Quand l'infidélité brise un couple, jusqu'à quel point doit-il dire la vérité à son enfant ?

Quand l'infidélité brise un couple, jusqu'à quel point doit-il dire la vérité à son enfant ?
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FAMILLE JE VOUS AIME - Ce lundi, les téléspectateurs ont découvert sur TF1 les derniers épisodes d'"Infidèle", une série dans laquelle une femme se réalise trompée par son mari, qui soulève en creux une thématique universelle : quand et comment annoncer à un enfant que ses parents se séparent ?

Les téléspectateurs de la série Infidèle ont pu assister ce lundi soir au dénouement dramatique de l’histoire d’amour entre Emma (Claire Keim) et Matteo (Jonathan Zaccaï). Au centre des enjeux, leur fils unique, dont la mère réclame la garde exclusive. Dans l'épisode 6 (attention spoiler si vous n'avez pas vu la série et voulez la regarder en replay), cet enfant, après que son père lui a annoncé avoir rencontré une autre femme, tente de consoler sa mère, anxieuse de ne pas voir son conjoint rentrer à la maison. Sous le coup de l'émotion, cette dernière lui lance : "Ces derniers temps, j'ai appris à ne pas croire tout ce que ton père dit (...) quand on se marie, on prend un engagement. Non seulement ton père m'a trahi, mais en plus il m'a menti". La détresse perceptible chez la mère va développer chez l'enfant une rage envers son père, qu'il va accuser de tous les maux. Au-delà de la question de l'infidélité et du mensonge qu'il génère, la série aborde la place d’un enfant au cœur de la discorde d’un couple confronté à une infidélité, qui sont aussi et surtout ses parents. 


Une situation plus fréquente qu'on le pense. Lorsque les parents se quittent en mauvais terme, il arrive que l’enfant soit victime d'un travail de sape de la part de l'un d'eux, qui rejette sur l'autre (infidèle parfois, qui plus est) la responsabilité dans l'échec du couple. Mais est-ce que les enfants doivent être aux premières loges, comme on le voit dans cet épisode ? Selon Jean-Luc Aubert, pédopsychiatre, quand un couple bat de l'aile, confronté à une infidélité, "il faut impérativement dissocier la fonction de parent de la fonction du conjoint pour le bien-être de l'enfant, qui n’est pas concerné par les dissensions dans un couple. Pour l’enfant, le père reste son père, la mère reste son mère, et il n’a pas à subir le moindre discours de 'vérité subjective'." Mais comme on le sait, l'amour a ses raisons que la raison ignore. 

Question du bien-être de l’enfant

Alors, pour éviter ce genre de situation, comment préserver l'enfant de tous ces troubles ? "En neutralisant le propos au maximum et en faisant preuve de sagesse, répond Jean-Luc Aubert. En n'oubliant jamais que si une histoire d’amour naît à deux, elle meurt aussi à deux". Pas question, donc, de tout déballer sur une infidélité si elle est le motif de la séparation. 


Pour le psychopédagogue Alain Sotto, "ce que veut savoir l’enfant, lorsque ses parents prennent la décision de se séparer, c’est ce qui va se passer pour lui dans le futur, en somme où il va être. La clé consiste alors à le rassurer, à lui faire comprendre que rien ne va changer dans sa relation à son père et à sa mère. Si le couple se sépare, cette séparation ne le concerne pas, c'est juste la fin de leur histoire, et ce genre de ruptures arrivent dans beaucoup de familles". Et le psychopédagogue de préciser que cette séparation se révèle plus compliquée pour les enfants ayant été adoptés : "Ils vivent alors cette séparation comme un double abandon. Ils culpabilisent, tombent malade. Il faut être plus précautionneux encore à leur endroit."

Quand il voit qu’il est toujours aimé et saisit que la relation entre père et mère ne le concerne pas, il ne ressent pas le poids de la culpabilité. Alain Sotto, psychopédagogue

Et si les parents ne sont pas en mesure de faire une annonce apaisée, que faire ? "Consulter un psychologue, assure Alain Sotto. Une tierce personne qui dira les mots justes. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est se précipiter dans la révélation de la séparation ou que cette annonce soit faite par un seul des parents : il faut impérativement que les deux soient présents. Et si la passion et la rancœur prennent le dessus, il faut que les parents fassent un effort pour le bien-être de l’enfant en envisageant le scénario le moins dommageable pour lui. L’enfant est sans défense, il ne peut pas s’enfuir. Quand il voit qu’il est toujours aimé et saisit que la relation entre son père et sa mère ne le concerne pas, il ne ressent pas le poids de la culpabilité. Or, c'est ce que ressentent bien des enfants de parents divorcés, persuadés que cette séparation est de leur faute." 


Sinon, pour finir sur une note positive, si l'un des parents réalise inconsciemment qu’il pratique ce travail de sape à l'égard de l'autre parent, peut-il rectifier le tir ? "Bien sûr, et tomber dans ce travers est humain, compréhensible, estime Jean-Luc Aubert. Ce qu’il faut faire, c’est essayer de pondérer cette image, de s'efforcer à rester neutre face à l'enfant." En somme, garder en tête lorsque le cœur de son couple ne bat plus que "si l'on n'aime plus son conjoint, on aime toujours son enfant".  

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