Violences, harcèlement, divorce des parents... Comment les enfants réagissent-ils face à un événement traumatique ?

Famille

ÉTUDE - Près d'un Français sur 2 déclare avoir subi un traumatisme personnel, selon une enquête de l’Observatoire B2V des Mémoires. Qu'en est-il des enfants ? Si l'on sait qu'ils peuvent être confrontés à des situations traumatisantes, ce n'est qu'à partir de six ans qu'ils ressentent la même chose que les adultes. Avant, il est plus difficile de se souvenir des événements négatifs.

Attentats, guerre, incendie de l'usine Lubrizol à Rouen... Chaque jour l'actualité questionne chacun d'entre nous sur la notion de traumatisme. Selon un sondage Ifop pour l'Observatoire B2V des Mémoires*, publié cette semaine, un Français sur 2 déclare en avoir subi un, tout en restant plutôt positif sur sa capacité à le surmonter. En tête des événements qu'ils jugent les plus traumatisants, figurent les agressions sexuelles (56%), suivies par le décès d'un proche (50%) puis les violences physiques (45%). Et les enfants n'y échappent pas. 

Ainsi, le dernier Bulletin épidémiologique de Santé Publique France consacré à la maltraitance envers les enfants établit, à partir d’une très vaste enquête, qu’en 2017, 6% des femmes et 1,4% des hommes déclaraient avoir été forcés à subir ou à effectuer des attouchements sexuels, voire forcés à avoir des rapports sexuels contre leur volonté avant l’âge de 15 ans. Avec une très forte prévalence de troubles psychiques à l’âge adulte. 

Les agressions sexuelles ne constituent cependant pas la majorité des événements choquant auxquels les enfants sont confrontés. Qu'en est-il des autres situations comme le harcèlement scolaire ou le divorce de ses parents ? Peuvent-elles entraîner un stress post-traumatique ? Pour le pédopsychiatre Jacques Dayan, l'un des experts convié par l'Observatoire B2V, "on peut l'admettre pour le harcèlement scolaire qui peut avoir des conséquences sur les systèmes de stress ou sur le fonctionnement immunitaire, voire psychique", dit-il à LCI. "Le divorce n'est pas quant à lui une situation traumatique en tant que telle. Mais il peut le devenir s'il se conjugue avec d'autres événements négatifs, comme un père alcoolique ou une mère malade. Même chose si la séparation des parents dégénère. L'enfant assistant ainsi à des violences contre sa mère va présenter autant de troubles psychiques que l'enfant battu. Etre témoin de la violence domestique est un traumatisme psychique plus important que l'atteinte de soi", ajoute-t-il.

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Aucun souvenir avant trois ans

En revanche, ce qui est certain, c'est que les plus jeunes n'ont pas la même maturité cognitive que les adultes. "A partir de six ans, les traumas sont ressentis de la même façon (anxiété, troubles de l'humeur...). Mais avant, cela ne prend pas la même forme", analyse le thérapeute. Alors comment savoir si son enfant de moins six ans va mal ? "C'est effectivement un problème. Nous sommes justement en train de mettre en place une sémiologie pour déterminer les signaux qui peuvent alerter. Mais, en général, ils ne sont pas très spécifiques. L'un des plus importants, ce sont les troubles de la régulation émotionnelle, c'est-à-dire quand le bébé est frustré et qu'il a du mal à gérer cette frustration ou qu'il s'énerve de façon anormale s'en arriver à se calmer et à s'apaiser. Cette agitation peut notamment avoir des répercussions sur l'alimentation. Mais c'est compliqué à détecter car rien n'est verbalisé. Il n'y a pas de plainte. L'enfant de deux ans ne va pas dire par exemple à sa mère : 'Tu sais, ton divorce, c'est insupportable'".

Par ailleurs, tout ce qui se passe avant trois ans, se volatilise comme par magie. On ne s'en souvient plus. "Les psychanalystes appellent ça le 'refoulement'. C'est en fait une incapacité cognitive - ce qui explique qu'on n'ait aucun souvenir de sa petite enfance à l'âge adulte - qui est indépendante du trauma", souligne Jacques Dayan. Toutefois, certains neuro-scientifiques ont montré des choses communes avec les psychanalystes. Car même si nous n'avons pas de souvenir conscient, cela s'imprime quelque part dans le cerveau. Il a ainsi été montré qu'un enfant qui subit une opération chirurgicale entre 6 mois et 1 an a de grandes chances de se mettre à hurler s'il retourne à l'hôpital un an après. Ce n'est pas de la mémoire au sens habituel du terme", détaille-t-il. 

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Des répercussions pas toujours pathologiques

Pour autant, un traumatisme dans l'enfance peut-il avoir des conséquences à l'âge adulte ? Notre spécialiste est formel : "Il y aura toujours des séquelles. Et pour une minorité, l'impact peut être sévère, en particulier quand il s'agit de traumas sexuels. Mais pour la plupart des sujets, les répercussions ne seront pas forcément pathologiques. Cela peut même apporter un aspect positif au caractère de la victime, comme une certaine tolérance ou une certaine capacité à s'opposer", tempère-t-il.

Même son de cloche pour la neurologue Catherine Thomas-Antérion, membre du conseil scientifique de l'Observatoire B2V : "J’ignore si c’est une vue optimiste, mais c’est plutôt une vue réaliste voire empirique : 7 à 8 fois sur 10, l’événement stressant va être métabolisé et l’aide des proches ou des professionnels y participe. S'il est admis que la 'crise' puisse tuer, isoler, désocialiser, faire perdre tous les repères, elle peut aussi réunir, soutenir, consoler, changer la ligne voire entreprendre ce que l’on n’aurait pas imaginé", conclut-elle.

* Enquête Ifop pour l'Observatoire B2V des Mémoires, réalisée en ligne du 2 au 5 juillet 2019, auprès de 1 508 personnes représentatives de la population française, âgée de 18 ans et plus.

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