Harcèlement scolaire : de lourdes conséquences à l'âge adulte... et pas que pour les victimes

Famille
DirectLCI
FLÉAU - Maladie mentale, chômage, difficulté au travail ou dans le couple… Le harcèlement scolaire peut avoir d’importantes répercussions sur la vie des victimes, comme le révèle une récente étude. Mais pas que... D'où la nécessité de prôner plus de bienveillance à l'école. C'est justement l'objet d'un colloque qui se tient lundi et mardi à Paris.

Souffrir de brimades à répétition à l'école augmenterait de 40% le risque d'être victime d'une maladie mentale (dépression, anxiété, anorexie...) dès l'âge de 25 ans. Voilà le constat édifiant, révélé en avril à Coventry (Royaume-Uni), par un groupe de chercheurs de trois universités, Lancaster (Royaume-Uni), Wollongong et Sydney (Australie). Et les conclusions des experts ne s'arrêtent pas là, puisque toujours selon cette étude, les intimidations persistantes augmenteraient d'environ 35% la probabilité d'être au chômage à 25 ans; et pour ceux qui ont un emploi, d'avoir un salaire inférieur de 2% !


Pour obtenir ces résultats, les auteurs ont analysé les données de quelques 7.000 jeunes britanniques, âgés de 14 à 16 ans au début de l'étude. Ces derniers ont été rencontrés régulièrement jusqu'à l'âge de 21 ans, puis une nouvelle fois à  25 ans. La moitié d'entre eux avait confié avoir été victime de harcèlement durant l'adolescence. C'est justement pour lutter contre ce fléau et offrir aux enfants un cadre bienveillant, plus propice à l'apprentissage, que la Fondation québécoise Jasmin Roy Sophie Desmarais et l'association Marion La main tendue organisent lundi 6 et mardi 7 mai à Paris le premier colloque sur les saines habitudes de vie émotionnelles et relationnelles à l'école.

Tous les protagonistes sont perdants

Pour les spécialistes, présents à ce colloque, ces conclusions ne sont pas nouvelles, "mais elles n'avaient jamais été chiffrées de cette façon-là", admet la psychologue Claire Beaumont, qui enseigne le bien-être à l'école à l'université Laval à Québec. Et la thérapeute a même tendance à noircir un peu plus le trait, car pour elle tous les protagonistes impliqués sont perdants. "Que les enfants aient tendance à subir, à faire subir, ou bien à observer ces comportements, cela a des effets négatifs sur leur réussite éducative, sur leur travail plus tard et même sur leur parentalité. Bien sûr, les effets délétères sont davantage connus pour les victimes, notamment sur leur santé mentale : symptômes dépressifs, perte d'estime de soi... Mais on sait aussi que le jeune qui agresse pourra faire preuve d'abus de pouvoir à l'âge adulte. Devenir par exemple un patron abusif ou un mari violent. Il a aussi plus de probabilités de devenir délinquant", assure-t-elle. 


Quant aux témoins, ce sont un peu les laissés pour compte, car selon Claire Beaumont, de récentes études montrent que ce sont eux qui subiront le plus d'effets néfastes à l'âge adulte. Car ils doivent faire face à un sentiment d'impuissance qui les poursuivra tout au long de leur vie. "Le copain, s'il ne fait rien, ce n'est pas parce qu'il n'aime pas son ami, c'est parce qu'il ne se sent pas fort émotivement pour être éventuellement harcelé à son tour. Cela jouera plus tard sur sa persévérance et là-aussi sur sa santé mentale"nous , explique-t-elle.

En vidéo

Harcèlement scolaire : la vidéo déchirante d’un petit garçon de 7 ans

Il faut d'abord veiller au bien-être des enfants, que chacun s'y sente bien, l'école est là pour ça.Claire Beaumont, psychologue et docteure en psychopédagogie

D'où l'importance d'un climat scolaire et d'une école positive et bienveillante. L'école, les enseignants et la famille peuvent être des facteurs de prévention, selon la psychologue, et contribuer à diminuer les comportements violents, ou s'ils se produisent, à empêcher certains de les encourager : "Pour cela, il faut d'abord veiller au bien-être des enfants, que chacun s'y sente bien, l'école est là pour ça; cela nécessite d'identifier les forces plutôt que les faiblesses ou encore d'essayer de développer les passions; ensuite, la direction de l'école doit être pleinement engagée, et cela doit se faire avec une approche bienveillante, en collaboration avec les élèves... mais aussi les parents. On ne doit pas juste les informer de telle ou telle situation, il s'agit aussi de les consulter et de connaître leur opinion, créer un lien de confiance et un canal de discussion", insiste Claire Beaumont. 


Parmi les autres valeurs à prôner selon elle, il faut également valoriser les apprentissages sociaux à l'école. "On demande aux enfants de prendre des responsabilités mais on ne les laisse décider de rien", nous dit la thérapeute. "Il est également nécessaire que les directives face à certains comportements soient comprises et acceptées par tous. Que peut-on faire de mieux que la punition ou la sanction ?" interroge-t-elle. "N'y a-t-il pas d'autres alternatives... On sait ainsi aujourd'hui que ce n'est pas efficace chez certains élèves qui vont se rebeller davantage, et en plus cela ne leur dit pas quel comportement on veut qu'ils adoptent. Par exemple, face à un élève qui agit mal car il veut rehausser son image auprès des autres, il faut pouvoir lui montrer qu'il peut faire autrement sans nuire à personne".  


Pour autant, il ne s'agit pas de décliner à l'envi une liste d'outils. "On veut parfois trop former les enseignants comme des techniciens, or c'est de l'humain avant tout. Toutefois, si l'école veut réussir sa mission de socialisation, il faut mettre en place des critères clairs", souligne Claire Beaumont. Une chose est sûre, en tout cas, et les chiffres sont là pour le souligner, en France le harcèlement toucherait 12% des élèves de primaire, 10% des collégiens et 3,4% des lycéens. "Il est donc tant d'agir, surtout qu'il n'y a pas de profil type, souligne la psychologue. "Bien sûr, un enfant qui n'a pas une bonne estime de lui-même, qui n'a pas d'amis, pas de soutien, est une meilleure cible, mais cela peut arriver à tout le monde. Sauf que si l'on sait comment réagir, si on nous l'a appris, on va pouvoir répondre à ces agressions et non les subir, et çà c'est essentiel". 

En cas d'urgence, un numéro vert est mis à disposition : le 3020 (service et appels gratuits, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 18h, sauf les jours fériés). N° Net Ecoute : 0800 200 000 (numéro vert national, gratuit, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h).

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter