Evaluations en CP : comment aider son enfant à surmonter ces épreuves "très stressantes" ?

Famille
ÉCOLE - Alors que la deuxième salve d'évaluations des élèves de CP a débuté ce lundi 21 janvier, plusieurs syndicats les jugent "inadaptées pour de jeunes élèves", et dénoncent un trop grand "facteur de stress". Quels conseils donner à son enfant pour ne pas qu'il y succombe ? On a demandé à Jean-Luc Aubert, psychologue scolaire durant de nombreuses années, ce qu'il en pensait.

"Comment donner confiance à des enfants de CP, qui commencent une nouvelle vie d'écoliers, en leur imposant des exercices qu'ils ne peuvent pas réussir ?" Il y a une semaine, tous les syndicats d'enseignants ont signé une lettre demandant "l'abandon" des évaluations en CP, dont la deuxième vague a débuté ce lundi et prendra fin le 1er février. Une requête balayée d'un revers de main par le ministre de l'Éducation, qui les juge "essentielles". 


Et pourtant, les griefs ne manquent pas. Après le passage d'une première salve en septembre, dans toutes les classes de CP mais aussi de CE1, les enseignants ont fait le constat de nombreux dysfonctionnements. Des maux recueillis par le SNUipp-FSU dès le mois d'octobre afin de pointer du doigt les difficultés rencontrées notamment par les élèves. Et ce qui revient en boucle dans leurs propos, c'est que ces épreuves se sont révélées "très stressantes" : "Les exercices chronométrés ont été très mal vécus par mes élèves qui ne voulaient pas arrêter à la fin du temps imparti. J'ai passé mon temps à les rassurer et leur expliquer que c'était normal qu'ils n'arrivent pas à tout faire", dit ainsi l'un d'eux. "Ces passations ont provoqué un stress intense chez nos élèves", renchérit un autre. "Pour les élèves en grande difficulté, nous avons lu la panique dans leurs yeux, nous avons dû, pour certains, leur demander d'arrêter l'épreuve pour prendre un jeu ou autre activité pour se détendre". 

Ces évaluations ne deviendront une épreuve stressante que si le parent scénarise ce moment et dramatise la situation. Jean-Luc Aubert, psychologue

Et que dire des parents tout aussi démunis, à l'image d'une jeune maman qui témoigne sur son blog : "La veille des évaluations, j'ai senti au coucher que ma fille avait besoin de parler et elle a encore fait part de sa hantise de ne pas réussir. L'autre chose qui l'angoissait, le fait qu'ils allaient être placés autrement dans la classe pour l'évaluation. J'ai essayé de la rassurer, de l'encourager, de lui dire que ça n'étais pas grave si elle n'avait pas TB partout", écrit-elle dans un article titrée "Evaluations au CP, le stress à 6 ans".


Alors, que faire pour que son enfant ne succombe pas à ce stress ? On a posé la question à Jean-Luc Aubert, psychologue scolaire durant de nombreuses années et auteur de plusieurs articles sur la psychologie infantile. Il distille également sur sa chaîne Youtube "Questions de psy" de précieux conseils pour tenter de résoudre les difficultés scolaires au CP, un sujet pour lequel il milite depuis 30 ans.

"Tout d'abord, il faut parler de ces évaluations le plus simplement du monde, commence-t-il. Il faut dire les choses de la façon la plus neutre et la plus sereine possible, du style : ' 'Tu vas avoir une nouvelle évaluation, c'est pour savoir comment tu te débrouilles en lecture. Tu feras ce que tu pourras, comme tu sais le faire'." Pas besoin d'en dire plus, ces mots suffisent selon le psychologue. "Et ce discours doit être le même que l'on soit face à un enfant compétiteur ou plus inhibé. Ces évaluations ne deviendront une épreuve stressante que si le parent scénarise ce moment et dramatise la situation. Plus on en dira, plus on en rajoutera, plus on mettra une forme de pression inconsciente sur son enfant", prévient-il.


"La difficulté, poursuit Jean-Luc Aubert, c'est quand le parent lui-même est angoissé par rapport à cette notion de réussite, notamment s'il n'était pas très bon élève à l'école. Le simple mot 'évaluation' va réactiver chez lui des angoisses inconscientes qu'il a connu antérieurement. Et cela a toutes les chances de rejaillir sur son enfant. J'invite ces parents-là à réfléchir à leur propre histoire et à prendre conscience que leur enfant, ce n'est pas eux".

Et le jour J ?

"Lorsque le grand jour arrive, il y a quelques astuces pour faire retomber la pression : prendre un bon petit-déjeuner et arriver à l'heure par rapport à d'autres matins où on est un peu dans la rapidité et le stress, histoire d'être dans les meilleures conditions de sérénité possibles", poursuit le thérapeute. 


Autre discours à tenir à son enfant : "Il faut bien lui dire que sa scolarité ne va pas être déterminée en fonction de cette évaluation. Ce n'est qu'une photographie nationale à un instant T, et non une compétition. Sur le plan purement précis de l'enfant dans sa classe, on s'en fiche de cette épreuve. L'enseignant n'en a pas besoin, il sait déjà si son élève sait lire ou pas". 


Et si l'enfant est très paniqué malgré toutes les précautions que l'on aura prises ? "Cela voudra dire que c'est un élève particulièrement angoissé. A ce moment-là, ça vaut peut-être le coup de voir le psychologue scolaire pour savoir s'il n'y a pas, sous-jacent, un état anxieux qui peut le pénaliser par la suite", conseille Jean-Luc Aubert. 

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