Le "syndrome de Münchhausen", cette forme de maltraitance méconnue d'un parent sur un enfant

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ALLÔ MAMAN BOBO - Inventer des maladies quitte à mettre la chair de sa chair gravement en danger. C’est ce que l’on appelle le "syndrome de Münchhausen", une forme de maltraitance exceptionnelle dans laquelle un parent provoque la maladie de son enfant pour attirer l'attention du corps médical. Un terrible phénomène récemment mis en lumière par plusieurs séries américaines.

Quand l’amour dévoué d'un parent vire à la maltraitance larvée envers un enfant. Cette maladie psychopathologique a un nom : le "syndrome de Münchhausen par procuration" (ou SMpP dans le jargon médical), identifiée en 1977 par le pédiatre anglais Roy Meadow et dérivée du nom du baron de Münchhausen (1720-1797), mercenaire allemand engagé dans l'armée russe à qui sont attribués des exploits invraisemblables. Dans les faits, elle désigne un trouble factice inventé par un parent chez son enfant, pouvant inciter à le blesser, voire à lui administrer des substances pour créer des symptômes physiques tels que des malaises, des chutes de tension ou des vomissements. Dans le seul but d'obtenir attention du corps médical et compassion des proches. 

Récemment, des séries américaines ont mis en lumière ce syndrome, à l'instar de The Act sur l'histoire vraie de Gypsy Blanchard, dont la mère (incarnée par Patricia Arquette) lui a fait croire toute sa vie qu'elle était gravement malade. Ou encore de The Politician, disponible depuis fin septembre sur Netflix, où une grand-mère (campée par Jessica Lange) rend sa petite-fille malade uniquement pour susciter l’attention et obtenir des voyages gratuits. Le phénomène avait déjà été révélé l'an dernier au grand public dans la série Sharp Objects et, des décennies plus tôt, pour la première fois, dans le film Sixième Sens de M. Night Shyamalan, le temps d'une scène bouleversante où un père endeuillé découvre que sa femme empoisonnait leur enfant à petit feu...

Le SMpP reste extrêmement peu fréquent et largement méconnu en raison de la difficulté à détecter ces cas de maltraitance. "Cette affection rare touche 90% de femmes", nous expliquait en 2014 Catherine Granaux, psychologue clinicienne et docteur en psychopathologie et psychanalyse, alors qu'une infirmière venait d'être jugée par le tribunal de Thionville pour avoir injecté trois doses d'insuline à son enfant âgé d'un an. "Les personnes atteintes, poursuivait-elle, se présentent comme de bons parents, des parents très attentifs. Ce sont des personnes qui en apparence coopèrent avec le service médical, qui posent 1 000 questions, qui essaient de rendre service. ( ) Mais dès que le médecin a le dos tourné, dès que l'enfant sort d'un service, elles administrent une substance pour le faire rechuter dans sa maladie".

La pédopsychiatre Hélène Romano parle très précisément du syndrome de Münchhausen dans son "Carnet de notes sur les maltraitances infantiles" (2012) : "Le bébé ou l’enfant plus grand n’est qu’un support aux failles existentielles de son parent, qui cherche avant tout à attirer l’attention sur lui (…) Le parent maltraitant peut introduire un produit pour simuler une pathologie (hypernatrémie par ingestion massive de sel ; injection sous-cutanée d’insuline pour déclencher des malaises hypoglycémiques, addition d’eau dans les selles pour simuler une diarrhée…)."

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Comment remarquer, alors, cette forme de maltraitance ? Des signes peuvent alerter : une incohérence dans le discours du parent changeant régulièrement de médecins ou encore la découverte de la falsification des documents médicaux pour influencer le diagnostic. Les répercussions de ce syndrome sur l'enfant n’en resteront pas moins importantes, tragiques dans certains cas. 

Une victime, Delphine Paquereau, a d’ailleurs écrit un livre terrible sur le sujet, Câlins assassins (Max Milo éditions 2016), où elle raconte le calvaire qu'elle a vécu enfant. Lorsque sa mère, aide-soignante, persuadait des médecins qu’elle souffrait de maladies inexistantes, passant son enfance ballottée de médecin en médecin pour rien. Résultat : 12 opérations chirurgicales injustifiées, dont une ablation du rein, pour des problèmes urinaires que sa mère avait inventés. Le mal n'était pas dans les reins de la fille,  mais dans la tête de la mère. 

"Avant les consultations, elle me donnait des coups pour que je puisse savoir ou j’avais mal", écrit-elle. "Elle se sentait bien en se faisant remarquer, en mettant en avant sa fille malade. Elle appréciait beaucoup que le monde soit compatissant." L’analyse d’Hélène Romano rejoint cette description : "La mère est le plus souvent directement en cause et le père adopte un comportement de complicité passive. Les parents ont souvent une bonne connaissance médicale du fait de leur profession ou des lectures très spécialisées qu’ils font."

Séparer l'enfant de la personne maltraitante

Comment mettre un terme concrètement à cette spirale infernale ? "La seule façon de poser le diagnostic est souvent d’hospitaliser l’enfant pour réaliser les examens para-cliniques sous contrôle strict, hors de la présence des parents", poursuit Hélène Romano dans son livre. "La séparation de la personne maltraitante conduit alors à la disparition des symptômes. Lors des expertises, les auteurs présentent souvent des troubles de la personnalité et certains discours sont délirants." 

Pour autant, et pour l'heure, en termes de traitement, rien de réellement probant selon le manuel de santé professionnel MSD, juste un dialogue pouvant déclencher cette prise de conscience : "Toute confrontation ou refus d'accéder aux revendications de traitement suscite souvent des réactions agressives, le patient atteint du symptôme se rendant habituellement chez un autre médecin ou dans un autre hôpital (ce que l'on appelle "nomadisme médical"). Reconnaître le trouble et demander une consultation psychiatrique ou psychologique précoce est important, de telle sorte que les examens invasifs à risque, les procédures chirurgicales et l'utilisation excessive ou abusive de médicaments, peuvent être évités. Une approche non agressive, non punitive, non conflictuelle doit être envisagée (…) pour éviter de culpabiliser le patient ou de lui adresser des reproches, un médecin peut présenter le diagnostic comme un appel à l'aide."

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