et autres pique niques. De quoi mettre les gestes barrières à l'épreuve. Témoignages.

"Vous avez une pince pour attraper les morceaux de pain ?" Les ennuis commencent... "Euh, non, je n’ai pas", constate Jocelyne, dépitée devant la corbeille à pain, à l'occasion du premier déjeuner dominical avec ses deux fils et leurs familles. Des retrouvailles semées de nouvelles embûches. La deuxième : celle du saladier de carottes râpées. Pas question de le faire circuler comme d’habitude de mains en mains. "Est-ce qu’une seule personne peut servir tout le monde ?"

Le déjeuner est en train de se transformer en terrain miné. Les dangers sont partout, salière, pot de moutarde, carafe d'eau... Au bout de la table, les enfants, moins stressés, se collent à leurs cousins, trop contents de voir de nouvelles têtes et d’enfin avoir quitté, le temps d’une journée leurs appartements parisiens et le huis clos familial. Et finalement, pour le dessert, tout le monde se passe la bombe de Chantilly. Fin des gestes barrières.

"Même avec la meilleure volonté du monde"

Après deux mois de confinement pur et dur, les Français viennent de passer leur premier week-end de semi-liberté. Et certains en ont profité pour faire ce qui n’était plus permis. Tout en essayant de respecter les consignes sanitaires. Matthieu était invité chez des amis samedi. En début de soirée, ambiance "total respect" des consignes : chacun son nom sur les bols de cacahuètes, sur les gobelets - en carton, évidemment - aussi. On ne se parle pas de trop près. "Mais vers 4 heures du mat, après quelques verres, il faut bien l’avouer, les distances se sont réduites, et on a fini par se faire des hugs, tellement on était contents de se revoir", raconte Matthieu. 

Même bonne volonté chez Muriel, qui a fêté les 70 ans de sa belle-mère dimanche. Pour respecter la règle des 100 kilomètres, "nous nous sommes retrouvés dans une forêt à mi-chemin de chez tout le monde", raconte-t-elle. "C’est étrange de se retrouver en famille et de ne pas se faire la bise. On se dit bonjour, on sourit… mais on se sent un peu bêtes." Rien n’est comme avant. 

Idem pour le repas. "D’habitude, tout le monde serait venu avec un plat à partager mais là, chacun avait apporté son propre pique-nique et nous avons fait attention à ne pas nous asseoir trop près les uns des autres." Jusqu’au dessert où Michelle a soufflé ses bougies (!) puis découpé le gâteau, un doigt sur le couteau, un autre sur la part. "De toute façon, c’est impossible de respecter ces règles. Sans s’en rendre compte, on fait des choses qu’on ne devrait pas faire, même avec la meilleure volonté du monde", estime Muriel. 

Caroline, elle, était invitée à une fête sur une terrasse dès le premier soir du déconfinement. "Moi je ne savais pas trop s’ils étaient très respectueux, flippés ou pas, donc pas d’embrassade, on se dit bonjour de loin. En revanche, mon copain n’a pas eu cet embarras et leur a claqué la bise d’emblée." Pendant la soirée, les "occasions d’échanger des fluides" ne manquent pas : "Il y avait un bol de houmous sur la table, tout le monde mettait les doigts dedans et puis de toutes façons en partant, on s’est tous fait la bise." 

Je me rends compte, maintenant que ce n'est plus possible que nous sommes très tactiles. C’est difficile de ne pas toucher un bras, une épaule, de ne pas se faire la bise- Farida

Quelle que soit les circonstances, ce début de retour à la normale semble souvent difficile à faire rimer avec les gestes barrières. Samedi, Vincent a dû aller à un enterrement à Auxerre. Ils étaient quatre amis dans la voiture. "Au début, nous avions des masques, mais au bout d’un moment, nous les avons enlevés, ce n’était pas respirable. Les vitres étaient fermées, donc de toute façon, nous respirions le même air." 

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Véronique a organisé un apéro chez elle ce week-end. Elle avait cuisiné mais bizarrement, personne n’a trop mangé : "Je me demande si c’est parce les gens voulaient respecter les gestes barrières ou bien si ce que j’avais préparé n’était pas très appétissant", s’amuse Delphine. 

Les jours passant, l’attention se relâche. "Je me rends compte, maintenant que ce n'est plus possible que nous sommes très tactiles. C’est difficile de ne pas toucher un bras, une épaule, de ne pas se faire la bise", constate Farida. Ne pas se toucher, ce ne serait pas humain ? "Non", estime Hélène Romano, psychothérapeute, car l’être humain a besoin de contacts corporels et des interactions qui s‘y trouvent associées  - regard, sourire, qualité du lien, voix, posture, ambiance- . Des contacts vitaux notamment pour les bébés comme l'ont montré plusieurs études, explique Hélène Romano, mais aussi pour les personnes âgées. Il faut donc trouver une voie entre les contacts humainement nécessaires et les gestes barrières légitimes. En attendant, Jocelyne a acheté une pince pour le pain. Au cas où. 

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