Charge mentale : les enfants aussi la subissent !

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Réussir l'éducation de ses enfants

ALLÔ, MAMAN BOBO - Si la charge mentale des mères a largement été dénoncée, les enfants aussi peuvent en être victimes. Quels symptômes doivent alerter et que faire pour y remédier ? On a demandé conseil à la psychologue Aline Nativel Id Hammou, qui vient de publier un livre sur le sujet.

L'éducation bienveillante, voilà un concept qui fait les choux gras de l'édition en ce moment. On doit aimer ses enfants, les accepter tels qu’ils sont, les écouter, les valoriser, tout en étant patient, souriant, sans les culpabiliser ni crier. Sauf que cette quête de perfection a forcément des répercussions sur notre façon de les élever, avec des exigences bien trop grandes : on les imagine volontiers vivre de leur passion, gagner beaucoup d'argent, parcourir le monde, devenir médecin, chercheur ou musicien et, cerise sur le gâteau, être ultra-résistants face aux vicissitudes de la vie. Résultat, à l'arrivée, certains parents font porter sur leurs petites épaules une charge trop lourde.

Les cabinets de psy voient ainsi de plus en plus arriver en consultation des enfants anxieux, épuisés physiquement, avec parfois un trouble dépressif, voire des idées suicidaires. "'Je veux être un bon parent !', voilà ce que j'entends la plupart du temps dans mon cabinet", raconte Aline Nativel Id Hammou, contactée par LCI. "Le problème, c'est que ce n'est pas facile du lundi au dimanche. Il n'y a pas non plus une fiche où il faut cocher toutes les cases", ironise-elle. Du coup, cette psychologue clinicienne, spécialisée dans le domaine de l'enfance et de l'adolescence, a décidé au travers d'un livre, "La charge mentale des enfants"*, d'aider les parents à revoir leur niveau d'exigence pour que leur progéniture ne subissent pas une pression constante.

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Des signaux d'alerte difficiles à repérer

Une charge mentale qui est souvent due à un trop-plein d’activités : certains en ont tous les jours ! Sans oublier qu'elles ne sont pas toujours choisies par l'enfant lui-même. Mais c'est une multiplication de sollicitations sociales, cognitives, émotionnelles, psychologiques qui va créer le syndrome. "Ce n'est pas juste l'école qui stresse, c'est toutes les parties de la vie de l'enfant qui sont des facteurs de stress", décrypte la psychologue. 

Et comme il est difficile pour un petit de verbaliser son mal-être, de mettre des mots sur ce que les adultes lui font vivre, et de comprendre ce qui lui arrive, c'est son corps qui prend le relais en premier. "Le mot clé de la charge mentale, c'est la confusion générale. On retrouve des symptômes classiques : les troubles du sommeil qui vont amener à un épuisement physiologique très important, avec des répercussions sur la croissance, sur l'appétit... Ensuite vient le trouble anxieux qui va se généraliser, puis l'enfant va se dépersonnaliser - alors qu'il est en pleine construction de sa personnalité -, car il va se sentir tout le temps empêché de montrer qui il est. Ainsi, il va devenir une sorte de fétiche", explique notre spécialiste. Un mot fort qu'Aline Nativel Id Hammou utilise à dessein : "Le fétiche n'est-il pas un objet qui a pour unique vocation de faire plaisir ?", interroge-t-elle. 

La difficulté, c'est que l'enfant va toujours penser que c'est lui le problème et que les adultes ont raison. "Et surtout, il ne va pas oser leur dire qu'il n'est pas d'accord, et va se conformer à leurs diktats en devenant un robot", ajoute notre spécialiste, précisant que pour ces enfants, il est impossible de désigner un fautif. Du coup, il n'est pas si évident de repérer les signaux d'alerte. "Cela prend du temps, confirme la psychologue. Il faut aussi que la parole de l'enfant se libère, mais finalement ce qui est plus compliqué, c'est de déconstruire ce que les parents ont mis en place", dit-elle. 

Des conseils de bon sens à suivre

Pour ce faire, Aline Nativel Id Hammou préconise d'amener toute la famille à se poser les bonnes questions. Et liste plusieurs conseils de bon sens qu'il serait bon de suivre :

• D'abord, faire un bilan physiologique général : aller voir le médecin ou le pédiatre et faire un point sur son enfant (la courbe de poids, de croissance...) pour voir si tout tourne rond.

• Alléger l'emploi du temps de sa progéniture. 

• Passer vraiment du temps avec son enfant. "Certains parents me répondent : 'on mange ensemble, on fait les devoirs, je lui donne le bain'. Mais où est le temps d'échange et d'écoute, de partage d'intérêts ?", questionne notre psychologue.

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• Se réorganiser, "car votre enfant ne comprend pas toujours votre précipitation ou votre énervement avec des phrases comme : 'Dépêche-toi, on va être en retard !", 'Mais tu n'as pas encore fini de manger', ce que Françoise Dolto appelait de la 'maltraitance temporelle'", explique-t-elle. 

• Essayer, une fois passé la porte de son bureau, d'utiliser son temps de trajet pour finaliser ses mails ou autre, "afin qu'une fois avec votre enfant, vous puissiez vous déconnecter. Et si vous avez des corvées à faire à la maison, n'hésitez pas à le faire participer. Cela vous allégera et vous permettra d'être plus disponible", dit-elle. 

• Accepter de se remettre en question.

• Rigoler de vos imperfections.

• S'excuser quand vous faites une erreur. "Car au final être un parent imparfait, ça a plein de charme et c'est aussi ça qui fera que vous serez un bon parent", conclut notre spécialiste.

* La charge mentale des enfants - Quand nos exigences les épuisent, d'Aline Nativel Id Hammou avec Alix Lefief-Delcourt, publié le 8 janvier aux Editions Larousse.

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