"J'ai tout essayé, rien n'y fait" : comment gérer l'insolence de ses enfants ?

"J'ai tout essayé, rien n'y fait" : comment gérer l'insolence de ses enfants ?
Famille

AUTORITÉ - On connait tous des parents démunis face aux excès de leurs enfants. Aussi, comment réagir face à des manifestations d'opposition, de mauvaise volonté, d'insolence ? Et existe-t-il réellement des solutions ?

"L'insolence des enfants", sujet numéro 1 préféré des conversations entre parents, tourneboulés qu'ils sont par leur incapacité à fixer clairement la frontière entre le trop et le trop peu de contrôle parental, entre laxisme et autorité. Alors, chers psys, quelle est la juste mesure à adopter ? Une solution ? Evidemment, aucune solution miracle mais un constat : "Aujourd’hui, en consultation, je reçois bon nombre de parents perdus, remarque Nicolas Georgieff, psychiatre, auprès de LCI. Eux-mêmes ont été élevés par des parents perdus voulant rejeter une éducation trop brutale, trop restrictive, ne sachant pas comment faire." Et le psychiatre de noter que, bien souvent, les parents actuels se laissent gouverner par leurs émotions et leurs croyances dans la psychologie classique : "Ils ont peur de traumatiser l'enfant, de ne pas en être aimé, croyance que l'enfant a un développement psycho-affectif quoi qu'il arrive..."

Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue, établit le même constat : "Avec la psychologie moderne, l'enfant a été mis sur un piédestal, au centre de la famille, dit-il à LCI. Il s'est arrogé des droits, dont celui de parler à table, de se lever de table et même de répondre à ses parents... Cette insolence va de pair avec le manque de respect mais peut aussi s'exprimer comme la réaction émotionnelle à une frustration. Et certains parents ont remis en cause ce principe de frustration. Or, être autoritaire ne signifie pas être "autoritariste". Cela signifie s'occuper de son enfant, ne pas le laisser tout seul. Il faut apprendre à accepter le conflit inhérent à l'éducation, le désamour parfois. Le parent ne doit pas se laisser chosifier par son enfant."

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Une fessée ne corrige pas le manque de respect envers l'adulte- Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue

Certes, on a beau l'entendre, le lire, le savoir... Au final, on se laisse quand même avoir. D'ailleurs, on ne compte plus le nombre de témoignages de parents démunis sur les forums de discussion : "Quand je donne une fessée pour signifier que c'est fini de me désobéir, elle se met à sourire", avoue cette mère épuisée. Quand on en arrive au stade ultime de la fessée qui nous rend si coupable et qu'en réponse, on a droit au rire de l'enfant, n’est-ce pas au fond ce qu’il y a de plus déstabilisant ? "C'est la démonstration que la "bonne vieille fessée" se révèle inefficace, surtout lorsqu'elle intervient en sanction immédiate, dans un réflexe exaspéré, confesse Alain Sotto. Et elle reste un geste de violence et l'aveu qu'on a perdu le contrôle. Une fessée ne corrige pas le manque de respect envers l'adulte. Quand ça déborde, cela signifie qu'à la maison, quelque chose ne va pas."

Ok mais que faire contre cette insolence ? Crier ? "Surtout pas, assure Alain Sotto. Crier est ce qu'il faut surtout pas faire devant un enfant insolent, même si les nerfs sont à vif. Rien ne sert de crier. Au contraire, plus le ton hausse, plus l'enfant cherche à crier encore plus fort. Bref, c'est l'escalade des cris et de l'exaspération. Et quand on est sous le coup de la colère, on ne peut pas raisonner." 

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Pas de solutions toutes faites mais des options

S'il se défend de prodiguer un quelconque conseil ("chaque enfant est différent, chaque relation est unique et chaque parent, en fonction de son éducation, aussi" nous assure-t-il), le psychiatre propose des options : "Quand votre enfant se met à vous manquer de respect, apprenez à vous détendre, isolez-vous deux minutes : décontractez vos épaules, bras ballants et pratiquez de profondes et lentes respirations. Retournez voir votre enfant quand vous sentez que vous avez repris le contrôle de vous-même. Puis accroupissez-vous près de lui, et chuchotez-lui quelque chose à l'oreille. Au début, il n'entendra rien avec les hurlements de sa colère, mais curieux, il va finir par tendre l'oreille pour écouter ce que vous lui racontez tout bas. Dites-lui comme un secret ce que vous avez cru comprendre de sa colère, il y a de fortes chances qu'il se calme peu à peu." 

Face à une situation où l'enfant fait montre d'insolence, il faut regarder tous les éléments de communication qui peuvent être mis en place- Alain Sotto, psychopédagogue et neuropédagogue

Autre option : provoquer une réunion de famille à la moindre insolence ou au moindre écart de conduite. Chacun parle de ses insatisfactions et commence à régler les problèmes relationnels. "Face à une situation où l'enfant fait montre d'insolence, il faut regarder tous les éléments de communication qui peuvent être mis en place, confie Alain Sotto. Par exemple, vous pouvez édicter sur une feuille une charte familiale à coller au frigo pour dire "on t'aime mon chéri mais au-delà de cette limite, c'est zone rouge, il y aura une réaction". C'est bien plus efficace que des paroles menaçantes qui s'envolent avec le temps et qui s'oublient. S'il y a une insatisfaction permanente chez l'enfant, il y a un problème à résoudre comme des jalousies lorsque par exemple les parents passent un temps fou sur Internet au lieu de s'occuper de leur enfant. Et la verbalisation est une bonne méthode. Au cours d'une réunion ritualisée où chacun a un bâton de parole, on écrit les points où nous sommes d'accord et ceux où nous ne sommes pas d'accord, une réunion de famille où l'on décide comment chacun va se comporter, comment on va se respecter les uns les autres, mais sans contrainte. Une contrainte sur une frustration, ça ne marche pas." 

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Et quand on a épuisé toutes les options ?

Subsistent d'autres bonnes vieilles méthodes pour répondre à cette insolence comme "le pouvoir du non" ("L'absence d'opposition signifie que vous cautionnez ; et s'insurger plus tard a peu d'impact et aucun sens", révèle le psychiatre) ou encore ce bon vieux "coin" après une remarque déplacée, plus dissuasif que n'importe quelle menace : "Une bonne option, confesse Alain Sotto. On dit à l'enfant calmement que ça ne va pas, on lui demande d'aller au coin ou dans sa chambre et on lui dit de revenir quand il sera tranquille." 

Mais si, vraiment, on a épuisé tous les moyens, toutes les ressources, tous les mots, toutes les chartes de toutes les couleurs et tous les coins de la maison, que faire ? Se faire aider par quelqu'un demeure une voie salvatrice, assure Alain Sotto : "Il faut bien sûr prendre en compte tous les bouleversements au sein de la famille pour comprendre pourquoi cette insolence perdure : la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur, un changement de rythme qui fatigue l'enfant, une séparation... Les causes sont multiples. Si l'on n'arrive pas à communiquer avec son enfant, il faut passer par un médiateur qui va tenter de rétablir un dialogue, une base solide. Si le quotidien devient trop pénible à vivre, on peut aussi se faire aider ponctuellement par un pédo-psychiatre. Quelques séances suffisent souvent à régler le problème et à apaiser l'enfant, mais le vrai problème, c'est d'avoir un rendez-vous (sic)." 

Les parents désemparés ne doivent pas oublier non plus qu'ils sont des adultes responsables. Et qu'accessoirement, cette insolence est aussi liée à l'âge, comme nous le rappelle Alain Sotto. À cette période de turbulences dite de 3 à 5 ans où l'enfant se comporte avec la "rebelle attitude" de l'adolescent qu'il va devenir : "C’est la période dite du conflit. Cette nouvelle génération dépasse toujours les parents car les enfants sont plus autonomes et ils ont plus de mal à les contraindre. Ils vont réagir très vite à la contrainte et cela demande aux adultes une adaptation, à correspondre avec un être doué d'un cerveau. Ce qui fait que nous sommes souvent désarçonnés par ses réflexions."

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