Halloween : mais pourquoi les enfants aiment-ils autant jouer à se faire peur ?

Famille

PETITS MONSTRES - Célébrée ce jeudi 31 octobre, la fête d'Halloween est l'occasion pour les enfants de se déguiser en gentils monstres et de s'effrayer pour le plaisir. Mais pourquoi la peur est-elle aussi bonne chez les tout-petits ?

Comme chacun le sait, Halloween célèbre les morts et tous les déguisements inhérents à ce rituel tournent autour de la mythologie mortuaire, voire satanique. En bons grands rebelles, les enfants adorent cette fête et se réjouissent à l'idée de se déguiser en sorcière, en vampire, en monstre, en zombie et autres créatures surnaturelles ou sanguinaires. D'ailleurs, ils insistent même pour que vous décoriez la maison avec citrouilles évidées ornées de bougies, lanternes, fausses toiles d’araignée, têtes de morts et squelettes pendus. Mais pourquoi nos chères têtes blondes aiment-elles tant cette fête où l'on célèbre les monstres et le surnaturel ?

Dans son livre Psychanalyse des contes de fées, le pédagogue et psychologue américain Bruno Bettelheim donne un début de réponse exprimant l'ambivalence du sentiment voluptueux de peur : "Tel conte précis peut en effet angoisser l'enfant, mais à mesure qu'il se familiarise avec les contes de fées, les aspects effrayants tendent à disparaître, tandis que les traits rassurants gagnent en importance. Le déplaisir initial de l'angoisse devient alors le grand plaisir de l'angoisse affrontée avec succès et maîtrisée."

Du plaisir à avoir peur

Selon le psychologue Jean-Luc Aubert, interrogé sur le sujet par LCI, il faut distinguer la "peur primale" de la "peur joyeuse" liée à cette fête : "Les enfants n’aiment pas avoir peur dans la vie de tous les jours, d'ailleurs personne n'aime ça dans l'absolu. Tout le monde a peur du noir, de l'inconnu... Mais dans le cadre de la fête d'Halloween pour les enfants ou devant un film d'horreur pour les adolescents, il y a cette sensation de peur contrôlée ; en d'autres termes, d'une peur qui permet d'avoir un ascendant sur le sentiment dont on a peur et que d'ordinaire l’on n’a pas envie d’avoir. On sait que cette peur-là a une fin."  

Une analyse que rejoint Geneviève Djénati, psychologue clinicienne et psychothérapeute : "Si les enfants aiment avoir peur, se faire peur et faire peur aux autres à une date précise, c'est précisément parce que cette fête est déterminée dans le temps, nous explique-t-elle. C’est comme le cauchemar que l'on crée soi-même et qui, pour cette raison, n’est finalement jamais dangereux parce qu'on y échappe. Et c'est valorisant pour l'enfant : lorsqu'on fait peur, on est plus fort que ce qu’on est."

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Ce qui rassure ainsi l'enfant, c'est le ludisme, le plaisir du déguisement, l'idée que l'on est un autre et qu'il n’y a pas de confusion entre l’imaginaire et la réalité. Halloween est en cela à rapprocher du bon vieux carnaval reposant exactement sur le même principe du grand défouloir de pulsions : "Une fête où on se lâchait complètement et où l’on ne connaissait pas beaucoup d’interdits, poursuit Jean-Luc Aubert. Comme pour le carnaval, Halloween est une forme de défoulement massif, non permis au quotidien. Se rajoute aussi un phénomène de mode, c’est un besoin d’appartenance par rapport aux copains qui donnent à partager cette peur." Comme un contrat tacite.

En somme, les enfants retiennent surtout l'idée d'une fête et d'un rassemblement, plus qu'un sentiment d'angoisse persistant ou d'un traumatisme : "Halloween génère une peur éprouvée dans un cadre donné, un événement d'autant plus jubilatoire pour les enfants qu'il n'est pas véhiculé par les parents, conclut le psychologue. C’est du même ordre que la vitesse, des sensations fortes. On exacerbe alors des émotions que l’on n'éprouve jamais au quotidien." 

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