Les "Tanguy" toujours plus nombreux en France selon une étude

Famille

GÉNÉRATION SLOW - Selon une étude Open Partners dévoilée vendredi par Le Parisien, les jeunes vivent de plus en plus longtemps chez leurs parents.

Le phénomène des "Tanguy", en référence à la comédie éponyme de Etienne Chatiliez, n’en finit pas de se propager, avec de plus en plus d’intensité dans la durée… Selon une étude* commandée par Open Partners et dévoilée ce vendredi par Le Parisien, 60% des étudiants et 25% des actifs de moins de trente ans vivent toujours au domicile de leurs parents. Il y a trois ans, une autre étude publiée par OVE révélait que les étudiants étaient un tiers à ne pas avoir pris leur indépendance. La proportion a donc doublé depuis si l'on compare ces deux enquêtes.

Une conclusion qui rejoint une étude de l'Insee publiée en 2018, selon laquelle 46% des jeunes de 18 à 29 ans habitent chez leurs parents en France, soit une augmentation de 1,4 point depuis 2001. Entre 18 et 24 ans, deux jeunes sur trois (65%) sont dans ce cas, et ils sont encore un sur cinq (20%) entre 25 et 29 ans. 

Comment expliquer ce phénomène ? Selon le sociologue Claude Martin, contacté par LCI, il est principalement lié à l’allongement de la jeunesse, amorcé dans les années 1990 et qui s’est considérablement renforcé depuis  : "Ce qui marquait le passage à l’âge adulte pour les générations du baby-boom, à savoir l’accès au premier emploi, à la sexualité et à la vie de couple, à un logement indépendant, se fait aujourd'hui beaucoup plus tard." En d'autres termes, si les jeunes restent chez leurs parents, c’est parce que l’accès à l’indépendance économique est compromis.

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Difficulté majeure à se loger

L’étude dévoilée ce vendredi pointe du doigt l’augmentation du taux d'études mais aussi, et surtout, l'accélération de la hausse des prix de l'immobilier ces dernières années. A tel point que selon ses résultats, lorsque l’on demande aux jeunes à quel moment ils comptent quitter le nid, 40% répondent qu'ils ne le savent pas. Pour Claude Martin, les jeunes sont confrontés à un paradoxe : "Ils sont autonomes du point de vue de leur capacité à décider pour eux-mêmes, mais encore très soumise aux désirs et aux inquiétudes des parents, qui les incitent à faire ce qu’ils estiment être 'les bons choix', entendez des choix sûrs, sans risque." 

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"Depuis la crise financière de 2008-2010, poursuit-il, l’écart de ressources et de revenus entre les générations a considérablement augmenté, les jeunes étant désormais bien davantage confrontés à la pauvreté que les retraités. En France, avec un taux de pauvreté de 14% pour l’ensemble de la population en 2013 (au seuil de 60% du revenu médian), cette situation concernait 17,3% des hommes de 18 à 29 ans, contre 7,8% des hommes de 60 à 74 ans. Et cet écart est encore pour grand pour les femmes : on passe de 20% pour le groupe des jeunes femmes à 7,4% pour les plus âgées." 

L’idée dominante est que les familles protègent.- Claude Martin, sociologue

La situation pour les prochaines décennies est telle que les parents qui en ont la possibilité semblent obligés d’investir de plus en plus de ressources pour leurs enfants. Un phénomène connu sous le nom de "intensive parenting" : "Dans ce contexte, la source de protection des jeunes provient surtout de la famille-providence et non de l’Etat, avec pour effet de renforcer encore les inégalités, car même si la quasi-totalité des parents cherchent à protéger leurs enfants, ils n’ont évidemment pas les mêmes ressources pour le faire. L’idée dominante est que les familles protègent." Ce que confirme l’étude relayée par nos confrères du Parisien : au moment de quitter le nid, 77% des jeunes sont accompagnés par leurs parents.

* Sondage réalisé en ligne auprès d'un échantillon de 1000 Français de 18 ans à 30 ans, représentatifs de la population française, entre le 18 juin et le 5 juillet 2019.

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