Officiel des prénoms 2019 : Eden, Noé, Lina, Sophia... "La tendance est au multiculturalisme"

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INTERVIEW - Alors que la 16e édition de l'Officiel des Prénoms (First Editions) est publiée ce jeudi 18 octobre, nous avons demandé à Claire Tabarly Perrin, qui a coécrit cet ouvrage avec Stéphanie Rapoport, quels seront les prénoms les plus plébiscités par les parents en 2019.

Emma, Louise, Gabriel, Raphaël... Comme chaque année, l'Officiel des prénoms (First Editions) dévoile le top des prénoms filles et garçons qui seront tendances en 2019. Encore une fois on a une impression de déjà vu. Du coup, on a demandé à Claire Tabarly Perrin, qui a coécrit cet ouvrage avec Stéphanie Rapoport, comment se dessinaient les tendances dans ce domaine. "Il faut se méfier de l'eau qui dort", nous dit-elle, énigmatique. Décryptage...

LCI : Emma et Gabriel, les prénoms les plus populaires en 2019 sont les mêmes qu'en 2018, les Français manquent-ils d'imagination ?

Claire Tabarly Perrin : Si on évoque le trio de tête féminin comme masculin, on a effectivement un peu une impression de déjà vu. On retrouve Emma, Louise, Jade pour les filles et Gabriel, Louis, Raphaël pour les garçons. De prime abord, ça ne change pas beaucoup : Emma a pris la place de Louise mais Louise va peut-être reprendre la place d'Emma et ainsi de suite. Mais si on creuse un peu, on s'aperçoit que le domaine des prénoms qui peut paraître immuable est au contraire très loin du ron-ron. Si on prend, par exemple, le Top 20 jusqu'au Top 40, il y a une tendance générale assez nouvelle qui se dessine, aussi bien pour les prénoms féminins que masculins, celle du multiculturalisme. C'est le prénom qui va voyager, qui vient d'ailleurs, souvent issu de l'Ancien Testament. Chez les garçons, ça va être Adam, Gabriel et Eden (30e) qui est en train de monter, ou encore Noé qui va probablement supplanter Noah. Chez les filles, cela peut s'interpréter différemment : ce sont des prénoms qui vont pouvoir être entendus et compris dans différentes langues et différentes cultures. Lina en est le parfait exemple. Cela veut dire 'Fleur de jasmin' en chinois, 'âme pure' en arabe. C'est aussi le diminutif d'Angelina, d'origine grecque. On le comprend aussi en sanscrit... Par ailleurs, il est court, seulement 4 lettres, et se termine en 'a'. Autre exemple, Sofia/Sophia, qui est compris dans 20 langues.

LCI : Comment expliquez-vous cette tendance ?

Claire Tabarly Perrin : Les parents qui choisissent ces prénoms font partie de la génération Erasmus. Ils souhaitent que leurs enfants soient ouverts sur le monde qui les entoure. Ils ont conscience que cette génération future ne travaillera peut-être pas et ne vivra pas dans son pays de naissance. D'où cette envie de choisir de plus en plus des prénoms internationaux. Ainsi le prénom Emma en première position chez les filles voyage à peu près dans tous les pays, on a aussi Elena, Olivia. Chez les garçons, on retrouve Tom, Sacha, Eliott qui est train de faire une progression fulgurante. A noter que Mohamed a rétrogradé à la 21e place. Il y a peut-être une volonté de donner des prénoms moins marqués culturellement.

LCI : Qu'est ce qui influence la façon dont nous prénommons nos enfants ?

Claire Tabarly Perrin : Il y a toujours eu des mouvements de mode. Dans les années 40, c'était les prénoms féminins terminés par -ette. Après dans les anéees 50/60, c'était -i -ie. Maintenant, la mode ce sont les prénoms en -a. Prenez le prénom épicène Claude, il s'est métamorphosé au cours des années en Claudette, Claudine, Claudie, et aujourd'hui Claudia, qui correspond bien à cette tendance multiculturelle. Et on pressent que dans les années à venir, on va revenir vers des sonorités un peu désuètes et des prénoms plus longs, comme Agathe, Jeanne, Charlotte... Du côté des garçons, c'est la fin des prénoms en -éo, même si Léo se porte encore bien, mais c'est peut-être le chant du cygne. Auparavant, dans les années 80, on a eu la mode des Kevin. En fait, jusque dans les années 50/60, les classes riches trouvaient les prénoms originaux qui étaient repris ensuite par les classes modestes. Après, ce sont les classes modestes qui ont cherché l'innovation et l'originalité à partir des prénoms des séries californiennes. Cela a donné Dylan de 'Beverly Hills', Jennifer de 'L'amour du risque', Cindy, Jessica... Et cela perdure aujourd'hui avec la série 'Games of Thrones' qui donne Aria chez les filles (un peu plus de 1000). Il y a aussi cette envie pour beaucoup de parents de ne plus donner de genre à un prénom, un choix que la justice a parfois du mal à comprendre. Ainsi Andréa est autant donné chez les filles que les garçons. Quant à Charlie, il est désormais plébiscité chez les filles. Peut-être un effet #MeToo, allez savoir !

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