Faut-il dire souvent "je t'aime" à ses enfants ?

Famille

COMME UN FOU - La plupart des parents aiment à couvrir leur enfant de mots doux pour lui témoigner leur amour fou. Mais comment l'enfant perçoit-il réellement cette effusion de sentiments et, surtout, en a-t-il réellement besoin ?

C'est un fait, question de générations, un parent dit plus facilement "je t’aime" à son enfant qu’il y a 30 ans, quitte à (sur)signifier l'amour fou qu'il porte à sa progéniture : "C'est comme un langage commun, les parents disent plus ouvertement qu'ils aiment leurs enfants et, en plus de dire, ils le montrent aux enfants par des gestes, constate auprès de LCI le psychopédagogue Alain Sotto. Et, très souvent, en réaction, l'enfant vient enlacer ses parents en leur disant à son tour : 'je t’aime'." 

Des marques d'affection qui font du bien... Mais un enfant a-t-il forcément besoin d’entendre des "je t’aime" à foison de la part de ses parents pour se sentir aimé ? "Il faut savoir que, pour un enfant, l'amour de ses parents est naturel, il va de soi, au-delà de la simple formulation et du coup, l'enfant ne se pose pas la question." Cela explique-t-il pourquoi, en dépit des preuves d'amour, certains enfants ne renvoient pas en retour le "je t'aime" tant espéré par les parents - le "je t'aime" attendant par essence un "moi aussi" ? 

Lire aussi

Un enfant capte parfaitement l'amour au-delà des mots et saisit mieux qu'on l'imagine ce que les adultes ressentent par rapport à lui avec ou sans "je t'aime".- Alain Sotto, psychopédagogue

Selon le psychopédagogue Alain Sotto, "dire 'je t'aime' à une personne, c'est avouer de la manière la plus pure ce que l'on ressent au plus profond de soi pour l'autre, on ne peut le dire que lorsque l'on aime l'autre, et pour aimer l'autre, il faut aussi s'aimer soi-même. Donc si un enfant n'arrive pas à dire "je t'aime", ce n'est pas qu'il n'aime pas, ce peut être aussi lié à l'estime qu'il porte à lui-même et cela peut prendre du temps de s'aimer." Une question de temps donc, mais aussi de compréhension de l'amour. 

Lire aussi

Trop de "je t’aime" tue le "je t’aime" ?

Stéphane Clerget va plus loin, voyant un "bon signe" lorsque l'enfant ne répond pas par un "je t'aime". Selon le pédopsychiatre, "un enfant ne va pas dire spontanément "je t’aime" à un parent, ou alors il va imiter le parent qui le lui dit tout le temps. L'enfant saisit que ce témoignage fait plaisir au parent et peut aussi utiliser ce "je t'aime" pour le manipuler. Autre possibilité, poursuit-il, celle de l'enfant qui entend beaucoup de "je t’aime" entre ses parents et qui, dans une compétition œdipienne, va le dire à son tour pour essayer de prendre la place de l’autre parent. Ou encore, il y a ces petits jeux entre parents-enfants, où le parent entretient une relation ludique-tendre avec son enfant en lui disant "tu sais que je t’aime et que tu m’aimes toi aussi" et l’enfant apprend à dire "je t'aime" par ce jeu." 

Le pédopsychiatre note par ailleurs le risque du "je t'aime" à outrance chez des enfants si habitués à l'entendre par un parent que le doute finit par naître lorsque ce dernier ne le dit pas : "Cela arrive souvent lorsque un de deux parents le dit beaucoup et l'autre parent plus pudique (le père le plus souvent) ne le dit pas ou peu. Quand un enfant doute alors de cet amour, il peut être nécessaire de lui dire "je t’aime" pour le rassurer." Par contre, remarque Stéphane Clerget, "il peut lui arriver à partir de trois-quatre ans de dire à un de ses parents je ne t’aime plus. Une manière de dire qu’il est fâché sur le moment mais aussi de tester l’amour du parent."Et que dire en tant que parent dans ce cas-là ? "Répondre : pas de souci, je t’aime pour deux. Et s’il y a des comportements que l’on n’aime pas chez les enfants, lui dire aussi qu’on l’aimera, lui, toujours." 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter